MARS
Le premier jour de mars de l'an i636, mourut en odeur de sainteté à Palerme, le P. François Raiato, dont Notre-Seigneur manifesta la gloire dans le ciel à l'un de ses anciens élèves de rhétorique, le Vén. P. La Nuza. La sanctification des âmes, achetée au prix de bien des persécutions et des calomnies, le faisait regarder comme le père et l'apôtre de Palerme. Les deux principales congrégations de la très sainte Vierge, celle des nobles, et celle que l'on appelait de la pénitence ou des mortifiés, lui avaient été confiées, et jamais elles ne furent plus florissantes. Les membres de la seconde se livraient dans leurs réunions à tous les genres d'humiliations et d'austérités ; comme de s'accuser et d'être repris publiquement de leurs moindres fautes, de prendre la discipline, de se
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baiser les pieds les uns aux autres. Ce fut sous la direction du P. Raiato que l'on vit pour la première fois les membres de la congrégation des nobles traverser les rues de Palerme, portant dans des corbeilles de fleurs le repas qu'ils avaient préparé pour les pauvres malades et les prisonniers.
Le monde et le démon ne purent voir sans indignation de si éclatantes victoires sur l'amour-propre et le respect humain. Deux fois le P. Raiato fut indignement accusé auprès de nouveaux supérieurs, qui ne prirent pas avec assez de prudence les moyens de connaître la vérité. II lui fallut partir pour quelque résidence lointaine; il obéit sans murmurer. L'abandon où ceux qui l'avaient condamné laissèrent tomber son œuvre, lui déchirait l'âme ; il en vint à craindre que ce ne fût un témoignage de la colère de Dieu, qui peut-être le réprouvait. Un jour que cette pensée le jetait dans les plus cruelles angoisses, voyant un petit oiseau voler joyeusement à travers les airs : « 0 mon Dieu, s'écria-t-il avec larmes, si votre bonté daignait envoyer vers moi cette petite créature, comme pour m'apporter l'assurance de votre paix » ! A l'instant, le volatile vint se reposer sur ses mains, et ,toutes ses larmes de douleur se changèrent en larmes de joie. Ces épreuves ne servirent du reste qu'à fortifier la vertu du P. Raiato. Bientôt son innocence fut reconnue, et il reprit son œuvre avec une nouvelle ardeur. La Reine du ciel vint le visiter et le consoler à son lit de mort, accompagnée d'une nombreuse troupe de saints. Le P. Raiato avait quarante-trois ans, il en avait passé vingt-huit dans la Compagnie.
{"' MARS. — ANTOINE KIDIÎCJ. 273
Aguilera, Histor. Provinc. SicuL, t. 2, p. 71, 322 seqq. — Sotuellus, Biblioth. Script., p. 246. — de Backer, Bibliothèque. . ., {" édit., t. l, p. 602. — MoNGiTORE, Bibliolh. SicuL, t. 1, p. 2.36.
* Le premier jour de mars de l'an 1702, mourut dans la réduction Saint-Joseph des Chiquitos, le jeune et apostolique P. Antoine FiDELi, de la Province de Naples, emporté après deux années seulement de travail, mais déjà tellement vénéré des Indiens qu'ils ne l'appelaient pas autrement que leur père. Né à Reggio en Galabre, il avait soupiré de bonne heure après les glorieuses fatigues des missions du Paraguay. Longtemps cette terre bénie sembla fuir devant lui ; c'est à peine s'il put l'atteindre après quatre années entières d'une navigation périlleuse et souvent interrompue. Partout où il dut s'arrêter, à Séville, à Saint-Jacques, une des îles du Gap Vert dont le climat est si meurtrier qu'on l'a surnommée le tombeau des Européens, sur les côtes du Brésil, le P. Antoine fit l'apprentissage de la vie apostolique, et s'acquit la réputation d'un saint.
Enfin il arriva dans la mission de Saint-Joseph récemment fondée par les PP. Philippe Suarez et Denis d'Avila. N'écoutant que son ardeur, il se livra sans ménagement aux plus rudes ti*avaux. Pendant que ses compagnons couraient dans les bois à la chasse des Indiens encore nomades, il demeurait au village, auprès des néophytes, occupé jour et nuit à les instruire, à les façonner à la civilisation non moins qu'à la vie chétienne, à les soigner dans leurs maladies, à les préparer à la mort. Un pain misérable formé de la racine du manioc, et dans de rares occasions, quelques
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fruits sauvages, composaient toute sa nourriture. Soutenu par la grâce de Dieu et l'amour des âmes, il continua de se dépenser avec la même ardeur et le même dévouement ; mais ses forces fléchirent enfin sous le fardeau. Les Indiens ne se contentèrent pas de pleurer sa mort ; ils lui donnèrent un témoignage plus authentique de leurs regrets et de leur vénération ; jusque là nulle exhortation, nul reproche, nulles menaces n'avaient pu les arracher à un vice invétéré, et comme passé en usage et en loi dans leurs mœurs, celui de l'ivrognerie ; sur la tombe du P. Fideli, devenu leur protecteur dans le ciel, ils s'engagèrent par serment, et ils tinrent parole, à ne jamais approcher de leurs lèvres aucune liqueur enivrante.
Fernandez, Historica Relatio de . . . missionibus PP. S. J. , apud Chiquitos... Augustœ Vindelicor. 1733, cap. 6, p. M seqq. — Charlevoix, Histoire du Paraguay, t. 4, liv. 14, p. 160.
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