‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 182 sur 331 · XV AVRIL · texte numérisé non relu

XV AVRIL

Le quinzième jour d'avril de l'an 1631, mourut à Naples le P. Antoine de Moncada et d'Aragona, d'abord prince de Paterno, duc de Montalto, et chevalier de la Toison d'or, puis dans tout l'éclat de sa fortune, et du vivant même de sa femme, renonçant avec elle au monde et à ses joies, pour ne plus vivre qu'à Jésus-Christ. Marie d'yVragona, sa pieuse mère, l'avait élevé avant tout en prince chrétien ; et de bonne heure, il se signala par d'héroïques exemples. A la nouvelle que le jeune prince César de Moncada, son frère, venait d'être massacré à coups de poignard, il se rendit aussitôt à l'église, et après y avoir reçu le corps de Notre-Seigneur, fit rédiger un acte solennel, par lequel il pardonnait au meurtrier pour l'amour de Dieu, et priait pareillement les juges de lui pardonner. Les deux cent mille ducats dont il jouissait semblaient bien moins à lui qu'à ses pauvres et à ses vassaux. Ceux-ci en particulier le chérissaient comme leur père, et ne recouraient jamais en vain à sa protection. Parmi les délices de la cour, l'usage des flagellations et des jeûnes lui était ordinaire ; bien souvent au milieu des fêtes, il portait un ciliée caché sous ses riches vêtements. Marié à Jeanne de la Gerda, fille unique du duc de Médina-Cœli, il eut d'elle quatre

438 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.

fils et une fille, que sa principale sollicitude fut d'élever, comme il l'avait été lui-même, dans la crainte et l'amour de Dieu. Mais sans manquer à aucun de ses devoirs de prince et de père, il savait néanmoins trouver chaque jour plusieurs heures, pour les consacrer à l'oraison.

Sur ces entrefaites, la peste ayant éclaté à Palerme, Dieu permit que les deux jeunes époux en fussent atteints. Leur plus vif regret fut alors de n'avoir pas vécu l'un et l'autre encore plus saintement ; ils convinrent de faire ensemble le vœu de se consacrer à Notre-Seigneur par la profession religieuse, si leur vie était épargnée. Dès que le péril eut disparu, ils firent part en effet au Souverain Pontife et au roi d'Espagne de leur détermination. Jeanne de la Cerda embrassa la règle de sainte Thérèse et mourut pauvre carmélite, à Palerme. Antoine de Moncada, contraint d'attendre pour entrer au noviciat de la Compagnie, que son fis aîné fût en âge de prendre le gouvernement de ses vassaux, fut néanmoins reçu sans délai par le P. Mutins Vitelleschi, comme saint François de Borgia l'avait été jadis par saint Ignace. Après avoir déposé son collier de la Toison d'or aux pieds de Notre-Dame de Lorette, il revint en Sicile célébrer sa première messe. Puis quand il eut obtenu de Philippe III, pour son fils aîné, l'investiture de ses états, et du vice-roi de Naples la main de sa fille, Marie de Ribera et d'Alcala, il ne songea plus qu'à l'accomplissement de son vœu.

Il alla donc se jeter une dernière fois aux pieds d'Urbain VIII; et le pape, touché de sa générosité, l'autorisa par un bref exprès à faire sa profession solennelle, dès que les supérieurs de la Compagnie le lui permettraient, sans les délais ordinaires du

XV AVRIL. I'. JOSEPH-FRAXÇOIS FICCADENTI 439

noviciat. Mais pendant qn'il s'y préparait avec une ferveur toute nouvelle, il tomba soudainement malade, et par l'ordre des médecins dut être transporté à Naples. Là ses douleurs ne firent que s'accroître ; en peu de jours on désespéra de sa vie ; tout son corps devint môme une plaie si vive, qu'il semblait reposer véritablement sur la croi.x. En cet état cependant son cœur surabondait de joie ; surtout après qu'en présence de son fils et du viceroi, il se fut plus étroitement encore lié au Sauveur, par la profession des trois vœux. Sa mort est comparée, dans nos annales, à celle de saint Jean Berchmans, dont la mémoire était encore toute vivante. La nuit où il rendit le dernier soupir, Jeanne de la Gerda, subitement éveillée dans sa pauvre cellule du Carmel, reçut en ces termes l'invitation d'accompagner de ses prières, au tribunal de Dieu, cette âme que tant de liens lui avaient unie pour toujours: « Le voilà qui expire. Lève-toi et prie ».

CoRDAHA. Histor. Societ., part. 6» , lib. 16, n. 26, p. 454. — Patrigna- Ni, Menai., 15 april, p. 137. — Nadasi, Anti. dier. meinor., 15 april.. p. 209. — Aguilera, Histor. Proviac. Sicul.. t. 2, p. 267. — Andrade Varon. ilust., t. 6, p. 237-248.

Le quinzième jour d'avril de l'an 169G, mourut au collège d'Ascoli le F. Joseph-François Ficcadenti, Scolastique, d'une des familles les plus distinguées de la Marche d'Ancône. II était fils unique ; et jusqu'à l'âge de vingt-deux ans, la résistance de son père le mit dans l'impossibilité absolue de suivre sa vocation. Heureusement pour lui, un de ses condisciples, animé des mêmes

440 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.

désirs, rencontrait les mêmes obstacles ; s'animant tous deux à la persévérance, ils menaient une vie toute d'innocence et de prière, en attendant le jour qui leur permettrait de suivre librement Jésus-Christ. Une première fois ils s'étaient enfuis ensemble de la maison paternelle ; mais poursuivis et ramenés de force, ils attendaient une occasion plus favorable, lorsque Joseph Ficcadenti parvint, avec autant d'adresse que de courage, à réaliser son évasion. Vêtu d'un sac grossier de pèlerin, qu'il s'était taillé en secret, non sans de nombreuses traces d'inexpérience, il choisit pour tromper la vigilance de sa famille, la fête de saint François son patron ; et s'écartant des routes battues, par où l'on ne manquerait pas de le poursuivre encore, il voyagea durant quatre ou cinq jours par les dangereux sentiers des montagnes, plus d'une fois en danger de périr au milieu des torrents et des précipices, mendiant le jour un morceau de pain, le soir un peu de paille dans une grange ; et pris en diverses rencontres, sous son bizarre accoutrement, pour un bandit.

Joseph Ficcadenti ne devait vivre que huit ans, après son entrée dans la Compagnie ; il y fut toujours un parfait modèle de générosité à se vaincre, et de fidélité à la grâce. Lorsque du noviciat de Saint-André il descendit au Collège Romain, l'un de ses premiers actes fut d'aller trouver le Père Ministre, et de lui présenter par écrit une pleine offrande de lui-même, pour être employé sans ménagement aux derniers travaux et à toutes les corvées de la maison. Il y joignait l'instante prière d'être puni et réprimandé publiquement de ses moindres fautes : démarche simple et touchante qui fut bien des fois, à son insu, très salutaire à plusieurs de ses frères. « Car je n'avais besoin, lorsqu'un d'entre

Page 1