‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 78 sur 362 · X AOUT. — P. GAÉTAN NOTO · texte numérisé non relu

X AOUT. — P. GAÉTAN NOTO

bien le lui porter encore ; et comme on hésitait h cause de ses vomissements continuels : « Ne craignez rien », dit-il, et pour confirmer ses paroles, il prit un peu d'eau sans la rejeter. On lui donna donc son Sauveur, et peu de moments après, raconte l'auteur de son éloge, enivré de délices, tressaillant d'une joie inexprimable, il remit son âme à Dieu dans un transport d'amour.

Lettere annue délia Provinc. di Sicilia ( Arch. Rom. ).

* Le dixième jour d'août de l'an 1763, mourut à Palerme le P. Gaétan Noto, en grande réputation de sainteté. Il avait étudié le droit avant d'entrer dans la Compagnie, et avait pris le degré de docteur. Vainement sa famille essaya de le retenir : il triompha de toutes les oppositions. Il s'en fallait bien pourtant que ses passions fussent soumises et assouplies. En particulier, il apportait à la religion une nature fière et irascible, extrêmement prompte à s'émouvoir et à s'enflammer. Il entreprit aussitôt de la réduire. Il s'imposa la loi, toutes les fois qu'il aurait failli, de dire publiquement sa faute, et on le voyait, dans le temps même où il était professeur des Juvénistes, s'accuser avec humilité, et s'étendre à la porte du réfectoire, afin qu'on le foulât aux pieds. Pour se dompter encore plus efficacement, il faisait appel à la mortification extérieure, aux jeûnes, aux flagellations ; il fallut un ordre des supérieurs pour l'obliger à laisser dans sa dernière maladie la ceinture de crin et de fer dont il était perpétuellement armé.

Enfin la victoire lui resta ; il devint si patient et si doux, qu'il semblait avoir changé de nature ; rien ne troublait plus son calme et sa sérénité.

Pendant que le P. Noto était Maître des novices, un de ces jeunes gens fut tout à coup envahi par un profond dégoût de sa vocation ; et comme le prudent directeur, reconnaissant la tentation de l'ennemi, refusait de le laisser partir, le novice résolut d'emporter de haute lutte et à force d'importunité, ce qu'il ne pouvait obtenir de bon gré. Il se mit à vivre comme s'il n'y avait point eu de règle dans la maison : non content de cela, il ne laissait, pour ainsi dire, aucun repos au Père Maître ; à toute heure du jour et de la nuit, il allait frapper à sa porte, et lui débitait toutes les idées vaines et ridicules qui lui passaient par la tête. Le P. Noto se souvenant que saint Ignace avait autrefois supporté des folies semblables dans plusieurs de ses enfants, se prêtait à tout avec une admirable mansuétude, sans témoigner ni mécontentement ni ennui ; enfin, il eut la joie de gagner le cœur du novice ; il dissipa les sombres pensées qui l'obsédaient, et en ramenant le calme dans son âme, il sauva sa vocation.

A cette incomparable douceur, le P. Noto joignait un zèle ardent et une foi très vive. Grâce aux Exercices spirituels, qu'il maniait avec une rare dextérité, il fit un bien considérable parmi la noblesse de Palerme. Il voyait dans tous les supérieurs la personne même de Dieu, et dans leurs ordres, l'expression de sa souveraine volonté. S'il arrivait qu'on blâmât devant lui quelqu'un de leurs actes, il ne manquait jamais d'en prendre en main la défense ; il le faisait au reste avec tant de tact et de discrétion, que sans qu'il offensât personne, les critiques étaient bientôt réduites

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