‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 181 sur 331 · XIV AVRIL. P. ONOFRIO PARADISO · texte numérisé non relu

XIV AVRIL. P. ONOFRIO PARADISO

environnantes, des fièvres pernicieuses s'étaient abattues sur plusieurs quartiers de la ville. Dans cette désolation, le P. Paradiso fut presque seul la providence de tant de malheureux ; et on peut dire qu'il les sauva du désespoir et de la mort. Aussi la vénération populaire s'attachait partout à ses pas. Son portrait était dans les familles, et on l'y honorait à l'égal de celui d'un saint. Plus d'une fois, on le vit revenir des missions, les vêtements lacérés par la pieuse indiscrétion des fidèles qui voulaient des reliques de leur P. Paradiso.

Le bruit de sa sainteté s'était répandu au loin. Le roi et la reine témoignèrent le désir de voir dans leur capitale cet homme extraordinaire ; et les supérieurs, à leur sollicitation, pensèrent à le faire venir à Naples. Mais à la première nouvelle de son départ, toute la ville de Lecce entre en agitation. Pendant que le gouverneur et les principaux citoyens se préparent à faire d'humbles remontrances à la Cour, la population prend les armes ; une foule nombreuse entoure le collège ; on mure la porte de service destinée aux voitures et chariots ; des gardes sont postés à toutes les autres issues ; on en place jusque dans la maison, et surtout à la porte du P. Paradiso. Cependant celui-ci se plaint doucement de cette violence, et demande à pouvoir visiter, comme d'habitude, ses pauvres et ses malades. On le lui accorde ; mais huit hommes armés lui font escorte partout où il va, et ne le perdent pas un moment de vue, dans la crainte de quelque surprise. En présence de démonstrations si vives, la Cour se désista de sa demande, et l'homme de Dieu put continuer en paix jusqu'à son dernier soupir, à se dévouer au salut de cette cité si dévouée.

436 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.

C'est la dernière année de sa vie, le 13 mai 1760, que le P. Paradiso eut, pendant son action de grâces après la sainte messe, cette communication du ciel sur les malheurs qui devaient bientôt fondre sur la Compagnie tout entière, « malheurs tels, écrivaitil au P. Général, Laurent Ricci, que les calomnies, la confiscation des biens, l'exil seraient les moindres de tous, mais où la Compagnie cependant ne sombrerait pas tout à fait, et que Dieu ferait cesser un jour, à la plus grande gloire des persécutés».

Enfin les forces du P. Paradiso fléchirent sous un travail trop accablant. A peine le bruit se fut-il répandu qu'il était en danger de mort, la foule courut au pied des autels, et n'épargna ni larmes, ni prières pour fléchir le ciel et obtenir de garder longtemps encore son apôtre ; et quand il eut remis son âme à Dieu, elle donna libre cours à sa vénération et à sa tendresse ; pendant quatre jours entiers, elle ne cessa de se presser autour de lui, et alors enfin, après des funérailles magnifiques, on déposa ses restes précieux dans un cercueil en plomb, muni d'une triple clef, dont l'une fut remise à l'évêque, l'autre au premier magistrat de la ville, la troisième au Père Recteur du collège. Le P. Paradiso était dans la cinquante-septième année de son âge et la quarantième depuis son entrée dans la Compagnie.

Summar. Vitœ ( A/chiv. Rom.}.

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