‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 21 sur 331 · XII JANVIER · texte numérisé non relu

XII JANVIER

* Le douzième joui- de janvier de l'an 1737, mourut à Palerme le F. Jean Gerardi, Goadjuteur temporel, digne émule de saint Alphonse Rodriguez. Gomme son glorieux modèle, il avait été engagé dans les liens du mariage, et s'était signalé dans le monde par la pratique de toutes les vertus chrétiennes. Devenu veuf à quarante-deux ans, il alla frapper h la porte du noviciat de la Gompagnie, à Palerme ; mais avant de le recevoir, on exigea qu'il pourvût à l'avenir de sa fille et de ses deux fils. Gette réponse ne fit qu'exciter l'ardeur de ses désirs, et en attendant qu'il pût les suivre sans obstacle, il mena d'avance parmi les siens la vie du plus parfait religieux. Tous les jours, il recevait un pauvre à sa table, avec le même respect qu'il aurait accueilli Notre-Seigneur ; il se flagellait impitoyablement, prenait son sommeil sur un sac de paille, avec une pierre pour oreiller, jeûnait tous les samedis, et le vendredi n'usait que d'aliments insipides et de breuvages amers. Victime d'une calomnie affreuse, il se laissa jeter en prison, sans dire un mot pour sa défense ; et quand son innocence eut été reconnue, il demanda grâce pour ses accusateurs.

Formés à cette admirable école, ses trois enfants se donnèrent à Dieu dans la vie religieuse. Libre alors de ses empêchements,

fi2 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE u'iTALIE.

Jean Gerardi s'empressa de solliciter de nouveau sou admission parmi les enfants de saint Ignace, et malgré ses cinquante-sept ans, il fut reçu. Pendant les vingt-six années qu'il vécut encore, il ne cessa de donner les plus beaux exemples de simplicité, d'obéissance, d'amour du travail dans les emplois les plus pénibles ; de dévotion à la sainte Vierge, d'assiduité à la prière, d'abnégation et de rigueur impitoyable contre lui-même ; il mesurait avec parcimonie ses heures de sommeil, et ])ortait joui- et nuit un rude cilice, avec lequel il demanda d'être enseveli comme dans le plus glorieux linceul, dondannu' au repos pendant les trois dernières années de sa vie, il ne fit plus que prier, communiant chaque jour, et entendant loules les messes qui se célébraient dans notre église. Il mourut dans la quatre-vingt-troisième année de son âge, et sa mémoire est demeurée en odeur de bénédiction.

Dei. Bono, Predica domesticn in Iode del F. Giovanni Gerardi. . . recitata nel noviziato di Palermo. . . Palernw, 1742.

Mil JANVIER

Le treizième jour de janvier do l'an 1586, mourut à (iênes, sa patrie, le P. François Adorno, (îonfident des plus secrètes pensées et directeur spirituel, jusqu'à la moi't, du saint et glorieux cardinal Charles Borromée. Jeune encore, François Adorno avait accompagné son père à la cour de Portugal ; et ce fut là, qu'à l'âge de dix-huit ans, il fut reçu en IS49, au noviciat de Coïmbre. Il y jeta les fondements de celte haute perfection, qui faisait tlire dans la suite à l'archevêque de Milan : « L'ame du P. Adorno est vraiment le temple du Saint-Esprit ». Ses progrès ne furent pas moins remarquables dans les lettres sacrées et profanes ; de ce même temps, date aussi son amitié avec son pieux et illustre condisciple, le P. Jean-Pierre Perpinian. Nous en retrouvons quelque trace dans la correspondance du célèbre littérateui" ; c'est au P. Adorno qu'il adressa entre autres sa précieuse lettre sur la division des classes et la méthode d'enseignement observée au collège de Coïmbre, du vivant même de saint Ignace, et avec son approbation.

Dès que saint Charles Borromée vit et connut le P. Adorno, il sembla ne pouvoir plus, pour ainsi dire, s'en passer ; il l'emmenait dans ses voyages, lui confiait l'examen et l'instruction de

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SOU clergé, la visite de ses communautés religieuses, faisait sous sa direction les Exercices spirituels, et suivait ses moindres avis, comme si, disent les historiens, il lui eût fait vœu d'obéissance ; il fit encore avec lui sa dernière retraite dans la solitude de Varallo. Il l'appolail un homme nécessaii'e au bien de l'Eglise ; et en le laissant se rendre à Konie pour la quatrième Congrégation générale, il écrivait au Souverain Pontife Grégoire XIII, que nul, à son avis, n'était plus digne de succéder au P. Everard Mercurian. Enfin, quand le saint Cardinal eut rendu le dernier soupir entre les bias de son bien-aimé P. Adorno, il lui apparut la même unit, tout éclatant de la gloire divine ; puis après l'avoir consolé par ces paroles : Doininiis niortificat et Dominus vivifical : « Bientôt, ajouta-t-il, nous serons de nouveau ensemble ». Quelques mois plus tard en effet, le fidèle serviteur de Dieu allait recevoir à sou tour la récom()ense de sa sainte vie.

Sacciunus, Histnr. Soc. Jes., part. 5, lib. 6, n. 18, p. 280. — Litter. nnii. Soc. Jes. , anii. 1586, p. 93. — N\d\si, Ann. dier. memor., 13» j'an., p. 24. — DnEws, Fnsti Soc. Jes. , 13a fan., p. 17. — Nieremberg, Varonés ilustres, t. \, p. -VIS. — Patrignani, Menai., 13 Genn., p. 116. — Tanner, Socictas Jesu apostoloruin iniitatrix, p. 204. — Sotuellus, Biblioth. Script. S. /.. p. 208. — Perpinianus, 0pp., t. 3, p. 83-112. — Franco, Annus gloriosus. p. 23. — Giussano, Histoire de S. Charles Borromée, liv. 7, ch. 12, />. 582 et siiiv. — Carayon, Bihliogr. historiq., n" 1426. — DE Backer, Biblioth. , au mot Adorno. — L'Abbé Sylvain, Histoire de S. Charles Borroméc, Lille. 188^1, 3" co/.. cit. 39, p. 76 cl suiv.

Xm JANVIER. — P. CONSTANCE PULCHARELf.l . ()f)

* Le treizième jour de janvier de l'an IGIO, inourul à Naples le P. Constance Pulcharelli, humaniste distingué, poète d'une nuise également gracieuse et facile, mais surtout religieux d'une haute perfection, et d'un admirable courage dans les maux qui le consumèrent lentement jusqu'à la mort. Presque au lendemain de ses derniers vœux, à la suite de violents crachements de sang, il tomba dans une irrémédiable langueur. Mais puisant des forces au pied de la croix du Sauveur, il ne laissa pas de suivre, comme s'il eût été en pleine santé, les exercices d(î la vie commune, et même d'enseigner, pendant huit années entières, les humanités au collège de Naples. Rien sur son visage toujours épanoui ne trahissait la souffrance ; il était d'une égalité d'humeur inaltérable. A mesure qu'il approchait du terme et que l'épreuve devenait plus pesante, on voyait augmenter sa résignation et la vigueur de son àme.

Condamné à une sorte de réclusion, dans la crainte que son mal ne se communiquât aux religieux plus jeunes, le P. Pulcharelli supporta sans ennui les longues heures de sa solitude, toujours occupé de Dieu. Tous les remèdes tentés pour le guérir étant restés inutiles, il avait demandé, par esprit de pauvreté autant ((ue d'humilité, de s'abandonner purement à la divine Providence. En même temps, pour multi[)lier, ])ar un redoublement de ferveur, le peu de jours qui lui restaient à vivre, il ajoutait aux souffrances de la maladie de rigoureuses austérités, les jeûnes, les disciplines, le sommeil sur la dure. Enfin le généreux disciple de Jésus crucifié alla recevoir au ciel le prix de son invincible patience. Il A. I. — T. i. — 9.

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n'était âgé que de quarante-et-un ans et en avait passé vingt-cinq dans la Compagnie.

Littenv ann. Soc. Jes., ann. 1610, p. 31. — Sotuellus, Biblioth. Script. Soc. Jes., p. 157. — Santagata, Istoria délia Provinc. dî Napoli, t. 3, p. "Ml et sniv. — Nadasi, Ann. dier. meniorab. S. /. , 13a jan. , p. 24. — RE Backer, Biblioth. \'° édif., t. i, p. 596.

* Le treizième jour de janvier de l'an 1666, le P. Volumnius Tommasi s'éteignit au noviciat de Saint-Ignace à Bologne, dans une heureuse et sainte vieillesse. Chanoine de l'église cathédrale de Sienne, sa patrie, puis successivement grand vicaire des diocèses de Sienne et d'Ancône, Volumnius Tommasi voyait s'ouvrir devant lui la carrière des honneurs ecclésiastiques, quand à l'âge de trente-neuf ans, il dit résolument adieu à toutes ses espérances, pour entrer dans la Compagnie de Jésus. Les plus douces consolations et le don des larmes furent la récompense de son sacrifice. Il semblait ne pouvoir contenir les élans de son cœur, quand il parlait de l'amour du Verbe incarné pour les hommes, quand il le visitait au saint tabernacle ou célébrait la sainte messe ; des larmes délicieuses jaillissaient alors de ses yeux, comme de sources intarissables.

Le P. Tommasi passa la plus grande partie de sa vie au collège de Sainte-Lucie à Bologne ; il y fut chargé de la direction spirituelle des Nôtres, et des deux florissantes congrégations de la pénitence et de la bonne mort. Son ministère, fécondé par la morti-

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