‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 29 sur 331 · XIX JANVIER · texte numérisé non relu

XIX JANVIER

Le dix-neiivième jour de janvier de l'an 172G, inourui au Collège Romain le P. Jkan-Baptiste Tolomei, cardinal de la sainte Église, du titre de Saint-Etienne au Mont Gœlius. Dans le compte rendu de sa vocation, qu'il écrivit, selon la coutume, à son entrée au noviciat, on trouvait au nombre des principales raisons qui avaient déterminé son choix, l'espérance d'être persécuté et méprisé pour Jésus-Christ, comme l'étaient parmi tant de peuples, les enfants de saint Ignace. Avant l'âge de vingt-cinq ans, il semblait avoir reçu de Notre-Seigneur un don spécial pour communiquer autour de lui, et même à de jeunes enfants, cette étonnante générosité d'ilme. Car nommé professeur de belles-lettres au collège de Raguse, dans un temps où cette ville était menacée des derniers malheurs par une formidable flotte musulmane, les devoirs qu'il dictait chaque jour à ses écoliers, les eurent bientôt tous embrasés d'un incroyable désir de donner leur vie pour Jésus-Christ; et plus d'un demi-siècle après son départ, la ville et le sénat de Raguse ne l'avaient pas encore oublié. Ce n'était là toutefois que le prélude de cette haute réputation qui l'attendait à Rome, et devait le faire nommer tour à tour successeur de Bellarmin dans la chaire de controverse, Rec-

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leur du Collège Romain, Recteur du Collège Germanique, membre des Congrégations de l'Index, des Rites, des Indulgences, de l'examen des évêques, du Saint-Offîce, et enfin l'un des princes de l'Église, durant les quatorze dernières années de sa vie.

Le dix-huit mai 1712, le P. Tolomei présidait une dispute au Collège Germanique, lorsque plusieurs messagers accoururent lui apprendre que le Souverain Pontife venait, sans l'en prévenir, de le créer cardinal. Il se lève aussitôt saisi de douleur, court s'enfermer dans sa chambre, oîi il demeura seul tout le reste du joui-, à prier et à pleurer aux pieds de son crucifix; puis pour tenter un dernier effort, la nuit venue, il écrit au Saint-l'ère une lettre sup[)liante. Après y avoir é[)uisé tous les autres motifs ([ue lui suggère sou humilité, il terminer par une sorte de eonfessiou géu('rale de toutes ses inclinations vicieuses et des fautes (pi'il prétend avoir à se reprocher. Mais (jue devait être la confession générale d'un homme qui pouvait dire plus lard, au lit de la mort : «' Pour ma jeunesse dans le moi!. le, ceux qui nie tiennent la place de Dieu m'ont défendu de mon inquiéter ; et quaul h mes cinquante-trois ans passés dans la vie religieuse, ou sous hi pourpre romaine, bien que j'aie dû y commettre beaucoup de fautes, et que je sois un grand pécheur, je ne me rappelle pas cependant avoir jamais, grâce à Notre-Seigneur, omis de fair(> ce que me dictaient les lumières de ma raison ou de ma foi » ?

i'hi dépit de sa nouvelle dignité, Jean-Baptiste Tolomei sut trouver dans son amour pour la Compagnie de Jésus, le secret de conserver toujours jusqu'aux plus humbles pratiques de la vie commune. 11 demanda par aumône au P. Michel-Ange Tamburini deux pauvres cellules du Collège Romain, oii il vivait en simple

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religieux. Contraint de prendre en face un palais pour ses audiences de clmque jour, et pour le personnel indispensable de toute maison cardinalice, il s'y transportait seulement à certaines heures, sans déranger cjui que ce fût, par un petit pont de bois jeté sur la rue. Sa nourriture était celle de la communauté. Loin d'accepter la plus légère distinction, il partageait jusqu'aux pénitences de ses frères au réfectoire ; bien plus, ne voulant pas même être séparé d'eux après la mort, il demanda à reposer dans la sépulture commune, quand Dieu l'aurait appelé à lui.. La dernière année de sa vie, malgré ses soixante-douze ans, on le voyait encore faire à pied, durant le jubilé, la visite des sept églises, servir les pèlerins à table, leur laver les pieds, et remplir d'autres semblables offices. « Car u'est-ce pas, disait-il, pour donner au peuple l'exemple aussi bien que le conseil des pratiques de la vie chrétienne, que nous sommes élevés en dignité » ?

Knlîn son amour pour l'Kglise lui lit réunir dans son palais une brillante académie de jeunes gens, qu'il présidait lui-même, et formait avec un admirable zèle à toutes les sciences sacrées, comme à toutes les vertus sacerdotales ; et ce fut là comme une pépinière d'où les Souverains Pontifes tirèrent dans la suite un grand nombre de prélats zélés et d'insignes défenseurs de la foi et de la discipline ecclésiastique, .\insi ce grand homme avait-il passé par les honneurs, sans en prendre autre chose que les sollicitudes et les fatigues. Tout le reste, même les plus légitimes distractions, comme de sortir dans la campagne pour prendre un peu de repos, lui demeura toujours étranger ; et plus d'une fois sur son lit de mort, on l'entendit répéter ces paroles que lui suggérait un souvenir de la sainte Ecriture : « O mors., quani dulcis est rnemo-r

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ria tua honiini pacem non hahenti in substantiis suis ; 0 mort, que ta mémoire est douce à celui qui n'a pas mis la paix de son âme dans les biens d'ici-bas » !

Patrignani, Menol. , {\) Genn., p. 18(5. — Conïuccjo Conti;cci, Orntio habita in funcrc Eni. Card. Ptoloniei ... — de Backeh , édit. , SommsrvoGEL, t. 3, /;. IKiG. — Cap.ayon, Bibliograpli . /tistor. , n. 26^i7, — Mazzolaui, Comment, et Ellogia, p. 1'j8.

* Le dix-neuvième jour de janvier de l'an 1640, mourut à Hangtcheou en Chine, le 1*. Lazare Catïanei, de Sarzana en Piémont, un des [>remiers apôtres de cet immense empire, qu'il arrosa de ses sueurs pendant plus de quarante-cinq ans. Dès son entrée dans la Compagnie, il avait demandé la mission des Indes. Après un court séjour à Goa et sur les côtes de la Pêcherie, où il recueillait déjà de grands fruits, il lut envoyé en Chine par le P. Alexandre Valignani et donné pour conqjagnon au P. Ricci, qui voidait aller à Pékin et fixer dans cette grande ville le centre de son apostolat. Une réforme importante signala le début de leui" voyage. Jusque-là, les Pères avaient porté le vêtement des bonzes ou prêtres du pays, gens décriés pour leurs moeurs dépravées. J.,e peuple, jugeant sur les apparences, les coidondait avec eux et les enveloppait dans le même mépris. Le P. Cattanei proposa de remplacer ce vêtement par celui des lettrés, qui sont en grande considération dans l'empire. Les supérieurs consultés donnèrent leur approbation, cl la réforme fut établie.

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De Pékin, ([uo les missionnaires durent bientôt abandonner, le P. Cattanei se rendit h Macao pour instruire les supérieurs du résultat incomplet de celte première tentative; puis il fut chargé quelque temps de l'importante mission de Nankin, et revint une seconde fois à Macao réparer ses forces, et prendre soin des intérêts de sa chrétienté. C'est alors qu'un orage terrible éclata, menaçant d'emporter dans une ruine commune et la colonie portugaise de Macao et toutes les espérances d'évangélisation de la Chine. Le P. Cattanei fut accusé de conspiration contre l'empire. A en croire les rumeurs ([ui circulaient, il n'aspirait à rien moins qu'à s'emparer du souverain pouvoir ; ses courses fréquentes sur le continent n'avaient d'autre but que de reconnaître les chemins ; il avait de différents côtés des auxiliaires, maîtres de points stratégiques importants ; il n'attendait ))our agir que l'arrivée d'une ilolle considérable, partie depuis longtemps de l'Occident. Ces inventions ridicules furent accueillies avec une facilité prodigieuse. Les Chinois de Macao s'enfuirent, et communiquèrent leur frayeur à leurs compatriotes de la terre ferme. La ville de Canton se mit en état de défense, et pour mieux se protéger, fil abattre plus de mille maisons situées en dehors des murailles ; les jonques de guerre furent armées ; un exprès fut envoyé à l'empereur pour le prévenir du péril qui menaçait sa dynastie ; enfin le vice-roi donna l'ordre au généralissime de la province de mettre sur pied toutes ses troupes, et d'aller faire le siège de Macao. (^elui-ci, en homme prudent, jugea bon d'attendre, et d'envoyer d'abord un de ses lieutenants examiner de près l'état des alî'aires. L'officier s'assura sans peine que cette formidable invasion n'était (}u'un roman absurde. L'effervescence tomba peu à peu ; les relations entre Portugais et

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Chinois reprirent leur cours ; et le P. Callanei lui-même obtint un passe-port et retourna paisiblement à sa mission de Nankin.

Il y travaillait depuis deux ans, lorsqu'un célèbre lettré qu'il avait gagné à la foi, vint le prier, au nom du P. Ricci, d'évangéliser la ville de Chang-hai, où il s'était retiré après la mort de son père. Bientôt une belle chapelle, élevée par ses soins, attira en foule les Chinois les plus distingués. Pour affermir et développer la foi et le zèle de ces nouveaux chrétiens, le missionnaire ne trouva point de moyen plus efficace que d'instituer une congrégation sous le patronage de la Mère de Dieu. Les années suivantes, il établit deux centres nouveaux, qui se développèrent rapidement, grâce à d'illustres conversions, et formèrent avec Chang-hai cette magnifique chrétienté du Kiangnan, la plus belle de toutes, par le nombre et la piété des fidèles.

Cependant le P. Cattanei sentait ses forces épuisées par tant de courses et tant de travaux; bientôt il fut réduit à ne pouvoir plus faire vin mouvement ; mais nulle plainte ne s'échappait ni de son cœur ni de ses lèvres ; il ne savait que louer et l)énir l'amoureuse Providence de Dieu. 11 mourut dans la quatre-vingtième année de son âge et la soixantième depuis son entrée dans la Compagnie.

CoHDAiiA, Historia Soc. Jesti. , part. 6a, lib. l, n. 199, p. 69. — Bartoli, La Cina, ediz. in-^" , Roma, 1673, lib. 2, p. 264 et suiv. , 296 et suiv., 307 et suiv. , 449 et suiv. , 490 et suiv. ; lib. 4, p. 1141 et suiv. — SoTUEi.LTJs, BibUolli . Scriplor. Soc. Jes. , p. 546. — De Backer, Bibliothèque. . . , \'° édit. , t. 5, p. 127. — Semedo, S. J. , Historica relatione. . . délia Cina. . . , p. 222 et suiv. — Patrignani, Menol. , 19 Genn. , p. 184. — Pfister, Notices biographiques et bibliograph. sur les Jésuites de l'ancienne mission de Chine, ms. n. 11. — Catalogus Patruni ac Fratrum S. J. . . , Chang-hai, 1892, 2» part. Proœm. — Créti-

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* Le dix-iieuviènio jour de janvier dv I'mii 1781, mourut h. Pérouse le P. Ignace d'ÀNORiA, de Chio, vrai tnodèio (\v simplicité évangélique, d'humilité, d'obéissance, de dévouement iui service des pauvres, des petits et de tous les membres souiiVants de Jésus- Christ. Dès son noviciat, il s'était senti incliné vers les œuvres <le miséricorde ; cet attrait ne (it que grandir pendant ses études, et au temps de sa régence ; c'était son bonheur d'aller ilans les hôpitaux, les prisons, de mendier pour venir en aide à ses protégés, de faire le catéchisme aux enfants. Cependant il ne se dérobait à aucun des emplois que lui assignait l'obéissance; eai' il avait pour maxime de ne rieu refuser comme de ne rien demander. Cet abandon total entre les mains des supérieurs fut plus d'une fois pour lui roccasion de sacrifices héroïques. 11 avait été nommé pénitencier pour les Grecs, ses conqiatriotes, à la sainte maison de Lorctte ; ces pauvres gens étaient souvent mal disposés et très ignorants des vérités de la religion. Le P. d'Aiidîia n'avait le temps ni de les instruire, ni de les préparer comme il aurait voulu ; c'était pour sa conscience délicate et portée au scrupule le sujet d'indicibles angoisses ; mais fidèle à sa résolution, il ne dit pas un mot pour être déchargé de sa croix, et il la porta six années entières. Il n'en fut enfin délivré que pour en recevoir une autre non moins pesante : on lui confia la surveillance générale des classes au collé-

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ge de Prato. Nul emploi, dit son biographe, n'était moins fait pour lui. Abusant de l'extrême simplicité et candeur de son âme, les écoliers se donnèrent libre carrière, et bientôt il fut entièrement débordé ; sa grande sainteté en imposait encore, mais il ne laissait pas de cruellement souffrir. C'est au bout de trois années seulement qu'il retrouva dans une petite classe des collèges d'Arezzo et de Pérouse, ses occupations de prédilection.

Le Bref de suppression de la Compagnie parut quand il était à Pérouse : il fil à son cœur une douleur profonde, mais n'en arracha point l'amour de ses vœux et de ses règles. L'évêque de la ville, témoin du bien extraordinaire qu'il faisait aux enfants, le chargea d'une classe dans son séminaire. Mais après quelques années, l'affaiblissement de sa santé obligea le P. d'Andria d'y renoncer, et il consacra aux malades et aux prisonniers, ce qui lui restait de forces. Rigide pour lui-même jusqu'à ne vouloir accepter aucun secours d'argent, il était large et généreux pour les pauvres, et il renouvela plus d'une fois en leur faveur les prodiges de charité qu'on admire dans la vie des saints, se dépouillant en secret d'une partie de ses vêtements pour couvrir leur nudité. Aussi son nom était-il en bénédiction ; quand il eut rendu le dernier soupir, il fallut longtemps retarder ses funérailles, si grand était le concours de ceux qui voulaient voir et vénérer le Saint. Dieu glorifia sa mémoire en accordant plusieurs grâces miraculeuses à son intercession. Le P. d'Andria était âgé de cinquante-huit ans et en avait passé trente-et-un dans la Compagnie, à l'époque de la suppression.

Termanini, Elogio del P. d'Andria, — Cf. Boero, MenoL, 19 Genn., p. 382.

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