II JANVIER
Le deuxième jour de janvier de l'an 1643, mourut à Naples l'angélique F. Maximilien Grimaldi, novice, âgé de quatorze ans. Dès qu'il avait pu connaître les pieuses pratiques des Stanislas et des Louis de Gonzague en l'honneur de Jésus et de Marie, il s'était hâté de les imiter. Chaque fois qu'il obtenait de s'approcher de la sainte table, il passait auparavant de longues heures en silence, pour que rien ne vînt le distraire de la pensée d'un si grand bonheur. Il demandait souvent à la très sainte Viei^ge la grâce de verser tout son sang pour l'amour de Jésus crucifié ; et dans une si grande jeunesse, il ne laissait passer aucun jour sans se flageller. Peu de semaines avant sa mort, vers la fête de saint François-Xavier, Notre-Seigneur lui envoya un songe qui redoubla sa ferveur. Il se voyait réuni à ses condisciples ; et le grand apôtre des Indes apparaissait soudain au milieu d'eux, pour chercher, disait-il, un de ses enfants et l'emmener au ciel avec lui. Les noms de tous furent jetés dans l'urne, et le premier qui en sortit fut le sien. Maximilien Grimaldi était alors plein de vie ; dès le lendemain, il fut frappé d'un mal subit, et s'alita pour ne plus se relever. Son âge ne lui avait pas permis jusque là d'entrer au noviciat ; mais à l'approche de la mort, on ne put lui
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refuser cette grâce. Il revêtit l'habit de la Compagnie, prononça ses vœux de dévotion, et presque aussitôt après, remit son àme innocente entre les mains de' Dieu. •
Nadasi. .[rifiius dierutn niemorabU. Societ. Jesu. 2a junuar.. p. 6.
Le deuxième Jour Av janvier de l'an 1694, mourut à l'âge de trente-huit ans, parmi les sauvages du Mexique, dans la mission consacrée à Notre-Dame de Guadalupe, le P. Jean-Baptiste Barli, de la Province de Milan. Après l'amour de Notre-Seigneui' et de sa sainte Mère, rien iic lui était plus précieux que la charité fraternelle. Si sa grande vivacité lui semblait parfois l'avoir entraîné par surprise à quelque faute en ce genre, rien ne lui coûtait pour la léparer. Un joui\ dans le feu d'une discussion Ihéologique, il crut s'être livré avec trop d'ardeur à la défense île son sentiment. « Quelques minutes s'étaient à peine écoulées, raconte celui-là même avec qui il venait de s'entretenir, je le vis rentrer dans ma chambre, et soudain se jeter à mes genoux, les larmes aux yeux, en me demandant pardon ; il était presque inconsolable, et je dus finir par m'agenouiller aussi pour le contraindre à se relever ».
Le P. Barli avait reçu de Dieu les plus rares talents littéraires; dès qu'il eut fini ses études, il fut donné pour professeur de rhétorique aux juvénistes de Brera. C'était le plus beau présent, disait le Père Provincial, qu'il pût leur faire, pour leur inspirer tout à la fois l'amour des belles-lettres et de la vertu. Mais en se dépensant avec un dévouement entier pour ses élèves, le P. Barli
Il JAINVIKH. - P. JKAN-BAPTISTE BARLI. 13
aspirait au bonheur d'aller sauver les âmes des sauvages.- A l'àg-e de trente-six ans, il fut envoyé par le P. Thyrse Gonzalez, dans les missions du Mexique. Il n'y passa guère plus de onze mois. Deux lettres «[u'il écrivil df ee pays siifiisent à son éloge. La première en vers latins esi à l'adresse de ses chers juvénistes ; il leur raconte combien sont douces les croix et la vie du missionnaire ; il célèbre le l)onlieu)' de u'avoir souvent d'autre lit <[ue la terre, d'autre abri ([ue la voûte du eiel, d'autre nourriture que l'herbe des chanq)s ; la seconde es( à celui <{u'il appelle le |»lus grand bienfaiteur de son àme sur la terre, le P. Antoine Pallavicino, son Père spirituel à Brera. .\près lui avoir parlé de sa vocation aux missions : " 0 mon Père, ajoute-t-il confidentiellement, le co'ur me dit que Notre-Seigneur- attend de moi quelque témoignage d'un insigne? amour; j'ai toujours présentes ces tendres paroles qua daigné m'adresser le saint crucifix de Brera : « Ego elegi te ! luoi-mème je t'ai choisi ! »
Pathigisani, Menol., "2 (ienn. . p. 27.
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Le troisième joue de janvier de l'an 1707, mourut dans la fleur de l'âge, parmi les juvénistes de Brera, le F. Jean-Michef, Rosales, d'une des plus nobles familles de Milan. Placé de bonne heure par son père au pensionnat des nobles, il y avait apporté une grande innocence et une grande piété, mais aussi une extrême aversion pour l'étude, qui ne promettait rien de bien généreux pour l'avenir ; lorsque à l'àgo de quinze ans, dans une retraite donnée aux élèves, il fut profondément saisi de la pensée qu'il faut vivre uniquement pour Dieu. Son premier mouvement fut d'entrer dans l'Ordre de saint François, pour mieux imiter la vie pauvre et souffrante de Jésus-Christ. Mais bientôt les vies de saint Ignace et de saint François-Xavier lui inspirèrent aussi le zèle des âmes. Malheureusement ses études trop incomplètes semblaient lui interdire toute espérance d'entrer dans la Compagnie.
Il résolut alors de s'enfuir, à l'insu de sa famille, et de parcourir les campagnes pour enseigner le catéchisme aux enfants et aux ignorants. Toutefois avant de mettre ce projet à exécution, le jeune homme se sentit pressé de s'en ouvrir à un de nos Pères. Celui-ci n'eut pas de peine à lui montrer que le démon, jaloux de ses pieux désirs, s'était, pour mieux le tromper, transformé en an-
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ge de lumière. Il lui persuada de recommencer ses études, et l'assura que trois années au plus de travail lui ouvriraient les portes du noviciat. Michel Rosales obéit docilement, et sembla prendre à tâche d'imiter la ferveur de saint Ignace à l'école de Barcelone. Son application fut sa plus belle victoire sur lui-même ; elle ne se démentit pas un seul jour. 11 allait aussi trouver fréquemment le Père Ministre du pensionnat, et le suppliait de l'humilier en public pour ses prétendues négligences. Et comme ses demandes n'étaient pas écoutées, il disait les larmes aux yeux : « Ah ! Votre Révérence ne veut pas assez mon bien » !
Enfin, après trois ans de persévérance, Jean-Michel Rosales fut reçu parmi les novices. Il ne désirait plus rien sur la terre, siir d'être désormais tout à Dieu. Les épreuves et les humiliations qu'il obtenait plus largement de son Père Maître, le comblaient de la plus douce joie. Ses deux dévotions principales étaient celles de la sainte Vierge et de la sainte Eucharistie. Encore écolier, il avait choisi Marie pour sa Mère, et il s'était imposé la règle de consacrer un jour chaque mois à s'examiner sur les progrès qu'il avait faits dans son amour ; il appelait cette journée la retraite de Marie. Novice et Scolastique, sa ferveur ne fit que grandir. Au début de son juvénat, imitant la naïve confiance de Stanislas, il écrivit à sa Mère du ciel une lettre dans laquelle il déclarait la prendre pour guide et pour maîtresse dans sa carrière. La sainte Eucharistie était son autre attrait: la communion, surtout pendant les trois années de sa vie religieuse, lui communiquait une force et une allégresse extraordinaires. Ainsi trouva-t-on dans ses écrits après sa mort, ces belles paroles ; « Jour de communion, jour d'amour ! » et ces autres : « J'ai clairement reconnu que Notre-Sei-
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gneur voulait, me conduire h la vie parfaite par l'aniour de la sainte Eucharistie ! »
P\TR!GN\Ni, Menolog., 3 Genn. , /». 'M. - iMAzzoïvui, Comment, e.i. Ellogia, Romse 18;ï,ï, p. 143.
* Le troisième jour i\v janvier de l'an H)!)4 niounit ii Home le I*. Jean-AntoiM' Gaprini, âgé de (puitre-vingts ans dont il avait passé soixante-trois dans la Compagnie. Dès le début de sa vie religieuse, il avait l'ail paraître une sagesse el une nuiturité <[ui le désignaient d'avance pour les charges les plus importantes. L'occasion ne tai'da pas l\ se présenter de déployei' les rares talents (pi'il avait reçus de Dieu. Des tlifï'érends s'étaient élevés à Pérouse entre la ville et les Pères du collège ; les choses s'étaient envenimées au point que tout rapprochement semblait devenu imT possible. Le P. Caprini enseignait alors la philosophie au Collège Romain ,■ le P. Vincent Carafl'a le nomma Recteur du collège avec mission de rétablir le bon accoid. L'espérance du saint Général ne l'ut pas trompée ; bientôt les esprits furent pacifiés, et l'union la plus franche et la plus cordiale prit la {)lace de l'irritation et de la division. Des difficultés d'un autre genre avaient surgi au Séminaire Romain, et y avaient excité une véritable tempête ; le P. Gaprini \ tut envoyé comme Recteur, et en peu de temps, il y ramena l'ordre et la bonne discipline. Ces précieuses qualités ne le retinrent pas moins de trente ans dans les charges de Recteur et de Provincial ; le P. Nicolas Zucchi disait de lui qu'il était com-
ni JAiNVIKR. — p. JKAM-AM'OlNli CAJ^lUrsl. 17
me Moïse assiste; d'une providence s[)éciale de Dieu, et le P. Vincent GaralTa ajoutait qu'il dormait tranquille quand le l*. Ca|)rini
gouvernait.
Ce n'était pas seulement h ses «[ualités naturelles de, tael, île prudence, de connaissance des hommes, que le P. Ca[)rini devait son étonnante puissance ; c'était surtout à ses vertus religieuses, à son union avec Dieu, qui éclatait jusque sur son visage, (|uand il sortait de l'oraison ou descendait de l'autel ; ;i son humilité, ipii lui faisait prendre sa part des emplois les plus pénihles et les plus bas, même de celui de quêteur et de mendiant, à travers les rues de Rome ; à sa légularité, qui, d'après l'attestation d'un témoin oculaire, ne se démentit pas une seule fois dans l'espace de cinquante ans, enfin à son zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, i[ui embrassait tous les travaux, et ne souffrait aiunin repos, même dans la plus extrême vieillesse.
Jeune religieux, il allait, suivant l'usage, annoncej- !a paiole de Dieu dans les places publiques de Rome ; le théâtre de ses prédications était voisin du Ghetto ou quartier des .luifs. Une l(^lle affluence se pressait pour l'entendre, qu'il fallait mettre des gardes à l'entrée des rues pour empêcher- la confusion; et tant de Juifs ouvraient les yeux à la lumière et quittaient la synagogue, ({ue les Rabbins épouvantés firent offrir au gouvernement dix mille écus pour être débarrassés des discours de ce nouvel Elie. Le P. Gaprini passa les dernières années de sa vie dans le célèbre oratoire du P. Caravità, toujours confessani ou prêchant, et l'on peut se demander, dit l'aMteur de son éloge, s'il arracha ])lu8 d'âmes au démon ru chaire ou au confessionnal. Plus d'une fois,
par la bouche des possédés, les nuuivais esprits se plaignii'cnt A. r. — ï. I. — 3.
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des pertes qu'il leur faisait subir. Enfin riche des dépouilles de l'enfer, le saint vieillard rendit son âme à Dieu, au moment même où le prêtre qui l'assistait venait de lui suggérer ces paroles : V Domine Jesu, suscipe spirùum meiim ; Seigneur Jésus, recevez mon esprit ».
Galluzzi, Vita ms. Cf. Patrignani, Menol., 3 Genn., p. 33. — Tutu,
Brei>i Ragguagli , p. 139. — Sotuellus, Biblioth. Scriptor. Soc. Jesu^
p. 400. — SoMMERVOGEL, BibUoth. de la Compagnie, t. 2, p. 703.