‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 196 sur 331 · XXII AVRIL. — P. JEAN-DOMINIQUE BONACCORSI · texte numérisé non relu

XXII AVRIL. — P. JEAN-DOMINIQUE BONACCORSI

corsi crut pouvoir s'accommoder au goût de ses auditeurs, et il ne se défendit pas assez du genre précieux qui était alors à la mode. L'enthousiasme ne connut plus de bornes et on alla jusqu'à l'applaudir. Les Pères les plus sérieux de la Province s'émurent de cette vogue. Dans une de leurs Congrégations, ils avaient justement protesté contre cet envahissement d'une littérature presque uniquement soucieuse de la phrase et de la description ; et pour conjurer l'influence de cette école sur les jeunes gens destinés à la chaire, ils avaient prié le Père Général d'intervenir et de tracer la vraie direction.

L'autorité, la réputation, les succès du P. Bonaccorsi pouvaient en elîet inspirer à plusieurs la pensée de suivre la même voie. Le P. Aquaviva coupa court au mal par une mesure énergique. Il intima l'ordre au prédicateur trop écouté de laisser immédiatement sa station, et le carême fini, de se rendre à Pérouse, où une chaire de rhétorique l'attendait. Le coup était terrible, et si le religieux s'était recherché lui-même, peut-être n'aurait-il pu le supporter. 11 se soumit sans murmurer et sans dire un seul mot pour sa justification. « Telle était alors, remarque le P. Aguilera, la vigueur de notre discipline ; il est bon que la postérité connaisse ces grands exemples, de sévérité d'une part dans les supérieurs, et de l'autre dans les inférieurs, de déférence et de soumission ». L'humilité du P. Bonaccorsi toucha vivement le P. Aquaviva ; il lui rendit toutes ses bonnes grâces, le nomma successivement Recteur du collège de Vérone et de Mantoue, et lui permit même de reprendre ses prédications. Mais les forces du serviteur de Dieu étaient brisées sans retour. 11 fut envoyé à Venise, et c'est là que déchargé de toute sollicitude, uniquement occupé de Dieu et des pensées

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de l'éternité, il rendit le dernier soupir, au milieu des témoignages d'estime et de douleur de toute la ville, à l'âge de cinquante-sept ans ; il en avait passé quarante-et-un dans la Compagnie.

Litter. Ann. Societ., anno 1597, p. 38. — Aguilera, Histor. Provinc. SicuL, t. 1, yw. 3G4 seqq. — Schinosi, Istor. délia Provinc. di Napoli., t. i, p. 288 et suiv. ; t. % p. 148 et suiv.

* Le vingt-deuxième jour d'avril de l'an 1761, mourut à Pistoie le P. Philippe Trento, l'apôtre de cette ville et de tout le diocèse, qu'il évangélisa sans relâche l'espace de quarante ans. Un témoin oculaire assure qu'il n'a trouvé nulle part le peuple mieux instruit des vérités de la religion, la fréquentation des sacrements plus en honneur, les désordres et les scandales plus rares, surtout dans les campagnes, et il n'hésite pas à en attribuer en grande partie le mérite au zèle de l'homme de Dieu. Après avoir consacré quelques mois chaque année aux missions du dehors, le P. Trento s'enfermait le reste du temps à Pistoie, et s'y dévouait' aux ministères les plus humbles et les plus laborieux, l'enseignement de la doctrine chrétienne, la visite des prisons et des hôpitaux, l'assistance des moribonds, pour laquelle il avait une grâce spéciale.

Mais son apostolat par excellence fut celui des enfants vagabonds et abandonnés. Il n'avait pu voir, sans une compassion profonde, ces malheureux dont personne n'avait souci, errer par

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