XXVI FÉVRIER
Le vingt-sixième jour de février de l'an 16H, mourut au collège de Ferrare, à l'âge de soixante-dix-huit ans, le P. Antoine Pos- SEViN, l'émule des Canisius, des Laynez et des Bellarmin, par les services rendus à l'Eglise, les luttes contre le schisme ou l'hérésie, le dévouement aux âmes, la science et la sainteté. « Son nom, dit « Augustin Theiner, brillerait de la plus éclatante auréole de gloi- « re aux yeux des hommes, s'il n'avait eu le malheur, ou commis « la faute, selon le langage du vulgaire, d'entrer dans la Gompa- « gnie de Jésus. Par ses travaux dans toutes les cours du Nord, « il demeure à jamais le modèle des envoyés du Saint-Siège, dont « bien peu pourraient se vanter de l'avoir surpassé, ou même éga- « lé ; et nul ne mérite mieux, au seizième siècle, le glorieux nom « de restaurateur et de réformateur de la science chrétienne, dans «toute la rigueur du mot». Il avait à peine vingt-six ans, et après avoir servi de précepteur et d'ami aux princes de la maison des Gonzague, il allait devenir secrétaire de l'empereur Ferdinand I, lorsque Dieu le tira du monde, dit le P. d'Oultreman, où il était attaché avec des chaînes d'or que l'amitié et la faveur des grands lui avaient forgées. L'année suivante, bien qu'il ne fût pas encore prêtre, le P. Laynez l'envoyait au duc de Savoie pour combat- A. 1. T. I. — 33. 257
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tre les hérétiques des vallées de Lucerna et d'Angrognc ; et ses premiers triomphes sur les ennemis de l'Eglise faisaient déjà demander pour lui le chapeau de cardinal par la cour de Turin. Puis, peu de mois après ses premiers vœux, il court aider le P. Emond Auger à soutenir la foi catholique au delà des Alpes. A Lyon, if excite à un tel degré la fureur des calvinistes et la sollicitude des catholiques, que deux chevaliers de Malte se tiennent perpétuellement au pied de la chaire, l'épée à la main, pour repousser toute violence ; quand la ville tombe au pouvoir des Huguenots, il est jeté dans les fers et n'échappe au poignard que par une sorte de miracle, sous le déguisement d'un pêcheur. A Marseille, il termine son carême, par la première mission des bagnes, donnée à plus de trois mille galériens. A Bayonne, il ferme le passage des Pyrénées aux doctrines et aux livres empoisonnés de Genève, qui allaient profiter de la réunion des cours de France et d'Espagne pour y pénétrer. A Dieppe, où il comptait passer huit ou dix jours, le gouverneur met des gardes aux portes de la ville pour le contraindre à différer son départ, et dans l'espace de quelques semaines, deux mille trois cents hérétiques abjurent solennellement leurs erreurs entre ses mains. Vers le même temps, il fonde de tous côtés des associations de dames pieuses qui se dévouent au service des pauvres ; il écrit par l'ordre de saint Pie V, pour les armées et pour les flottes catholiques, son beau livre du Soldat chrétien, et adresse au Vénérable martyr Yves le Tartier, doyen de Saint- Etienne de Troyes, son épître d'or sur les motifs et les moyens de faire le catéchisme aux enfants et aux ignorants.
Depuis dix années, Possevin méritait ainsi la reconnaissance de toute la France catholique, lorsqu'il dut retourner à Rome, en 1S73,
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pour la troisième Congrégation générale. l'iVerard Mercurian le choisit presque aussitôt pour secrétaire de toute la Compagnie ; mais sa nouvelle charge, qui semblait devoir l'arracher à la vie apostolique et le retenir pour longtemps dans la capitale du monde chrétien, était destinée principalement, dans les desseins de la Providence, à faire mieux apprécier tout son mérite par le souverain Pontife Grégoire XIII. Le jour de la Pentecôte, l'an 1577, Possevin recevait l'ordre de se préparer à partir, en qualité de nonce, pour le royaume de Suède. Avant la fin de cette même année, il entrait à Stockholm avec le titre et l'appareil d'ambassadeur impérial. Au bout de six mois, Jean III de Suède avait abjuré le luthéranisme et se jetait dans ses bras en lui disant : « Mon Père, je vous embrasse, vous, et la sainte Eglise catholique romaine, pour toujours » !
A la cour du terrible czar Jean III et d'Etienne Bathori, roi de Pologne, la présence de Possevin, ambassadeur du Saint-Siège et pacificateur du Nord, ne devait pas jeter moins d'éclat. II en profita pour organiser énergiquement l'apostolat de la foi catholique, dans la Livonie, la Transylvanie et la Hongrie, dont le retour à la foi romaine semble avoir été principalement le fruit du zèle de ce grand homme. Mais tant d'honneurs et de victoires étaient si loin de charmer son cœur et de l'enchaîner à ses travaux, qu'au premier signe de l'obéissance, il rentre en Italie, et va comme s'ensevelir à Padouc, pour y partager désormais sa vie entre la prière, l'étude et le soin de la jeunesse. C'est là qu'il prépare à l'Eglise le jeune François de Sales. C'est là encore qu'il met la main au grand travail de sa Bibliothèque pour diriger les enfants de l'Eglise, et en particulier ses frères, dans les sciences sacrées et pro-
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fanes. Bientôt il y joint sa critique de plus de huit mille écrivains ecclésiastiques ; et à l'Age de soixante-quatorze ans, sur un ordre exprès de Paul V, il dicte l'histoire de ses ambassades, profitant de ce dernier travail pour repasser devant Dieu toutes les actions de sa vie, « et me rappeler en le bénissant, ajoute-t-il, ce que sa main toute-puissante a fait tant de fois pour me garder » !
Sacchinus, Historia Societat. , lib. 3, n. 38, p. 86 seqq. ; ibid. , l. 4, n. 61, p. 123 seqq., etc. Cf. Indicem, Vocabulo Anton. Possevinus. — Id. , Histor. Societ., part. 3, lib. i, n. 83, p. 28 seqq., etc. Cf. Indicem.
— Id., Op. cit., part. 4, lib. 5, n. 91, etc., Cf. Indicem. — Id., Op. cit., part. 5, lib. i, n. 92, etc. Cf. Indic. — Voir surtout Juvencius, Histor. Societ. , part. 5, lib. 25, § 12, p. 863 seqq. — Dorigny, La Vie du P. Antoine Possevin, Cf. Carayon, Bibliographie historique, n. 2391 et 2392. — Patrignani, Menol., 26 febbr., p. 228. — Drews, Fasti Soc. Jes., 26» febr., p. 76. — Nieremberg, Varones ilustres, t. 1, p. 493. — Bar- TOLi, Degli Uomini e de' Fatti délia Compagnia. . . , t. 4, /^. 284.
— Tanner, Societ. Jes. Apostol. imitât., p. 401. — Sotuellus, Biblioth. Scriptor., p. 80. — de Backer, 1"^^ édit., t. 3, p. 623-638. — P. Pierling, Antonii Possevini Missio Moscovitica, Parisiis, 1882. — Id., Un nonce du Pape en Moscoi'ie, Paris, 1884. — Id., Le Saint-Siège, la Pologne et Moscou, Paris, 1885. — Theiner, Le Saint-Siège et la Suède, t. 2 et t. 3. — Crétineau-Joly , Histoire de la Compagnie. . . , t. i, ch. 8, p. 363 et suii>., t. 2, ch. 2, p. 79, 91 et suiv. ; ch. 4, p. 159 et suii'.;
ch. 6, p. 282 et suii'.; t. 4, ch. 4, p. 222. — Feller, Dictionn. histor., t. 5, p. 125. — Biograph. univers., t. 35, p. 488.
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* Le vingt-sixième jour de février de l'an 1580, mourut à Palerme le P. Elpidius Ugoletti, chanoine de la cathédrale de Parme, gagné à la Compagnie dès l'année 1839 avec son intime ami, le célèbre P. Paul Achille, par les prédications de Lainez et de Le Fèvre, envoyés l'un et l'autre à Parme par saint Ignace. Le bienheureux Fondateur l'avait en particulière affection ; il le fit venir à Rome et le chargea de travailler à la conversion des Juifs ; puis il l'envoya successivement collaborer ou présider à la fondation de nouveaux collèges à Padoue, à Florence et enfin à Païenne ; et, faveur extrêmement rare dans ces premiers temps et accordée seulement à un petit nombre de religieux éminents, il l'admit à la profession solennelle des quatre vœux. Le P. Ugoletti remplit aussi les fonctions de Maître des novices ; profondément pénétré de l'esprit qu'il avait puisé à l'école de saint Ignace , il insistait avec une force extraordinaire sur l'obligation de n'avoir en vue que Dieu et sa gloire, et d'apporter à toute chose la plus grande perfection possible, « même, ajoutait-il , au jeu d'échecs ou de dames à la maison de campagne». C'était, remarque l'historien, le jeu permis alors aux Scolastiques par saint Ignace, au temps des vacances.
Toutes les règles de la modestie avaient en lui leur vivante expression ; on admirait son exquise propreté et même une certaine recherche, qui ne déplaisait pas à notre Bienheureux Père dans les vieillards ; sa gaieté aimable, qui répandait un charme délicieux sur ses conversations. Sous l'influence de je ne sais quelle humeur maligne, son nez, dans les dernières années de sa vie, se gonfla d'une manière démesurée. Il était le premier à rire de cette difformité,
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et loin de se cacher, c'était son bonheur d'aller dans les rues les plus fréquentées, de s'exposer aux moqueries des enfants et des gens du peuple, et de leur donner pleine liberté de se réjouir à ses dépens. La grande vertu du P. Ugoletti ne se démentit pas dans les souffrances de sa dernière maladie. Près de rendre son âme à Dieu, on le vit tout à coup lever les mains au ciel, le visage rayonnant de joie, comme si une troupe d'anges et de saints venait l'inviter à les suivre, et rassemblant toutes ses forces, il s'écria, les yeux fixés sur l'image du Sauveur crucifié : In inanus tuas, Domine, conimendo spiritum nieuni, et l'instant d'après il expira. Il était dans la soixante-cinquième année de son âge et la quarante-et-unième depuis son entrée dans la Compagnie.
Orlandinus, Histor. Societ. Jes. , 1' part., lib. 2, n. 78, p. 60; Ub. 5, n. 15, p. 148 ; lib. M, n. 11, p. 339. — Alberti, Istoria délia Provinc. di Sicil. , l. 4, c. 15, p. 386 et suiv. — Aguilera, Histor. Prov. Sicul., t. 1, p. 224. — Patrignani, Menol, 26 febbr., p. 224.