XXVIII MAI
Le vingt-huitième jour de mai de l'an 1564, mourut à Rome, à peine âgé de vingt-cinq ans, le F. Leonetto Gagliardi, Scoiastique, dont nos premiers Pères osaient dire qu'on aurait pu lui confier sans crainte, même après saint Ignace et Lainez, le gouvernement de toute la Compagnie. Ses talents et sa vertu semblaient dignes en effet d'un pareil éloge ; nul n'avait l'esprit et le cœur plus larges, et n'était plus étroitement uni à Dieu. Le zèle des âmes le consumait comme une flamme. Pour son coup d'essai, il avait su enlever au monde, avant son départ pour le noviciat, un de ses plus chers amis, Antoine Possevin. Le P. Lainez l'avait jugé digne, à vingt-quatre ans, bien qu'il ne fût pas encore prêtre, d'annoncer habituellement la parole de Dieu au peuple, dans l'église de la maison professe. Son ardeur pour la prière était sans bornes. Il y puisait une force d'âme qui lui faisait mépriser la fatigue et l'épuisement de sa santé. Aussi les approches de la mort ne l'effrayèrent point ; le sourire toujours sur les lèvres, le F. Leonetto Gagliardi ne songeait qu'à obéir et à s'entretenir de Dieu et avec Dieu. C'était, assurait-il, son plus «ffîcace remède. On ne pouvait se soustraire, près de lui, à une délicieuse impression de joie qui s'exhalait de toute sa personne,