XIV AVRIL. — P. ONOFRIO PARADISO
sa parole. Pendant un carême qu'il prêchait à la petite ville de Bibona, plusieurs vénérables religieux des autres Ordres descendaient tous les jours un peu avant l'heure de ses sermons, sur le seuil de leurs monastères, pour exhorter les passants h aller entendre l'homme de Dieu.
Demeuré seul héritier du riche patrimoine de sa famille, le P. Paniteri en appliqua les revenus annuels à perpétuité, d'abord aux frais de construction des neuf collèges les moins aisés de sa Province, puis au paiement des dettes de tous les autres -; et bien qu'il eût laissé au Général de la Compagnie toute liberté d'en décider autrement, cent ans après, dit le P. Aguilera, ses intentions étaient toujours religieusement observées. Au moment de recevoir le saint Viatique, on lui présentait l'étole : a Est-ce donc ainsi paré, dit-il, que le loup va recevoir l'agneau de Dieu ! Ah ! donnez-moi plutôt une corde et une couronne d'épines, afin que mon juge ait pitié de moi, en me voyant au moins en appareil de pénitent » !
Aguilera, Histur. Provinc. Sicul., t. % p. IH^.
* Le quatorzième jour d'avril de l'an 1761, mourut à Lecce le P. Onofrio Paradiso dont le zèle et la sainteté furent l'objet des mêmes témoignages de piété filiale que les habitants de cette cité, un siècle et demi auparavant, avaient prodigués à l'illustre P. Bernardin Realino, leur apôtre et leur père. Après sa troisième année de probation, le P. Paradiso avait été envoyé au petit collège de Tropea, en Galabre. Là, à l'exemple de saint Jean-François Ré- A. I. — T. I. — m.
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gis, qu'il avait choisi comme modèle de sa vie apostolique, il s'était attaché aux œuvres les plus pénibles et les plus humbles ; et en peu d'années, grâce à son infatigable dévoftement, l'aspect de la ville avait entièrement changé.
Mais c'est Lecce que la Providence avait désigné comme théâtre principal de son apostolat. Il y reprit tous les ministères qui avaient porté tant de fruits à Tropea. Chaque année, il consacrait plusieurs mois aux missions de campagne, et presque toujours, par la vertu entraînante de sa parole, de ses austérités, de ses oraisons, il y opérait des conversions extraordinaires. Le reste du temps, il s'enfermait à Lecce, et s'y dépensait dans toutes les œuvres de zèle. II avait partagé la ville en différents quartiers, et y donnait à tour de rôle les Exercices, presque sans interruption. Il ne voulait aucun repos, et ne se délassait d'un travail que par un autre travail. Animé d'une tendre dévotion envers la sainte Eucharistie, il ne négligeait rien pour la répandre parmi les fidèles. II établit une confrérie du Saint Viatique, qui devint bientôt florissante, et dont les membres réunis au son de la cloche, faisaient cortège, un flambeau en main, à Notre-Seigneur allant visiter les moribonds.
La charité du P. Paradiso s'étendait à toutes les nécessités spirituelles et temporelles. II avait une grâce spéciale pour consoler et fortifier dans les dernières luttes ceux qui allaient paraître devant Dieu. Chacun voulait l'avoir à son chevet dans ce moment redoutable ; mourir entre ses mains était comme un gage de prédestination. Il distribuait tant d'aumônes qu'on l'avait surnommé le père des pauvres et des prisonniers. A la suite de pluies torrentielles qui avaient changé en marais une partie des campagnes