XIX AVRIL. — P. ASDRUBAL MATTEI
heureux quand un serviteur le recevait sans égards, faute de le connaître, et le faisait attendre dans quelque antichambre. II resta de longues années à Rome ; on assure que pendant tout ce temps, il n'accepta pas une seule fois de s'asseoir à la table des siens. Un jour, cédant à l'importunité d'un Père, il consentit à l'accompagner à la magnifique campagne de sa famille, la ViUa Mattei, sur la cime occidentale du Mont Gœlius ; mais ce fut à la condition expresse que son nom ne serait pas prononcé, et qu'ils visiteraient la campagne en simples curieux.
Ce même esprit d'humilité rapprochait le P. Mattei, autant qu'il lui était possible, de tous les malheureux. Tout appel le trouvait prêt, dès qu'il s'agissait d'aller dans les hôpitaux et les prisons, ou de confesser les pauvres qui se réunissaient chaque vendredi, suivant l'usage, à l'église Saint-Vital, pour y entendre la doctrine chrétienne expliquée par les novices, et recevoir ensuite une large distribution de pain. Nommé Recteur des collèges de Sienne et de Viterbe, le P. Mattei rencontra des difficultés dont il ne lui fut pas possible de se dégager entièrement. 11 se réjouit à la pensée qu'on attribuerait cet échec apparent à son incapacité, et qu'on ne lui confierait plus aucune . charge importante. Mais les supérieurs étaient si loin de partager ses idées, qu'après l'avoir donné quelques temps comme compagnon au Maître des novices et au Père Provincial, ils le placèrent à la tête du Collège Romain.
Le P. Mattei ne trompa pas leur confiance 11 se livra sans réserve à sa nombreuse communauté avec tout son cœur et le plus ardent désir de lui faire du bien, selon l'esprit de notre vocation. C'est par l'exemple surtout qu'il prêchait l'amour et la pra-
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tique de la règle. Quand il était obligé de refuser une demande ou d'adresser un reproche, il le faisait en des termes où l'on voyait percer le motif de la plus grande gloire de Dieu, et nul n'en concevait ni mécontentement ni tristesse. Travaillé par des douleurs qui ne lui laissaient pas un moment de trêve, il était plein de compassion pour les autres, et l'on cite des traits de sa délicatesse et de ses attentions qui le faisaient chérir comme un père et vénérer comme un saint.
Le même oubli de sa personne et le plus complet abandon entre les mains de Dieu brillèrent avec éclat dans sa dernière maladie. Non seulement il ne se plaignait de rien, ne témoignait nulle impatience ; mais il n'exprimait pas même ce désir si naturel chez ceux qui souffrent, de savoir ce que les médecins pensaient de son état; il s'abandonnait purement et simplement, prêt à vivre ou à mourir, ou à languir encore, comme il plairait à Dieu. Le Collège Romain multiplia vainement les prières et les pénitences pour obtenir la conservation do son saint Recteur ; l'heure de la récompense promise aux humbles, était arrivée ; le P. Mattei s'endormit doucement du sommeil des justes, dans la cinquante-huitième année de son Age et la quarantième depuis son entrée dans la Compagnie.
Mémorise Ms. transmissœ a Coll" Ronf ad ^'rcn^m Doniuin Matteiam occasione mords Patris Mattei ( Arch. Rom.).