XXVII JANVIER. — P. BERNARD DA PONTE
parfois même complètement changés par une seule de ses exhortations. Quand la nouvelle se répandit qu'il était au lit de la mort, leur douleur éclata de la manière la plus touchante. Ils se rendirent, par troupes nombreuses, en pèlerinage aux sanctuaires les plus vénérés de la ville. Tout le jour, on les entendait prier à l'autel de la très sainte Vierge, de saint Ignace et de saint François Xavier. Ils se confessèrent et communièrent à plusieurs reprises pour obtenir la guérison de leur cher maître ; Dieu donna ainsi au F. Arconati la consolation de coopérer très efficacement jusqu'au dernier soupir, par le seul souvenir de son dévouement, à leur sanctification.
Ragguaglio délia morte e virtu di Girolamo Arconati. . . da uno délia medesima Coinpagnia. — Pàtrignani, Menologio, 27 Genn. , p. 27.3. — de B.^CKEu, Biblioth. des Écrivains^ l"'" e'dit. , t. 1, p. 270.
* Le vingt-septième jour de janvier de l'an 1644, mourut à Naples le P. Bernard da Ponte, après cinquante-six ans de vie religieuse. Deux traits principaux dessinent sa physionomie spirituelle, l'amour de la retraite et de l'oraison, et l'amour des âmes. Il avait obtenu du Père Général, Claude Aquaviva, l'autorisation de se retirer chaque année pendant deux ou trois mois dans une sorte d'ermitage, non loin d'Amalfî, en un lieu élevé, où l'on vénère une statue miraculeuse de la sainte Vierge. Là, il s'abandonnait, sans autre mesure que celle de l'inspiration divine, à son attrait pour la prière et la mortification. Puis, quand le temps était venu de repren-
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dre ses courses apostoliques, il descendait de la montagne comme Moïse et Elie, le cœur enflammé de zèle pour la gloire de Dieu. Sa parole avait une puissance extraordinaire, et opérait des conversions éclatantes et nombreuses ; les populations, attirées par l'éclat de sa sainteté, accouraient de toutes parts : « Nous voulons entendre l'homme de Dieu », disaient-elles. Les églises étaient trop étroites pour contenir leurs flots pressés, et le missionnaire devait dresser sa tribune en plein air.
Le P. da Ponte ne pensait qu'à recueillir ces riches moissons, quand le Père Général le nomma Maître des novices en remplacement du P. Orlandini, appelé à Rome pour écrire l'histoire de la Compagnie. Grande fut sa surprise, plus grande encore celle du Père Provincial de Naples. Celui-ci présenta plus d'une difficulté : le P. da Ponte était bien jeune ; il avait passé sa vie dans les missions de campagne ; il ne connaissait point les novices ; il aimait trop la solitude. Le P. Aquaviva ne tint pas compte de ces observations, et l'expérience justifia la sagesse ds son choix. Jamais, dit un historien, la Province de Naples ne vit une jeunesse plus généreuse, plus ardente, et dont les travaux aient été ensuite plus utiles au royaume, à l'Italie et aux Indes, que celle qui se forma à la forte école du P. da Ponte, et il en cite plusieurs, tous « hommes d'une sainteté éminente », à la tête desquels se place le P. Robert de' Nobili.
■ Après sept années passées dans cet emploi, le P. da Ponte reprit sa vie de missionnaire, avec des fruits non moins grands et une réputation de vertu toujours croissante. Nos annales racontent de lui des choses prodigieuses. A l'autel, son visage parut resplendissant ; d'autres fois, on le vit pendant son oraison, environné