XXVI MARS
Le vingt-sixième jour de mars de l'an 1789, mourut à Udine le P. Jacques Belgrado, de la Province de Venise, l'un des savants et des écrivains les plus distingués de l'ancienne Compagnie, au moment de sa destruction. L'orage qui éclatait alors de toute part contre les Jésuites n'avait pu lui interdire l'entrée d'un grand nombre de corps savants, et en particulier de l'académie des sciences de Paris ; le roi d'Espagne, Ferdinand IV, avait désiré le voir à sa cour, et lui offrait le titre de professeur royal à Madrid. Mais Jacques Belgrado, loin de céder aux attraits des honneurs et à la bienveillance des princes, ne se dévouait à la science que pour l'honneur et le triomphe de la foi. « Je le vis au collège de Bologne, dont il était alors Recteur, écrivait le P. Gaballero, un des exilés espagnols jetés sur les côtes d'Italie, en 1768, et je fus témoin de l'ardeur qu'il inspirait à toute une nombreuse communauté de jeunes religieux pour l'étude des sciences et de la vertu ». Le duc de Parme, après l'avoir appelé près de lui comme savant, voulut bientôt l'avoir comme confesseur : « Car je n'ai pas, dit-il publiquement un jour devant toute sa cour, d'ami aussi fidèle sur la terre, et lui seul m'a empêché par ses conseils, de promulguer une loi pleine des plus fatales conséquences pour
mes sujets ». Mais bien des épreuves et des douleurs devaient couronner la vertu du P. Belgrado, comme elles couronnent d'ordinaire la vie des saints. Notre-Seigneur permit, dans les derniers temps de la Compagnie, que sans égard pour son mérite ni pour son âge (il avait alors soixante-dix ans), non seulement on l'abreuvât des mêmes amertumes que tous ses frères, mais qu'on allât même jusqu'à le traiter comme un malfaiteur et à le jeter en prison.
Caballero, Diblioth. Scriptor. Soc. Jes., Supplein. 1""', p. 91. — Som- MERVOGEL, BibUoth., t. \, p. 1143. — Fabroni, Vitae Italor., t. 17. — Biograph. univers.