‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 96 sur 362 · XIX AOUT. — P. BARNABE LA VECCIIIA · texte numérisé non relu

XIX AOUT. — P. BARNABE LA VECCIIIA

et tic charité. Son éloge se résume en ces deux mots du P. Nadasi : Sihi totiis spinx, aliis rosa erat. Pour lui, même quand il était Recteur du collège de Bivona, les travaux les plus pénibles et les plus humbles des Frères Coadjuteurs ; pour lui encore, les veilles prolongées, les flagellations sanglantes, les cilices, les jeûnes presque continuels; pour les autres, toutes les délicatesses et les sollicitudes d'une charité maternelle. Aussi, bien que le collège de Bivona eût été assez longtemps dans une situation peu salubre, avant que le P. La Vecchia eût obtenu du P. yVquaviva de le transporter dans une autre plus saine, on regardait comme un privilège d'y être envoyé. Grâce à cette charité, qui n'était pas faiblesse ou molle condescendance, le saint Recteur faisait régner parmi les siens une merveilleuse allégresse et en obtenait sans peine tous les sacrifices.

Cette même tendresse de cœur s'étendait à tous [les membres souffrants de Jésus-Christ ; aucun pauvre ne venait frapper à la porte du collège sans recevoir quelque secours. C'était une opinion commune, à voir l'abondance de ses aumônes, que Dieu renouvelait en sa faveur le miracle de la multiplication des pains. Le P. La Vecchia prédit sa mort deux mois d'avance. Les pauvres semblèrent aussi la prévoir, dit le P. Aguilera ; car on les vit accourir alors en troupes plus nombreuses, comme s'ils avaient voulu se hâter de mettre à profit les dernières libéralités de leur bienfaiteur et de leur père. La ville de Bivona reconnaissante célébra avec une grande solennité et aux frais du trésor public les funérailles du serviteur de Dieu. Le P. La Vecchia était âgé de soixante ans et en avait passé trente-trois dans la Compagnie.

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Aguilera, Histor. Provinc. SicuL, t. 2, p. 41 seçç. — Albeuti, Isloria

délia Provinc. di Sicil., p. 72. — Rho, Varisa virtut. Historiœ, p. 794.

— Nadasi, Ann. dier. memor., 19^ aug., p. 112. — Drews, Fasti Societ. Jesu, 19" oug., p. 319.

* Le dix-neuvième jour d'août de l'an 1768, mourut le P. Jean- Baptiste Cancellotti, missionnaire infatigable qui jusqu'à la plus extrême vieillesse ne voulut connaître aucun repos. Sa vocation apostolique datait de l'année qui suivit sa profession. Il enseignait alors la philosophie au collège de l'^ermo. Un Père donnait une mission dans une paroisse voisine et réclamait du secours ; le P. Cancellotti alla s'offrir à hii. Cet acte de charité lui valut dans une mesure peu commune la grâce de l'apostolat.

La Corse fut un des premiers théâtres de son zèle. Entre autres désordres, il eut à y combattre la fureur des haines qui divisaient les familles, et se transmettaient comme un héritage de génération en génération en faisant répandre des flots de sang. Telle était la violence de ces inimitiés, qu'à Niolo, grosse bourgade près de Gorte, la population s'était engagée d'avance à résister à toutes les exhortations du missionnaire ; les femmes étaient encore plus acharnées que leurs maris et les animaient elles-mêmes à ne point céder. Aussi quand le P. Cancellotti se présenta, on jetait sur lui des regards, dit la notice à laquelle nous empruntons ces détails, qui auraient effrayé des bêtes sauvages. Mais ces farouches colères ne purent tenir longtemps contre la vertu toute-puissante de la grâce ; bientôt les cœurs s'amollirent, les projets de vengeance furent abandonnés, et les ennemis se donnèrent le baiser de paix sous les yeux du Sauveur crucifié. A Bastia, Calvi, Gorte,

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Ajaccio, les réconciliations se comptèrent par centaines, et « l'île entière, ajoute la même notice, fut renouvelée clans sa foi et dans ses mœurs». De Corse, le P. Gancellotti se rendit à Malte; et là, dans un seul sermon sur le jugement dernier, il convertit plus de trente pécheresses publiques. Puis il revint en Italie. Pendant cinquante ans qu'il vécut encore, il s'}^ dépensa au salut des âmes, sans cesse appelé par les populations et plus de soixante-dix évoques.

Sa méthode était celle des grands missionnaires, les Segneri, les Tommasini, les Baldinucci. A un travail sans trêve, il joignait la prière, les veilles prolongées, la charité pour toutes le s misères du prochain, le dédain des aises de la vie ; il jeûnait fréquemment, ne se nourrissait que de légumes et d'herbes cuites, se flagellait sans miséricorde, et à l'âge de quatre-vingt-six ans, faisait encore ses voyages à pied ; alors seulement, sentant ses forces fléchir, il consentit à prendre une monture. Les prodiges ajoutaient leur autorité à celle de sa parole et de ses exemples : il lisait au fond des cœurs, guérissait les malades avec une eau dans laquelle, pour donner le change, il mettait un peu de sucre et de citron, chassait les démons du corps des possédés. C'est dans un de ces exorcismes, comme il le raconte lui-même, que l'esprit mauvais, poussé à bout, s'écria plein de rage : « Ah ! vous m'en avez fait de belles, vous autres Jésuites ; mais le temps est venu de me venger, et vous nie paierez tout avec usure ». Or c'était précisément l'époque où la guerre allumée par les puissances de l'enfer, menaçait la Compagnie d'une ruine prochaine et entière.

Le P. Cancellotti poursuivait depuis cinquante-huit ans, sans aucune défaillance, le cours de ses missions , interrompues seule-

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ment pendant les mois d'hiver, et remplacées alors par d'autres occupations non moins laborieuses : les retraites au peuple, aux séminaires, aux confréries, la prédication dans | notre église, la visite des malades, des prisonniers. Il avait souvent demandé à Dieu la grâce de rendre son dernier soupir sur le champ de bataille où il avait si longtemps lutté. Cette faveur lui fut en partie accordée. L'intrépide vieillard, malgré ses quatre-vingt-onze ans, venait d'ouvrir les saints exercices, avec son ardeur ordinaine, dans une paroisse du diocèse de Tivoli, et tout annonçait une mission fructueuse, lorsqu'une maladie subite l'arrêta le troisième jour, et obligea de le ramener à Tivoli. Une grande multitude se porta à sa rencontre, pendant que la population de la petite bourgade lui faisait cortège en pleurant. Après quelques jours de souffrances supportées avec une admirable sérénité, l'infatigable ouvrier alla se reposer enfin dans le sein de Dieu. Il avait vécu soixantequinze ans dans la Compagnie.

BoERo, Notice ms. sur le P. Jean-Baptiste Cancellotti {Archiv. Rom.}.

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