‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 289 sur 331 · VII JUIN · texte numérisé non relu

VII JUIN

* L'an 1586, on ignore quel mois et quel jour, mourut au collège (le Pérouse le P. Jean-Nicolas de' Notarys, d'une illustre famille de Noie en Gampanie. Deux vertus brillèrent surtout en lui d'un vif éclat, l'obéissance et l'humilité. Pour quelques esprits moins attentifs, remarque le P. Patrignani, ce n'était pas un faible sujet d'étonnement de voir un homme qui montrait en toute circonstance les plus bas sentiments de lui-même, presque constamment occupé, dès le début de sa vie religieuse, dans les charges les plus importantes des deux Provinces de Rome et de Naples. Ils oubliaient, continue le môme historien, que pour bien commander, il faut savoir obéir, et que nul n'est élevé sans péril au-dessus des autres, s'il n'est protégé par la sauvegarde de l'humilité. Le P. de' Notarys avait pris pour règle invariable de s'abandonner comme un enfant entre les mains des supérieurs, et de se tenir prêt à tout office qu'on voudrait lui confier, sans considérer s'il était obscur ou éclatant, facile ou difficile, agréable ou pénible, parce qu'il attendait avec une invincible confiance que Dieu seconderait sa bonne volonté, et ne lui refuserait aucun des secours dont il aurait besoin.

Il passa la dernière année de sa vie au collège de Pérouse, en- A. I. — T. I. — 82. 649

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touré de l'estime et de la vénération des Nôtres et des étrangers. Dès que le bruit se fut répandu qu'il était dangereusement malade : Tota cu'itas, disent les annales du temps, siniul œgrotare visa est. Le cardinal légat, le vice-légat, l'évêque, le clergé, les premiers magistrats voulaient avoir fréquemment de ses nouvelles ; sept médecins au moins, envoyés par ses amis, venaient le visiter chaque jour. Au milieu de tant de témoignages, le P. de' Notarys n'oubliait point ses vertus de prédilection. Car après avoir fait la confession générale de toute sa vie, il donna pleine liberté au Père qui l'avait entendue, de la publier à haute voix ; et comme ses frères réunis autour de sa couche le priaient de leur laisser quelque souvenir spirituel : « Aimez, leur dit-il, et pratiquez l'obéissance ».

Litlcr. ami. Societ., aiiiio 1586, p. 28. — ScuiNosr, Istoria délia Provinc. di Napoll, t. 1, p. 363, 378. — P.vtrignani, Menol., 12 maggio, p. 84.

YIII JUIN

Le huitième jour de juin de l'an 1633, mourut à Santiago del Estero dans le Tucuman, le P. Jean Dario, né dans le royaume de Naples, et surnommé le grand ennemi de tous les outrages faits à Dieu. Dès le temps où il était simple Scolastique à Rome, s'il entendait par hasard de sa cellule une parole de blasphème, il prenait aussitôt en esprit de réparation une très rude discipline, et conjurait Notre-Seigneur de toucher et de sauver l'àme qui venait de l'offenser. Ce zèle de la gloire de Dieu lui fit promptement désirer les missions du Nouveau-Monde. Mais avant d'en adresser la demande au P. Aquaviva, le P. Dario n'épargna rien pour connaître plus sûrement le bon plaisir de N. S. Comme il priait un jour avec ferveur au pied de l'autel, il reçut distinctement cette réponse : « Dario, si tu pars pour les Indes, tu y trouveras beaucoup de croix » ! En môme temps il éprouva un si ardent et si impétueu.x désir de ressembler à Jésus crucifié, qu'il ne douta pas un seul instant de sa vocation.

Les croix ne lui manquèrent pas en effet. On peut voir dans l'Histoire du Paraguay ytixv ([uelles calomnies, quels périls, quels indignes et cruels tourments de la part des hommes et des démons, il achetait, pour ainsi dire, chaque àme de pé-

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cheur ou de barbare. Comme si tout cela n'eût été rien, il ne passait pas un seul jour sans se flageller au moins une fois, et charger ses membres de chaînes et de ciliées. Trois heures de sommeil sur la terre ou sur une planche, furent son unique repos de chaque nuit durant quarante ans. Tout le reste était consacré à Dieu. Il avait sans cesse sur les lèvres ces paroles qu'il avait empruntées aux oraisons de la sainte Eglise : Domine, da niilii fidei, spei et cliaritatls augnientwn. Mais les souffrances de son corps étaient si loin d'égaler celles de son âme, chaque fois qu'il voyait offenser Dieu, que les péchés des hommes furent à la lettre, dit son historien, la cause de son agonie et de sa niorl. Cette tristesse tout intérieure ne lui ôtait rien de son aimable et irrésistible charité. Tous ceux qui souffraient dans les hôpitaux, dans les prisons, dans les rues et sur les places publiques, ou dans le secret de leurs misérables demeures, étaient ses amis et ses enfants de prédilection. Pour eux il multipliait môme les miracles, sans que jamais la libéralité divine lui fit défaut. « Mon Père, lui dit un jour le gouverneur du Tucuman, je suis peu sensible aux impressions des songes ; mais j"ai vu cette nuit l'échelle de Jacob qui allait de la terre au ciel, et sur chaque échelon un pauvre qui vous aidait à monter vers Dieu. Alors j'ai voulu vous suivre, mais trois fois je me suis senti repoussé, et n'ai reçu que cette réponse: «Si tu veux t'élever au ciel comme Jean Dario, imite d'abord sa charité ». Et maintenant, mon Père, je viens vous remettre toutes mes richesses, disposez-en pour le service de Notre-Seigneur, et pour ses membres souffrants » !

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