XVI AOUT
Le seizième jour d'août de l'an 1667, mourut saintement à Madrid, à peine âgé de trente-six ans, le P. Balthasar-Jacques de Loyola, nommé d'abord Schérif Mahomet, fils et héritier présomptif de l'empereur de Fez et de Maroc, tour ù tour captif et filleul du Grand-Maître de Saint-Jean de Jérusalem, Jean-Paul Lascaris, puis catéchumène, élève et religieux de la Compagnie de Jésus en Sicile, à Naples et h Rome ; et enfin, quatre années après son élévation au sacerdoce, mort au moment où il traversait l'Espagne, pour aller travailler au salut des innombrables sectateurs du Prophète, répandus dans les royaumes des Indes et au centre de l'Asie, Né à Fez et déjà père de trois enfants, il venait de s'embarquer au port de Tunis, pour le pèlerinage de La Mecque, lorsqu'il fut pris et chargé de fers par quelques chevaliers de Malte. Au premier moment de sa captivité, Mahomet défendit à ses compagnons de lui donner aucun signe d'honneur, qui pût faire soupçonner aux chrétiens son rang et son nom. 11 passa donc simplement pour le rejeton de quelque famille riche et puissante parmi les musulmans. Quatre années s'écoulèrent ainsi, pendant lesquelles Dieu le préparait peu à peu à recevoir la lumière de la foi. Cependant il ne pensait qu'aux moyens de re-
couvrer sa liberté. Déjà même il avait payé la moitié de sa rançon, et rien ne paraissait s'opposer à son prochain départ, quand une effroyable vision, ménagée par la miséricorde de Dieu, le bouleversa si violemment, qu'il se mit à parcourir comme un insensé les rues de Malte, criant d'une voix pleine d'épouvante : « Je suis chrétien ! Je suis chrétien » !
Remis par les chevaliers entre les mains du Recteur du collège, le P. Jean-Baptiste Vella, il passa quarante jours à étudier les vérités de la foi ; et pour mieux obtenir grâce devant Dieu, il consacrait encore une bonne partie de ses nuits à veiller, à prier et même à pratiquer des austérités incroyables. Puis le jour même de la fête de saint Ignace, en présence de tous les dignitaires et grands-croix de l'Ordre, au bruit des fanfares et de l'artillerie de La Valette, il fut baptisé, et reçut le nom de Balthasar- Jacques de Loyola. Ce changement si merveilleux, et les grâces dont le nouveau chrétien ne cessa d'être comblé, à la suite de son baptême, ne le délivrèrent cependant ni de son ancienne nature, ni d'une difficulté presque insurmontable à se plier aux goûts et aux études que lui imposait sa nouvelle vie. Ne sachant encore que l'arabe, il lui fallait redevenir enfant pour apprendre d'abord à balbutier la langue italienne ; mais ce fut bien une autre épreuve, quand sollicité par l'Esprit-Saint de se préparer au sacerdoce, il aborda, vers l'âge de vingt-sept ans, les premiers éléments de la langue latine. La stérilité de ses efforts le poussait presque au désespoir, lorsqu'un jour Notre-Seigneur lui apparut durant le saint sacrifice, et le consolant avec bonté : « Balthasar, lui dit-il, je pourrais te donner la science, sans qu'il t'en coûtât la moindre peine ; et je le ferais assurément si c'était pour ton bien, ou