XXVII AVRIL. — P. CAMILLE-MARIE BORGHESI
à la porte du noviciat de Saint-André. Mais voyant qu'on faisait difficulté de l'admettre en cet état, et pour ainsi dire à l'aveugle ; « Sachez, répondit-il, que je ne bougerai pas de ce seuil, et que je ne cesserai pas de frapper, jusqu'à ce que vous m'ayez reçu». Les supérieurs jugèrent alors que l'on pouvait passer pour cette fois par-dessus les règles ordinaires ; et Camille Borgliesi fut admis.
Appliqué peu d'années après aux travaux de la vie apostolique, ses belles missions lui firent bientôt donner par les pauvres habitants des campagnes le nom de Père saint Paul, tant son zèle rappelait le grand Apôtre ; telle était en même temps la puissance peut-être surnaturelle de sa voix, qu'on l'entendait d'une colline à l'autre ; il en profitait à toute heure, durant ses courses, ou bien en traversant les hameaux au milieu du silence de la nuit, pour faire parvenir aux oreilles des pécheurs quelques redoutables sentences sur la mort, l'enfer et le jugement dernier. Les terres où il prêchait la pénitence, rappelaient le spectacle de Ninive à la voix du prophète Jouas. Les foules de ceux qui prenaient part aux flagellations publiques étaient si grandes, qu'à défaut d'une église assez vaste pour les contenir, elles se réunissaient pour cet exercice sur quelque place voisine qu'elles arrosaient de leur sang. Les enfants eux-mêmes obtenaient, à force d'instances, de parcourir les rues en procession, pieds nus, vêtus de blanc, des couronnes d'épines sur la tête, les épaules chargées de croix, chantant tous ensemble les litanies et implorant d'une voix pleine de larmes la miséricorde de Dieu.
Les changements de mœurs et de vie que le zélé missionnaire opérait par les exercices publics de saint Ignace, semblaient plus A. I. — T. I. — 63.
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étonnants encore. Beaucoup de ses auditeurs demeuraient dans l'église depuis le lever du soleil jusqu'à la nuit, par la seule crainte de ne plus trouver de place à l'heure des instructions ou des méditations suivantes. Pour lui, une grande partie du jour se passait au saint tribunal de la pénitence ou en chaire ; et le soir, il ne laissait pas de se flageller impitoyablement et de rester plusieurs heures en oraison. Les injures de tout genre, les traitements indignes et même les dangers de mort ne pouvaient manquer à un pareil chasseur d'Ames ; loin de s'en effrayer, il faisait prier ses pénitents avec un redoublement de ferveur pour le salut de ceux qui l'outrageaient. La dernière année du P. Borghesi se passa tout entière sur la croix; mais nulle souffrance ne pul enchaîner son zèle ni lasser sa patience ; et presque jusqu'à sa suprême agonie, il ^continua de réconcilier les âmes avec Dieu par le sacrement de pénitence. Quand il eut rendu le dernier soupir, le peuple de Montepulciano, au milieu duquel il avait travaillé pendant vingt-sept ans, le })leura comme son père et se disputa ses reliques comme celles d'un saint.
Patiugnam, Menai., 27 april., j). 249. — Mazzolari, Coinmentarii et Ellogia, p. 144.
XXVIll AVRIL
Le vingt-huitième jour d'avril de l'an 1575, mourut en odeur de sainteté au Collège Romain le P. Jacques Cerruto, âgé seulement de trente-trois ans. Sa première jeunesse avait été pure; mais quand il eut quitté sa famille pour étudier la médecine à l'université de Padoue, les mauvaises compagnies ne tardèrent pas à l'entraîner, et il oublia complètement le soin de son Ame pour se livrer à ses passions . Un jour qu'il était tombé comme par hasard sur une vie de saint Alexis, saisi d'une subite horreur de sa vie criminelle, il supplia instamment Notre-Seigneur de lui faire connaître, par quelque signe sensible, le genre de vie qu'il devait embrasser pour se sauver. Toute la nuit suivante, il eut sous les yeux, sans pouvoir dire dans la suite s'il dormait ou s'il veillait, un personnage vénérable dont la vue le combla de joie, vêtu de la soutane et du manteau de la Compagnie. Persuadé que c'était le signe qu'il avait demandé à Notre-Seigneur, il courut dès le lendemain matin au collège et conjura le Père Recteur de le recevoir sur-le-champ. Après les épreuves ordinaires, subies avec une rare générosité, Jean-Baptiste Velato, Recteur de Padoue, lui permit de partir pour le noviciat de Rome.
Mais le démon ne devait pas se résigner si facilement à lâcher sa proie. L'ennui et le souvenir de ses anciennes joies jetèrent insensiblement le pauvre novice dans une dangereuse langueur. Sa vocation menaçait même, d'un jour à l'autre, d'en être gravement compromise, lorsque ses yeux errant çà et là tombèrent sur ces paroles: « Ad quid venisti ? Pourquoi es-tu venu ici » ? Ce fut comme le signal de sa seconde et irrévocable conversion. A dater de cette heure, Jacques Gerruto arracha de son cœur jusqu'à la dernière fibre des affections et des sentiments du monde. Le souvenir de Dieu et de ses péchés ne le c[uitta plus. Sous la protection de la très sainte Vierge, il parvint, au bout de cinq ans de prières, d'humiliations et de pénitences, à une admirable connaissance de la majesté divine qui le transforma d'une manière plus extraordinaire encore. Une de ses plus vives consolations était de renouveler, avec ses trois vœux, la pleine offrande de tout lui-même à la très sainte Trinité ; et par un exercice analogue à celui du chapelet, il répétait affectueusement cette offrande jusqu'à trois mille fois dans un seul jour. Il avait obtenu entre autres grâces de la Reine des anges, celle de se réveiller chaque nuit durant quelques minutes, pour lui renouveler l'expression fdiale de son amour et réciter ses litanies. Quelles que fussent ses épreuves, il s'animait à les supporter sans se plaindre par le souvenir de ses fautes passées, et toute souffrance lui paraissait légère et un présent de l'amoureuse Providence de Dieu.
Sacchinus, Histor. Societ., part. 4a, liù. i, n. 40 seqq., p. 8 seqq. — Patrignani. Menol., 28 april., p. 254. — Nadasi, Ann. dier. memor.,