XXII MARS
Le vingt-deuxième jour de mars de l'an 1643, mourut à Nangasaqui le P. Antoine Rubino, glorieux chef d'une troupe de martyrs. Né en 1578, dans la petite ville de Strombino, au pied des Alpes, il achevait au collège de Turin ses études, lorsqu'il se sentit vivement sollicité par la grâce, de suivre Notre-Seigneur dans la Compagnie. Son père qui l'aimait avec une extrême tendresse, et fondait déjà sur lui les plus riches espérances de sa famille, s'opposa d'abord à ses pieux désirs. Mais le généreux enfant eut recours à la très sainte Vierge ; comme il était un jour prosterné plein de confiance devant une statue de Notre-Dame, son père se rencontrant alors par hasard dans l'église, fut si touché de la ferveur avec laquelle il le vit prier, que sur-le-champ, aux pieds même de la sainte Vierge, il lui accorda la permission de partir pour le noviciat d'Arona.
Six ans après, Antoine Rubino s'embarquait à Lisbonne sur la Hotte de Goa, qui portait aux Indes soixante-douze missionnaires de la Compagnie. Nul ne devait plus que lui travailler et souffrir pour le nom de Jésus-Christ. Premier apôtre du royaume de Bisnagar, puis Recteur des collèges de Méliapour et de Colombo, il fut encore chargé de visiter et de gouverner les églises se-
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mées sur la côte de la Pêcherie, de plus sa prudence et sa charité lui firent plus d'une fois imposer par le vice-roi des Indes la charge périlleuse d'ambassadeur à la cour des princes barbares les plus ennemis du nom chrétien. Aussi fut-il à plusieurs reprises battu , emprisonné , condamné au dernier supplice et sauvé à grand' peine, comme par miracle. « Mais qui voudrait faire, selon l'expression du P. Grasset, le récit de ses vertus et de ses belles actions, ferait une histoire assez considérable. Il avait un zèle et une charité semblable à celle de saint François Xavier, à qui un monde ne suffisait pas. A voir ses grandes occupations, on eût dit qu'il ne faisait que voyager ; et à voir le temps qu'il employait à l'oraison, on eût dit qu'il ne faisait que prier . Tout son plaisir était d'obéir ; et il n'y avait rien qui lui adoucît la peine qu'il avait à gouverner, que le moyen que lui donnait sa charge de faire du bien à tout le monde. Il ne mangeait qu'une fois le jour, et pour l'ordinaire des herbes cuites, mais si amè-r res, qu'un Père en ayant goûté, n'en put supporter l'amertume ». Ainsi le P. Rubino se préparait-il au martyre, dont Notre-Seigneur lui fit trouver la couronne, en permettant qu'il fût nommé Visiteur de la Chine et du Japon. Vainement ses inférieurs voulurent lui persuader de ne pas courir à une mort inévitable. Ce bon capitaine, écrit le P. Alexandre de Rhodes, son confesseur et son biographe, ne se laissait pas fléchir, et disait à tous que, puisqu'il était question de secourir une chrétienté abandonnée, ce serait une honte de dire : « Allez » ; qu'il valait bien mieux dire : a Allons » ! A peine débarqué dans une petite île, au détroit de Saxuma, le P. Rubino et ses compagnons tombèrent entre les mains des infidèles ; et peu de jours après, commencèrent les horreurs
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d'un supplice, dont la seule peinture fait trembler. Cinq cents fois de suite, on les appliqua îx la torture de l'eau qu'on leur versait dans la gorge avec un entonnoir, presque jusqu'à les étoull'er, et qu'on leur faisait rejeter ensuite avec des flots de sang- par les yeux, les oreilles et tous les pores, en les pressant sous une large planche. On leur appliqua ensuite des lames rougies au feu et des torches ardentes que l'on promenait lentement sur toutes les parties de leurs corps ; puis quand ils étaient à demi-grillés, des médecins recevaient ordre de panser leurs plaies, et de leur l'cndre assez de forces pour subir de nouveau, sans expirer, l'atteinte des flammes. Enfin le dix-septième jour de mars 1G43, après sept mois entiers de cette horrible lutte, les martyrs furent suspendus dans la fosse pour y consommer leur sacrifice ; et au sixième jour seulement de cette lente agonie, l'ame du P. Antoine Rubino s'envola triomphante au ciel. 11 était âgé de soixante-quatre ans, et en avait passé quarante dans les missions.
Patiugnani, MenoL, 22 marzo, p. 151. — de J^hodes, Brève Relazione délia gloriosa morle. . . dcl P. Antonio Rubino. . , Roma, 1652. — Retaçao da morle do P. Antonio Rubino, cf. Cvrayon, Bibliographie histo- H</., n. %7. — Alegambe, Mortes illustres, p. 570 ser/q. — Bartoli, Il (nappone, lib. 5, p. 495. — Grasset, Histoire de l'Eglise du Japon, Paris, 1715, /. 2, l, 20, p. 655 et suii: — Andrade, Varones ilustres, t. 6, p. 98-108. — Charlevoix, Histoire du Japon, Paris, 1754, /. 5, p. 338, 360 et suiv. — Nadasi, Ann. dier. mentor., 22" mart., p. 163. — Drews, fasti Soc, 22a mart., p. 111. — Chétineau-Joly, Histoire de la Compngn., t. 3, ch. 3, p. 163. — de Rhodes, Voyages et Missions, e'dit. du P. Gourdin, Lille, J884, ch. 20, p. 135 et suiv.
XXn MARS. — p. JEAN-BAPTISTIi: TAVONA. 353
* Le vingt-deuxième jour do mars, l'an 1.^73, le P. Jean-Baptiste Tavoxa mourut à Syracuse dans une lieureuse et sainte vieillesse. Il avait été envoyé par notre Bienheureux Père à Palerme , et pendant de longues années avait servi de Ministre au P. Paul Achille, ce maître si excellent dans l'art de gouverner. Formé h. cette école, le P. Tavoua lut chargé à son tour de la direction du collège de Syracuse récemment fondé. Il y donna l'exemple de toutes les vertus, mais surtout du dévouement , de l'oubli de luimême et de l'humilité. Le collège étant encore inachevé, il n'était pas rare, suivant un usage assez commun dans ces premiers temps, de voir le P. Tavona se mêler lui-même aux manoeuvres et prendre sa part des plus rudes travaux ; et souvent les personnes de qualité, qui venaient demander ses conseils, le trouvaient la pioche à la main ou un lourd fardeau sur ses épaules.
Son rectorat terminé, il resta comme simple missionnaire au collège, et se dépensa tout entier au service des Times. L'aménité de ses manières, sa douceur, sa modestie, son zèle, son esprit de renoncement lui concilièrent l'estime et la vénération de toute la cité. Mais ce qu'on admirait surtout, c'était sa constante et inaltérable fidélité à toutes les observances de la vie commune. Sa maxime était que nos règles renferment toutes les vertus, et qu'il n'est point de voie plus rapide et ])lus sûre tout ensemble pour arriver à la plus sublime perfection.
Aguilera, Histor. Provinc. Sicul., t. 1, p. 198. — Ai.bkrti, Istoria délia Compagn. . . in Sicilia, l. 4, c. 1, p. 285.