III MAI
Le troisième jour de mai mourut, l'an 1604, le P. Claude Mi- GLiARESE, Recteur du collège de Cosenza. Le Souverain Pontife Innocent IX, qui n'occupa que deux mois la chaire de saint Pierre, lui avait confié l'éducation de ses neveux, et voulait lui donner la pourpre romaine. Sous le pontificat de Clément VIII, aucun des enfants de saint Ignace ne contribua plus activement à déjouer les trames qui menaçaient d'une indigne déchéance le P. Claude Aquaviva, et avec lui l'Institut même de la Compagnie. La dernière année de sa vie, h peine échappé aux ravages de la peste, qu'il venait de gagner auprès du lit des mourants, le P. Claude Migliarese ramena la paix, et à sa suite, toutes les vertus chrétiennes, dans le territoire de Cosenza, si tristement célèbre alors par la violence de ses haines et de ses vengeances.
Enfin nous trouvons, dans les lettres qui annoncèrent sa mort, un trait bien capable de donner une haute idée de son crédit et de sa puissance auprès de Dieu. Tout le pays était désolé par d'innombrables nuées d'insectes, qui dévoraient tout sur leur passage ; la population des campagnes, poussée par le désespoir, s'adressait sans pudeur aux plus infâmes sorciers pour obtenir le secours des démons. Le P. Migliarese accourt à cette déplora-
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ble nouvelle, et parle avec tant d'énergie contre ces pratiques infernales, que bientôt une immense procession de pénitence s'organise sous sa conduite, implorant à grands cris la miséricorde divine ; et soudain, racontent les Lettres annuelles de la Compagnie, en présence de tout le peuple, un globe de feu descend du ciel avec un grand bruit, et se promène de tout côté, à fleur de terre sur les campagnes, sans y laisser un seul insecte vivant.
Litter. Ann. Sociel. Jes., ann. 1601, p. 51. — Santagata, Istoria délia Provinc. di Napoli, t. 3, p. .'tS et suiv.
Le troisième jour de mai de l'an 1603, mourut au noviciat de Naples, à l'âge de dix-sept ans, le F. François Lauria, Scolastique, né à Marsico Nuovo, dans la Basilicate. Il s'exerçait avec un admirable courage à remporter toujours quelque nouvelle victoire, même sur les plus innocentes inclinations de la nature. L'une de ses plus vives joies était de parcourir les rues en demandant l'aumône, de manger à la porte au milieu des pauvres, ou d'être chargé dans les hôpitaux de quelques malades plus dégoûtants. Sa seule peine dans la vie religieuse, disait-il quelquefois en rendant compte de sa conscience, c'était le trop d'égards et de ménagements que lui témoignaient ses frères ou ses supérieurs, quand on lui donnait quelque chose à faire ; comme si, ajoutait-il, ce n'était pas assez, pour s'}- porter de toute l'ardeur de son âme, du bonheur de plaire à Dieu et de faire sa sainte volonté !
518 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.
Saisi d'une fièvre violente pendant qu'il travaillait au four et à la cuisine, il accueillit la mort avec une très douce sérénité. Comme on lui demandait, dans ses derniers jours, si quelque faute ou négligence qui pût retarder son entrée dans le ciel, lui faisait alors de la peine : « Aucune, répondit-il, du moins que je sache, durant les dix-huit mois que j'ai vécu au noviciat ». Sentant que son agonie commençait, le F. Lauria demanda instamment à plusieurs reprises d'être porté dans la chapelle, pour y expirer plus près de Notre-Seigneur. Gomme on lui refusait cette grâce ; « Du moins, accordez-moi, je vous prie, ditil les larmes aux yeux, de mourir sur la terre nue, pour l'amour de celui qui m'a aimé jusqu'à mourir sans autre lit que la croix ». Et baisant les plaies de son crucifix : « 0 mon très doux Jésus, répétait-il, vous voulez que je vous rende mon âme au milieu des anges mes frères, soyez-en mille fois béni ! mais combien il m'eût été plus doux encore, de vous mieux ressembler en ce dernier moment » !
Litter. Ann. Soc, ann. 1603, p. 24 seqq. — Santagata, Istor. délia Provinc. di Napoli, t. 3, p. 105 et suiv.