‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 189 sur 331 · XX AVRIL · texte numérisé non relu

XX AVRIL

Le vingtième jour d'avril de l'an 1601, aux dernières heures du Vendredi-Saint, mourut à Messine le Vén. F. François Gaeta- NO, Scolastique, dont les vertus et les miracles firent commencer en Sicile le procès de béatification. Il était uni par le sang ou les alliances de sa famille aux plus illustres maisons de l'Espagne et de la Sicile. A vingt ans, dit son biographe, il remportait le prix dans tous les exercices de la jeune noblesse ; nul ne savait mieux que lui monter et manier un cheval, chasser, faire des armes, attirer les regards dans les fêtes, les joutes et les tournois, aussi bien que chanter, danser, jouer des instruments et ravir par le charme de sa conversation. En même temps, grâce aux premières leçons de sa mère, nul n'était plus diligent à remplir tous les devoirs d'un prince chrétien. Chaque jour il assistait au saint Sacrifice et récitait l'office de Notre-Dame et le chapelet ; il faisait de larges aumônes aux pauvres, ne souffrait aucune parole qui pût blesser la pureté la plus délicate, et depuis l'âge de dix ans, jeûnait tous les vendredis, par reconnaissance et respect pour la passion du Sauveur.

Toutefois cette vie brillante et pure l'enchantait ; et pour le faire entrer, à la fleur de ses années, dans la voie du mépris du

MENOLOGE S. J. — ASSISTANCE D ITALIE.

monde et des saints, il lui fallut une de ces paroles et de ces lumières victorieuses, qui firent jadis de saint Paul un vase d'élection ; il avait alors vingt-trois ans. Sa première démarche fut d'entreprendre une confession générale de toute sa vie ; et bien qu'il n'eût jamais perdu l'innocence de son baptême, il conçut une si vive haine de lui-même, que sortant une fois au milieu de son oraison, pieds nus, couvert d'un sac, une discipline à la main, il alla visiter sous cet appareil de pénitent plusieurs chapelles des campagnes environnantes, et ne rentra le soir dans son château que couvert de sang et de plaies. C'était rompre d'une manière éclatante avec le monde.

La vie crucifiée qu'il mena depuis ce jour, égala celle des plus austères serviteurs de Dieu. Aussi, lorsqu'il entra l'année suivante au noviciat de Messine, dut-il faire par obéissance, à l'exemple de saint Louis de Gonzague, le sacrifice d'une partie notable de ses pénitences ; et ce fut là, de son propre aveu, la plus rude épreuve de sa vocation. Mais le Vén. P. Bernard Colnago lui fit comprendre combien la mortification intérieure est plus excellente, aux yeux de Dieu, que toutes les douleurs du corps. Docile à cet enseignement, le F. Gaetano, sans rien omettre des pénitences extérieures qui lui étaient accordées, fit du détachement absolu de lui-même et de la victoire sur sa volonté propre, l'objet principal, et pour ainsi dire, unique de ses plus vives prédilections.

Lorsqu'on prit après sa mort les premières informations sur sa sainteté, dans l'espérance qu'il serait mis un jour solennellement au nombre des bienheureux, le P. Jean-Baptiste Carminata, qui avait connu familièrement saint Louis de Gonzague, protesta hautement que le F. Gaetano ne lui paraissait nullement inférieur ; et

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