XVI AOUT. — P. CHARLES MASTRILLI
tentant de demander en retour d'être assiste dans ses pauvres, que le jour même, plus de trois cent mille livres furent versés dans le trésor épuisé, et en changèrent la détresse en abondance. Le zèle et l'éloquence du P. Mastrilli remportèrent encore un triomphe plus beau. La ville de Naples menacée de la famine s'était soulevée tout entière. Le magistrat chargé de veiller aux approvisionnements, avait été égorgé, et son corps mutilé avait été promené dans tous les quartiers. Les pouvoirs publics, impuissants à réprimer l'émeute, tremblaient devant elle. Dans cette extrémité, ils supplièrent les Pères de la Compagnie d'user de leur influence pour prévenir les derniers malheurs. Le P. Charles Mastrilli s'offre aussitôt ; mais il veut aller seul au-devant des révoltés. S'il est bien accueilli, les autres Pères viendront le rejoindre et achèveront son œuvre. Avant de partir, il se prosterne un moment au pied de l'autel ; puis son crucifix à la main et en habit de pénitent, il court où la foule est plus bruyante et plus exaltée. A sa vue, le silence se fait, la fureur tombe ; beaucoup qui tout à l'heure demandaient du sang, viennent lui baiser les mains et les pieds. Alors élevant son crucifix: « Vive Jésus, s'écrie-t-il ; hommage au crucifix » ! et montant sur un fût de colonne qui se trouvait là, il harangue le peuple, et lui montre l'énormité de son crime. Les Pères apparaissent alors, le P. Spinelli, Recteur du collège, à leur tête, et entraînent dans les églises ces pauvres gens, dociles encore à la voix de la religion au milieu de leurs plus redoutables emportements. Cependant une bande de forcenés mettait au pillage la maison de la malheureuse victime de la sédition, et pour mieux accomplir son œuvre, s'y était barricadée. Le P. Mastrilli accourt, et passant son crucifix à travers
184 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.
une fente de la porte : « Ouvrez, s'écria-t-il d'une voix retentissante, ouvrez au Seigneur Jésus ». A cette vue, à ces accents, les misérables sont interdits ; ils ouvrent. Le P. Mastrilli leur arrache leur butin, fait emporter par des hommes sûrs tous les objets précieux, et avec une autorité souveraine devant laquelle tout s'incline, disperse ces derniers restes de l'émeute.
On cite encore d'autres traits de l'extraordinaire puissance du P. Mastrilli sur les cœurs. Sans doute, il devait cette puissance à ses qualités naturelles ; mais il la devait encore plus à ses vertus, à sa grande réputation de sainteté. Pour prix de ses fatigues, il ne demandait d'autre privilège que celui d'être moins bien traité que ses frères ; il avait besoin, disait-il, de jeûnes et de mortifications. Sa fidélité à toutes les observances de la vie commune était parfaite. Sur le point de mourir, il put déclarer à son confesseur, que les seuls manquements à la règle dont il se souvînt alors, c'était d'avoir quelquefois avancé ou retardé l'heure des examens ou de l'oraison, parce qu'il n'avait pu, à cause de ses ministères, les faire en même temps que la communauté.
Ce grand serviteur de Dieu mourut dans la soixante-douzième année de son âge et la cinquante-cinquième depuis son entrée dans la Compagnie.
Sacchinus, Histor. Societ., part. 5 ^ lib. 5, nn. 58 seqq., pp. 238 seqq. — GoRDARA., Histor. Societ., part. 6 ^, lib. 9, n. 2, p. 475. — ScHiNosF, Istor. délia Provinc. di Napoli, t. 1, p. 225 ; t. 2, p. 4 et suiv. — Santagata, Istor. délia Provinc. di Napoli, t. 4, p. 333 et suiv. — Aguilera, Histor. Provinc. Sicul., t. 2, p. 38. — Patrignani, Menai., 16 agosto, p. 136.