‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 187 sur 331 · XIX AVRIL · texte numérisé non relu

XIX AVRIL

Le dix-neuvième jour d'avril de l'an 1640, mourut dans la chrétienté de Kiang-Tchéou, à l'àge de soixante-quatorze ans et après trente-cinq ans d'apostolat, le P. Alphonse Vagnoni, dont les belles missions dans le Kiang-Nan et le Chansi, étaient appelées de son vivant le paradis de la Chine. La famille des Vagnoni tenait un des premiers rangs par le nombre et la puissance de ses fiefs ; elle comptait depuis les croisades jusqu'à dix-neuf chevaliers parmi ses membres ; et le jeune Alphonse avait été comme bercé dès son enfance par tous les souvenirs et toutes les aspirations de la gloire humaine. Mais son cœur n'en fut point séduit ; et à dix-huit ans, il foula aux pieds les brillantes promesses du monde, n'aspirant qu'à la conquête des âmes et à la gloire de Jésus- Christ. Parti en 1603 pour l'Orient, il fut chargé, presque dès son entrée dans la carrière, de la mission naissante de Nankin. Le tableau tracé par Bartoli de la ferveur qu'il fit régner en peu de temps au milieu de ses néophytes, rappelle les plus beaux traits de l'Eglise primitive. La persécution ne tarda pas toutefois à éclater ; peu s'en fallut que le P. Vagnoni n'en fût le premier martyr. Traîné en prison, chargé de fers, horriblement battu par les bourreaux du gouverneur, couvert de plaies dont les douleurs

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étaient encore toutes vives après plus d'un mois, il n'attendait que la mort, lorsque les juges déclarèrent que la clémence de l'Empereur daignait lui accorder la vie, et se bornerait à le faire transporter en exil avec son compagnon d'apostolat, le P. Alvare Semedo. « On nous mit alors, dit celui-ci, dans une cage de bois fort étroite, dont on se sert pour les criminels condamnés au dernier supplice ; et ainsi renfermés comme des bêtes féroces, sans pouvoir faire un mouvement, les mains liées, une chaîne au cou, nous fûmes portés à travers les provinces, l'espace de trente jours », martyre tellement intolérable : « que je n'aurais pu, ce me semble, ajoutait le P. Vagnoni, l'endurer seulement soixante-douze heures de plus sans expirer ».

Le glorieux confesseur de Jésus-Christ mit à profit le temps de son exil pour initier de nouveaux missionnaires à la langue et aux coutumes chinoises. Puis, dès que ses supérieurs le lui permirent, il repartit, non plus pour Nankin, où la vigilante haine des persécuteurs n'eût pas eu de peine à le reconnaître, mais pour la province de Chansi, dont il devait être encore l'apôtre durant seize ans. A sa mort, il y laissait cent deux chrétientés florissantes ; et jusqu'à huit mille baptisés dans une seule ville qui n'en comptait pas plus de vingt-cinq à son arrivée. Les trois cents orphelins sauvés et nourris par sa charité dans le premier hôpital des enfants exposés de la Chine, apprenaient aux païens eux-mêmes à vénérer et à bénir la loi chrétienne.

Les nombreux ouvrages qu'il composait durant une grande partie de ses nuits, après avoir consacré tout le jour aux fatigues du missionnaire, avaient profondément enraciné dans les âmes les vérités de la foi et les plus belles vertus des saints. Ses néophy- A. 1. — T. I. — 58.

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tes le regardaient comme un ange descendu du ciel, et recueillaient avec un saint respect ses moindres paroles pour y conformer leur conduite. Dès que la nouvelle de sa mort prochaine se fut répandue, on ne saurait croire tout ce qu'ils offrirent à Dieu de prières, de larmes et de pénitences pour obtenir sa guérison. •Ses funérailles furent une sorte de pompe triomphale, prolongée huit jours de suite, et à laquelle on vit assister un roi de la famille impériale, à la suite des mandarins du plus haut rang.

Patrignani, Menol. , 9 april., p. 88. — Drews, Fasti Soc. Jes., 19* april. , p. 148. — So'vvki.i.vs, Biblioth., p. 42. — de Backer, Biblioth. , l^* édit., t. 4, p. 707. — Baktoli, La Cina^ l. 3, p. 551, G30 et suiv. ; /. 4, p. 804, 1039 et suw., 1144 et suiv. — Semedo, Historien Relatione délia Cina, part. 2, c. 8, p. 260 et sui\>. — Cordara, Histor. Soc., part. 6. , lib. l, n. 198, p. 68 ; lib. % n. 173, p. 127 seqq. ; lib. 10, n. 169, p. 610 ; lib. 13, n. 217, p. 235 ; lib. 16, n. 328, p. 544. — Pfister, Notices biogr. et bibliogr., n. 22.

*Le dix-neuvième jour d'avril de l'an 1761, mourut le P. Asdru- BAL Mattei, Recteur du Collège Romain, modèle d'humilité et de toutes les vertus religieuses. 11 appartenait à une des premières familles de Rome, et un de ses frères occupait dans le Sacré Collège un rang distingué. Mais du jour où à l'âge de dix-huit ans, il quitta la maison paternelle, il fit état, dit son biographe, de ne plus y remettre le pied ; et si parfois des raisons impérieuses l'obligeaient d'y paraître, il s'y présentait comme un étranger.

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