XXII JANVIER
Le vingt-deuxième jour de janvier de l'an 1619, mourut au collège de Bivona, en grande réputation de vertu, après quatre années et demie d'une pénitence exemplaire, le P. Salvator Susa, Sicilien. Il avait longtemps mené dans la Compagnie une vie facile et riante, très ami de son bien-être et de tout genre de distractions. Mais le P. Barnabe Vecchia, religieux d'une grande sainteté, qui l'avait aimé tendrement, sans parvenir toutefois à lui inspirer un sérieux amour de Jésus-Christ lui apparut , à une grande, distance, au moment de sa mort, le A'isage triste, les larmes aux yeux, et le regardant avec une sorte de menace, prononça lentement ces paroles : « Utiiiam sapèrent^ et intelligerent, ac novissima providerent ! Oh ! si l'on ouvrait les yeux à la vraie sagesse, si l'on comprenait, si l'on songeait à la fin de toutes choses ! »( Deut. 32, 29 ). Avertissement redoutable qui bouleversa toute l'âme de Salvator Susa, et dès ce jour en fit un saint.
Aguilera, Histor. Provinc. Sicul. , t. 2, p. 45.
414 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE d'iTALIE.
Le vingt-deuxième jour de janvier de l'an 1648, mourut au collège de Palerme le P. Horïensius Scammaca, religieux d'une si grande innocence, qu'il ne se rappelait pas avoir commis une faute tant soit peu grave, dans sa longue carrière de quatre-vingt-six ans. Bien peu de ses contemporains jouirent d'une plus haute réputation en Sicile, et jetèrent plus d'éclat dans les lettres sacrées et profanes. La parfaite connaissance des vieilles langues de l'Orient, et l'habitude même d'écrire le grec, l'hébreu, l'arabe et le chaldéen, rendait aussi profonde qu'intéressante son interprétation publique des Livres Saints. Jamais, de mémoire d'homme, aucun professeur n'avait vu pareille afïluence autour de cette chaire. Dans le même temps, comme pour se reposer, en exerçant sur la jeunesse un autre genre d'enseignement et d'apostolat, il composait à peu près tous les ans une pièce de théâtre, sur la vie de quelque martyr ou de quelque autre héros du christianisme. Le P. Scammaca trouvait dans ce genre de travail le moyen d'exprimer et de communiquer sous une forme saisissante son amour pour Notre- Seigneur et ses plus fidèles serviteurs. Il ne vivait en effet que pour les choses du ciel ; il prolongeait tous les jours son oraison durant plusieurs heures ; et jusque dans les conversations les plus indifférentes au premier abord, il laissait bientôt voir que son cœur et ses pensées étaient uniquement à Dieu.
Aguilera, Histvr. Prov. Sicul. , t. % p. 507. — Sotuellus, Bibl. Script. Soc. Jes. , p. 353. — de Backer, édit. in-fol. Sommervogel, t. 3, p. 579. — MoNGiTOHE, Bihlioth. Sicula, in-fol. Panormi, 1707, t. 1, p. 294.
XXII JANVIER. P. JEAN-ANTOINE SPINOLA. 41b
Le vingt-deuxième jour de janvier, au collège de Macerata, mourut en 1694, à l'âge de quatre-vingt-un ans, le P. Jean-Antoine Spinola, Génois. L'espérance de cueillir en Orient la même couronne que le glorieux martyr du même nom et du même sang, lui fit demander instamment au P. Mutius Vitelleschi l'apostolat des Indes et du Japon. Déjà il l'avait obtenu et attendait à Madrid le dernier signal du départ, lorsque les réclamations de sa famille contraignirent en quelque sorte ses supérieurs à le rappeler en Italie. Ce fut pour le P. Spinola le plus rude sacrifice que put lui imposer l'obéissance. Afin de s'en dédommager en quelque manière, il réclama, comme uuc grâce insigne, la dernière classe do grammaire dans le plus obscur collège ; il y demeura vingt-quatre années de suite, s'excitant à prendre autant de soin de ces jeunes âmes, qu'il avait désiré en prendre des Indiens ou des Japonais.
Parvenu ainsi à l'âge d'environ cinquante-cinq ans, il reçut l'ordre d'aller se reposer à Macerata ; mais son repos fut une nouvelle œuvre non moins laborieuse et non moins humble. Durant les vingtcinq ans qu'il vécut encore, laissant à d'autres les ministères d'éclat, il consacra le reste de ses forces à une congrégation de la sainte Vierge, fondée en faveur des pauvres paysans du voisinage ; il les réunissait les jours de fête dans notre église, au nombre de quatre ou cinq cents. Ces braves gens, formés par lui à toutes les pratiques de la vie chrétienne, se répandaient ensuite dans la campagne, comme de véritables catéchistes, et portaient avec eux la foi, la haine du péché, la piété et la paix dans leurs villages. Dès qu'une contestation s'élevait, elle était soumise, sans appel, au jugement du P. Spinola ; aussi les avocats avaient coutume de dire :
116 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.
« En vérité, bientôt, il nous faudra chercher quelque autre profession pour vivre ; car avec un pareil exterminateur de procès, nous ne tarderons pas à mourir de faim ».
BoERo, Menol. , 22 Genn. , p. 426.