XIX MAI
Le dix-neuvième jour de mai de l'an 1682, mourut à Rome en odeur de bénédiction, après avoir prononcé sur son lit de mort les trois vœux des Scolastiques de la Compagnie, le F. André Bernardi, fidèle imitateur de saint Louis de Gonzague parmi les jeunes pensionnaires du Séminaire Romain. Il était né à Venise, d'une noble famille qui comptait alors trois princes de la cour romaine, dont le dernier devait même s'asseoir dans la chaire de saint Pierre sous le nom d'Alexandre VIII.
André Bernardi avait déjà près de vingt ans, lorsque pressé d'un ardent désir de se consacrer à Dieu par le sacerdoce, il renonça généreusement à son indépendance et à toutes les joies de la maison paternelle, pour aller faire ses éludes tliéologiques à Rome, dans le Séminaire Romain. Les vœux et les espérances de sa famille de le voir parvenir aux premiers honneurs de ri']glise, étaient bien loin de son cœur. Il n'aspirait qu'à devenir un saint par le renoncement el la prière. Rien ne lui plaisait plus, en particulier, que ces mortifications imprévues qui se présentent si souvent, grâce à l'oubli et à la négligence des autres. Il les trouvait bien plus favorables à son avancement dans la vertu que toutes les austérités volontaires. « Il avait découvert , avec le se-
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cours de son directeur, ce misérable artifice de l'amour propre, qui si souvent, dit son biographe, nous porte à rechercher certaines pratiques de pénitence, et à jeter les hauts cris quand Dieu nous en fait trouver d'inattendues qui ne sont point de notre choix ». Du reste, le pieux jeune homme embrassait également les unes et les autres, avec une ardeur incroyable. Et cependant cette Ame si pure n'avait à pleurer sur aucune faute. Son confesseur l'avait jugé digne de vouer à Notre-Seigneur, entre les mains de la Vierge sans tache, une perpétuelle virginité.
Telle était depuis trois années la vie de Bernardi, lorsque Dieu le trouva mur pour le ciel ; bientôt un de nos Pères lui annonça que sa maladie ne laissait plus d'espoir. « Vous ne pouviez, ô mon Père, répondit alors le jeune mourant, me donner une plus douce nouvelle, tant je me sens consumé du désir d'aller à Dieu»! Comme on l'engageait à faire du moins quelque vœu pour sa guérison : « Les seuls vœux que j'aurais voulu faire, ajouta-t-il, sont les saints vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance dans la Compagnie de Jésus ; vœux que j'ai tant de fois et si instamment désirés, sans en être, hélas ! jugé digne ». Le P. Charles de Noyelle, alors Vicaire Général de la Compagnie, ayant été instruit de cette touchante réponse, voulut visiter le saint jeune homme, et lui dit en l'abordant : « Mon fils, je vous apporte l'heureuse nouvelle de votre admission dans la Compagnie de Jésus, et de votre admission prochaine et triomphante dans le ciel, où vous louerez éternellement Notre-Seigneur dans la compagnie de ses anges ». En entendant ces mots, André Bernardi, qui peu auparavant, dit son historien, n'avait plus la force d'ouvrir les lèvres pour articuler une parole, éclata en transports de joie,