XVI MARS
Le seizième jour de mars de l'an 1606, mourut à Naples le PJ Mario Morselli, plus connu sous le nom de Mario d'Andria. Il passait à Naples pour un directeur très habile et très éclairé dans les voies de Dieu. Aussi les deux cardinaux Gesualdo et Aquaviva, archevêques de cette grande ville, lui confiaient-ils l'examen de toutes les âmes élevées par le Saint-Esprit à des états extraordinaires, ou soupçonnées, sans qu'on eût pu les convaincre, de supercherie en ce genre ou d'illusion. La prière et la pénitence étaient les principales sources des lumières surnaturelles de ce saint homme. Tous les jours il passait au moins trois heures en oraison ; et jusqu'à l'âge de soixante-neuf ans, c'est-à-dire jusqu'à sa mort, il ne cessa jamais, entre autres austérités, de jeûner tous les samedis au pain et à l'eau, en l'honneur de la Mère de Dieu,
ScHiNosi, Istor. délia Provinc. di Napol., t. l, /). 216. — S\nt\gata, Op. cit., t. 3, p. 240, 241.
332 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.
Le seizième jour de mars de l'an d626, mourut à Rome le F. Jean Tibaldo, portier de la maison professe, redevable à sa dévotion envers la Reine du ciel, de sa conversion, de sa vocation à la Compagnie, et de ses admirables vertus. Il avait passé sa jeunesse à parcourir l'Italie et l'Espagne, s'abandonnant, presque sans frein, à toutes les passions de son âge, mais conservant au moins l'usage de saluer et d'honorer tous les jours la très sainte Mère de Dieu. Souvent il lui semblait que les images de Notre-Dame jetaient sur lui un regard de compassion, et lui reprochaient son libertinage. 11 baissait alors les yeux et rentrait un instant en luimême ; mais il n'avait pas le courage de briser ses chaînes : « Je sens, disait-il, qu'une vie médiocre m'est impossible ; et qu'il me faut être ou tout au vice, ou tout à Dieu » ! Un jour qu'emporté par la colère il courait à une perte presque inévitable, cette Mère de miséricorde lui apparut tout à coup et l'arrêta par ces paroles : « Où vas-tu, mon fils » ? Il se mit alors à la prier de lui changer le cœur ; et fort de son secours, il triompha durant un mois entier de la rage du démon, qui sous une forme visible venait tous les jours l'attaquer. Le premier fruit de sa conversion fut de pleurer amèrement les fautes de sa vie passée, et de déclarer à son corps une haine implacable. Dans la suite, quand l'obéissance eut modéré l'ardeur de cette sainte haine, il obtint encore de se flageller deux fois par jour, et de ne jamais quitter le cilice : « Car je le sais par expérience, disait-il, un peu d'amour pour Notre- Seigneur fait qu'on se trouve en réalité bien plus de force et de santé pour souffrir, que la nature ne voudrait nous le persuader ».