‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 28 sur 331 · XVII JANVIER · texte numérisé non relu

XVII JANVIER

Le dix-septième jour <le janvier de l'an J676, mourut ù l'âge de trente-trois ans, la tèle brisée à coups de bâton par un sauvage des lies Mariannes, le P. Antoine-Marie Sanbasile, Sicilien, d'une des plus nobles familles de Gatane. Dès son enfance, il parut orné de tous les dons de Dieu» Elève au collège de Gatane, il deniantlail souvent de servir ses condisciples ;\ table, ou d'aider le cuisinier. De retour dans la maison paternelle, il aimait à inviter et à servir trois pauvres en riionneur de la sainte Famille ; exercice très cher à sa piété, et dont il pria sa mère de se charger à sa place, quand il partit pour le noviciat de Messine à l'âge de quinze ans.

Le P. Sanbasile ne vécut aux lies Mariannes qu'un peu moins de quatre ans ; mais grâce à son dévouement, ce fut assez pour recueillir une riche moisson d'âmes. « Plusieurs fois, dit l'historien de cette belle mission, il parcourut toute l'île de Guhan avec des travaux immenses, tantôt marchant nu-pieds sur les sables brûlants, tantôt grimpant sur les montagnes, pour secourir les malades et baptiser les enfants ; quoiqu'il fût à chaque moment en danger de la vie parmi ces barbares, qui n'ont d'autre loi que leur caprice, il allait jour et nuit où les besoins de cette nouvelle égli-

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se l'appelaient. Montant un jour un coteau ibrt escarpé qui était sur le bord de la mer, il fut obligé de s'attacher aux herbes piijuantes dont les plaines et les montagnes de ces îles sont couvertes ; mais ces herbes lui demeurèrent dans la main, et il tomba dans la mer. Il oui alors recours à Dieu, et au môme moment la vague le rejeta sur le rivage, au grand étonnement de ceux qui raccompagnaient ». Mais rien de tout cela ne satisfaisait encore son amour pour les souffrances. Il ne marchait <[ue couvert de cilices, portait sur la poitrine une. croix armée de pointes aiguës, ne se nourrissait guère que de racines, couchait sur la terre et se flagellait trois fois pai- joui-. Sa joie élait d'appliquer ses lèvres sur les ulcères de ses chers malades.

Un jour, après avoir ouvert sur son corps vingt-deux blessures, peut-être avec les clous de sa croix, il écrivit à Notre-Dame une lettre, fidèle témoignage de ses désirs, ou plutôt, dit un historien, image de toute sa vie. « A la très sainte Reine de la terre et du ciel, Marie, Mère de mon Dieu et ma souveraine, moi le dernier des pécheurs et des misérables, olfre cette supplique pour obtenir une entière délivrance des désirs de ma volonté et de la tyrannie de mes sens, afin que je lui sois uni de cœur sans réserve, ainsi qu'à son divin Fils Jésus. . . Prêtez l'oreille à mon affliction. . . . Changez l'état de mon ànie, si déplaisant à vos regards et à ceux de votre très saint Fils ! Et puisque ma langue et ma bouche ne suffi.sent pas pour vous exprimer tout mon désir, voici que j'ai ouvert ces vingt-deux nouvelles bouches, poui- mieux vous dii'e mes nécessités, mes angoisses, et le désir qui me consume de vivre selon votre cœur. . . » Cette héroïque prière fut exaucée. La Mère de Dieu daigna se faire non seulement la protectrice, mais

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pour v^insi dire, la compagne et la coopératrice des travaux du P. Sanbasile, comme le témoigne entre autres un pieux espagnol, rappelé des portes de la mort par l'intercession de cet homme apostolique, et qui le vit assisté par la Reine du ciel, pleine d'une majesté très douce, et portant un llambeau, symbole do la lumière divine, dont elle daignait l'éclairer.

Pathignani, Afenol. , 17 Genri., p. t63. — ^ Ohtiz, Istoria délia conversione delV Isole Mariane, lib. '-,. r. 15, p. ^^2. — Le Gobien, Histoire des Isles Marin nés. . . ^ p. 230.

Le dix-septième jour de janvier de l'an 1625, mourut à Milan le P. JuLKs Neghone, dont nos annales loiit ce bel éloge, qu'il a bien mérité de la (Compagnie. 11 réunissait dans un haut degré les dons de science, de sagesse et de piété. Après avoir enseigné avec éclat la rhétorique, la philosophie cl la théologie, il fut successivemenl Préfet des études an collège de Milan, Recteur des collèges de Vérone, de Crémone et de Gênes, Préposé de la maison professe de celte dernière ville et trois fois de celle de Milan. .\u milieu de ces occupations, il trouva le temp.« de composer, principalement en faveui- des ànies (jui tondent à la perfection, un grand nombre d'ouvi'ages ascétiques. On connaît surtout son Commentaire des Règles communes de la Compagnie, «lune érudition tin peu chargée, mais solide, et le plus complet que nous ayons sur cette matière. Le P. Negroiu? était chargé de la formation des Pères du troisième an, ([uand Dieu le rappela à lui. Il était dans

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la soixante-et-onzième année do son âge ol la cinquante-troisième depuis son enirée dans la Compagnie.

CoiiuAHA, Hislor. Soc. Jes. , part. (>a, Ub, 11, n. ^tO, p. 14. — Sotuel- Lus, Biblioth. Scriptor. Soc. Je.i. , p. .534. — de Backeh, Bibliothèque , . . , l'" Mil. , t. l p. 4:{8.

* Le dix-septième joui- de janviei- de l'an 177.5, dix-liuit mois après la suppression de la Compagnie, s'éteignit saintement à Trévise, sa patrie, le P. Vincent Riccati, à l'âge de soixante-huit ans. A cette nouvelle, le célèl)r(^ P. Koger Boscovich, son ami et son condisciple au Collège Romain, ne put s'empêcher de dire : « La mort du P. Riccati esl une perte; poui' l'Italie ; car il en (Hait incontestablement le premier mathématicien ; je ne vois personne à présent qui en approche ». Le P. Riccati enseigna pendant trentecinq ans les mathématiques supérieures au collège de la Compagnie à Bologne, avec une réputation toujours croissante. Il était en même temps chargé par l'autorité civile de surveiller le cours des fleuves et des rivières dans le Bolonais et les Etats Vénitiens, et lit exécuter des travaux considérables pour prévenir les inondations, si terribles dans ces contrées. En reconnaissance de ses services et pour en perpétuer le souvenir, la ville de Bologne et la République de Venise Mrent frapper en son honneur des médailles d'or et d'argent.

Mais le P. Riccati était peu sensible, à ces distinctions ; il n'avait d'autre ambition que celle de travailler pour Dieu, et il rap-

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portait à cette unique fin toute sa science et toutes ses pensées. []ne foi vive, une grande délicatesse de conscience, un ardent amour de la Compagnie, dont les épreuves remplirent son cœur de tristesse ; une obéissance pleine et entièi c à toutes les décisions de l'Église et du Pontife Romain, étaient ses vertus de prédilection. On admirait encor(^ son esprit d'oraison, et on a rendu de lui ce beau témoignage, (jue jusqu'à la fin de sa vie, il célébra la sainte messe et récita l'olUce divin, comme au jour des premières ferveurs de son sacerdoce et de son sous-diaconat.

BoKuo, Menai. , 17 (ieitn. . p. '.W\. — Caballeko. Biblioth. Svripl. Soc. Jes. . Suppleni. l""', p. "241. — dk riACKKK, Bibliothcii. ... l""" édit. , t. 2, o. 519. Feixek, Dictionn. hislor.. nu mot Uiccati. — Ciiktineau-Joly, Histoire de la Comp. , /. 4, p. 27.">. — Nouvelle Biogrrtplite générale, t. 42,

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Le dix-huitième jour do janvier do l'an 1047, mourut à Palerme le P. Jérôme Tagliavia, né à Sciacca, près des ruines de l'ancienne Sélinonte, l'un des hommes les plus remarquables de la Province de Sicile, surtout dans l'art de gouverner, au témoignage du P. Emmanuel Aguilera. Il portait gravé dans le cœur, l'amour et l'esprit d'un enfant de la Compagnie. Aussi le Vénérable P. Colnago, cet insigne serviteur de Dieu, demandait souvent à s'entretenir avec ce jeune novice de dix-huit ans, et lui révélait jusqu'aux plus intimes grâces qu'il recevait de Notre-Seigneur.

Mais l'Histoire de la Province de Sicile insiste particulièrement sur l'ensemble des qualités naturelles et surnaturelles, si dilliciles h rencontrer dans un même homme, qui liront du P. Tagliavia l'image d'un supérieur parfait. Avant l'âge do trente ans, il était consulté par les vieillards, comme leur maître et leur père. On voyait en lui comme un reflet de cette sagesse et de cette bonté de Dieu, qui prévoit tout, règle tout, et sait emplo3'er à propos les instruments aptes à sa gloire. Mais ce n'est pas là, disait-il, un fruit spontané de la nature. Il y faut un perpétuel usage du don de conseil. Aussi passait-il do longues heures, chaque jour, à con- A. I. — T. u. — 12. 89

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sidérer aux pieds de son crucifix, ce que réclamait le plus grand service de Notre-Seigneur, et quels étaient parmi ses inférieurs les hommes les plus capables de le pi'ocurer.

Appelé par le P. Mutins Vitelleschi à gouverner le Collège Romain, il se garda bien, dit son biographe, de chercher à y introduire les usages de la Sicile. A la grande édification de ses inférieurs, toute sa sollicitude fui de se faire lui-même Romain avec les Romains, et de respecter les traditions <ju'il avait trouvées vivantes à son arrivée. Ce fut sous son gouvernement que saint Jean Berchmans vint offrir à Rome l'image d'un nouveau Louis de Gonzague. Dès que le fervent jeune homme l'eût vu, il le pria de se charger de son Ame, et de l'aider à devenir un saint. La direction qu'il en reçut fut si conforme à ses désirs, que plus tard, lorsque l'obéissance les eut séparés, il ne cessa point de réclamer par lettres les conseils et les prières de son ancien Recteur, précieuse correspondance que la Sicile conservait encore avec respect, plus de cent ans après, au temps du P. Emmanuel Aguilera.

De retour dans sa patrie, avec le titre de Provincial, Jérôme Tagliavia fut accueilli comme un ange. Cet admirable supérieur estimait si haut son obligation de procurer partout la plus grande agloire de Notre Seigneur, que sa santé ne put résister longtemps ux exigences d'une sollicitude toujours en éveil. Sa vie parut même en danger, et il en profita pour obtenir au bout de deux ans un successeur ; puis, après avoir quelque temps encore gouverné la maison professe de Palerme, il consacra ses vingt dernières années à diriger les plus jeunes enfants de la Compagnie, qui l'aimaient comme leur père, et dont beaucoup lui durent une émi-

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iiente perfection, s'efl'oreanl à l'envi de devenir d'autres Berclmians, comme le saint vieillard ne (ïcssait de les en supplier. Il n»ourut à l'âge de soixante-quatorze ans ; il en avait passé cin(|uante-six dans la Compagnie.

Aguilera, Histor. l*rov. Sic. , t. 2, /;. 109, 22^i, ''iSG, seqq.

* Le dix-huitième jour de janvier de lan 1724, le P. Barthélémy Spinelli mourut au collège de Parme, après une vie consacrée tout entière à l'enseignement de la jeunesse, à l'évangfUisation des pauvres, et surtout à la propagation du culte de la très sainte Vierge. 11 occupa trente années de suite la chaire de rhétorique au collège de Parme, et durant ce long espace de temps, il ne sr relâcha pas un momeni de* sa diligence à former également ses élèves aux lettres et à la piété ; nombre d'entr'eux gagnés par l'exemple de sa piété, de sa modestie et de toutes ses vertus, dirent adieu au monde et embrassèrent la pratique des conseils évangéliques. Aux fatigues de la classe, le P. Spinelli aimait à joindre l'apostolat des petits enfants. Jusque dans ses dernières années, il ne manqua jamais, non seulement tous les dimanches, mais plusieurs fois même par semaine, de leur faire le catéchisme, et par des exhortations appropriées à leur âge, de les former peu à peu à la vie chrétienne.

Mais son œuvre de [)rédilection fut l'extension du culte de Marie ; pour faire connaître et honorer cette bonne Mère, il n'épargnait aucune peine, et multipliait les industries du zèle le plus ainuint et

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le plus ingénieux : pieuses images exposées partout à la vénération des fidèles, discours enflammés, sanctuaires érigés en son honneur. Aussi de longues années après sa mort, la dévotion à Marie était-elle demeurée florissante au collège de Parme, et ne cessait-elle d'y produire ses fruits les plus «lélicieux d'innocence et de ferveur. Près d'expirer, le P. Spinelli reçut la récompense de sa piété filiale. Le démon s'était efl'orcé de jeter le trouble et la défiance dans son ame ; mais à peine eut-il approché de ses lèvres une image de l'auguste Mère de Dieu, le nuage ténébreux se dissipa, et il s'endormit doucement du sommeil des prédestinés, dans la soixante-quatrième année de son âge et la quarante-septième depuis son entrée dans la Compagnie.

BoEHO, Menol. , 18 Genn., p. 354.

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