XI MAI
Le onzième jour Je mai de l'an i607, mourut saintement à Salerne le P. Michel Ruggieri, qui partage avec le P. Matthieu Ricci, mort le même jour trois ans après, l'honneur d'avoir établi l'Église et la Compagnie en Chine. Michel Ruggieri, de la Province de Naples, était parti à trente-quatre ans pour les Indes. Le premier théâtre de ses travaux fut celui même de saint François Xavier sur les côtes de la Pêcherie. Mais le P. Valignani, supérieur de toutes les missions de l'Orient, le jugea capable de réaliser les derniers vœux du grand apôtre, et de planter la croix dans l'immense empire de la Chine. Il lui envoya donc l'ordre de se rendre à Macao pour s'y préparer à une si difficile entreprise.
a Lorsque je lus à mon arrivée, disait plus tard l'humble religieux, les instructions détaillées du P. Alexandre, elles me parurent tellement au-dessus de mes forces que je pâlis et tremblai d'effroi ». Il se dévoua cependant sans balancer, « comptant surtout, disaitil, sur la vertu de Dieu, qui ne saurait manquer à l'obéissance ». Un peintre chinois sachant quelques mots de portugais lui servit de premier maître ; pour faire comprendre à son élève les mots qu'il l'exerçait à écrire et à prononcer, cet homme était souvent ré-
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duit à lui en dessiner l'image. Cependant, plusieurs missionnaires, qui dans l'ardeur impétueuse de leur zèle, ne comprenaient pas les hautes pensées de Valignani, regardaient les efforts de Ruggieri comme illusoires, et le blâmaient de perdre sans fruit un temps qu'il eut sans doute, disait-on, bien mieux employé dans la ville de Macao. Mais son obéissance et sa patience demeurèrent toujours inAdncibles ; elles devaient être enfin couronnées par les plus heureux succès.
On peut voir dans les relations des PP. Trigault et Bartoli, comment il parvint jusqu'à cinq reprises différentes, à franchir au péril de sa liberté, et même de sa vie, des barrières jusque-là fermées, et fut suivi à son retour à Macao, par vingt jeunes chinois qu'il avait gagnés d'abord à la science, et par la science à Jésus-Christ. Puis en attendant l'occasion d'un nouvel essai du même genre, il devenait à son tour le maître et l'initiateur de Matthieu Ricci, et composait le premier ouvrage écrit par la Compagnie en langue chinoise , sur l'explication des dix préceptes du décalogue ; bientôt ce livre lui prépara des néophytes parmi les lettrés et les mandarins, jusque dans l'intérieur de l'empire où il ne pouvait encore pénétrer. Ces heureux succès, comblèrent de joie le P. Valignani. Convaincu par sa longue expérience qu'une ambassade solennelle des rois de l'Europe, surtout du Souverain Pontife à la cour de Pékin, serait un des moyens les plus infaillibles pour assurer en peu de temps la propagation du christianisme, il donna l'ordre à Michel Ruggieri d'aller communiquer au P. Claude Aquaviva ses projets et ses espérances.
Mais le malheur des temps et les dissensions des rois de l'Eu-
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rope ne se prêtèrent pas à cette noble et salutaire entreprise. Le P. Rug-gieri n'en recueillit que de nouvelles fatigues, et le saint vieillard succomba enfin, l'an 1607, au collège de Salerne, avec la gloire impérissable d'avoir définitivement ouvert à la Compagnie l'empire chinois:
JuvENCius, Histor. Soc. Jes., 5* part.., l. 24, n. 73, p. 846. — Bar- TOLi, La Cina, l. \, p. 155 et suiv.^ 198 et suiv.^ 220 et suiv. — Tri- GAULT, De Christiana e.xpedit. apud Sinas, l. 2, /;. 143 seqq. — Patui- GNANi, Menol., 11 magg., p. 64. — Nadasi, Ann. dier. memor... H* maii, p. 259. — Drews, Fasti Soc., 11^ maii, p. 180. — Nieremberg, Varones ilustres, t. 4, p. .'Î34-345. — du Jarric, Histoire des choses mémorables advenues . . . ez Indes orientales. . . Valenciennes, 1611, p. 865 et suiv. — SoTUELLUs, Bibliotheca, p. 616. — de Backer, Biblioth., l" cdit., t. 3, p. 685. — ScHiNOsi, 'Istor. délia Provinc. di Napoli, t. 1, p. 340. — Santagata, Istoria délia Provinc. di Napoli, t. 3, p. 264 et suiv. — Sainte- Foi, Vie du P. Ricci, t. i, p. 275 et suiv. ; f. 2, p. [7 et suiv., 47 et suiv. — Pfister, Notices biogr. et bibliogr., n. 3. — Hue, Le christianisme en Chine, t. 2, ch. 2, p. 52.
Le onzième jour de mai de l'an 1710, lisons-nous dans un ancien ménologe du siècle dernier, « arriva à la maison professe de Naples la mort du P. François de Hieronimo. Les supérieurs lui ayant refusé les missions des Indes, qu'il demandait, il fut appliqué par leur ordre à celles du royaume de Naples. Pendant quarante ans, il s'exerça dans cette pénible carrière avec des travaux, des dangers et des contradictions incroyables. Mais par son cou- A. I. — T. I. — 69.
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rage et son invincible patience, s'étant mis au dessus de tout, il gagna une infinité d'âmes à Jésus-Christ et acquit des mérites inimenses. Son amour pour Dieu, son zèle pour le prochain, le mépris constant qu'il fit du monde et de lui-même, et ses autres vertus incomparables furent récompensées des plus signalées faveurs. Il eut le don de prophétie et le discernement des esprits. On eût dit qu'il lisait dans l'avenir et dans le secret des consciences. Ses miracles furent également grands et fréquents. On compte plusieurs morts ressuscites. Chez nous et au dehors, il fut l'objet de l'admiration et de la vénération universelle. On n'en parlait que comme d'un saint et d'un homme tout apostolique.
« Enfin épuisé de fatigue et accablé des plus rigoureuses austérités, qu'il pratiqua toujours, et qui lui conservèrent jusqu'à la mort la fleur de la plus parfaite virginité, après avoir prédit plus d'une fois le temps auquel il mourrait, il passa au ciel, la soixante-quatorzième année de son âge, et la quarante-sixième depuis son entrée dans la Compagnie. Les miracles le suivirent pour ainsi dire après sa mort, comme ils l'avaient accompagné durant sa vie. Des muets, des boiteux, d'autres malades de toute espèce furent guéris, ou en invoquant son nom, ou en touchant son corps. Ce n'est pas seulement dans tout le royaume de Naples que ces prodiges ont éclaté, mais ses reliques, transportées jusque dans les provinces les plus reculées de l'Allemagne, y ont répandu sa haute réputation et fait sentir son grand pouvoir auprès de Dieu». Le P. François de Hieronimo, béatifié par le pape Pie VII, a été mis au nombre des saints par le Souverain Pontife Grégoire XVI.