XXVII JANVIER. P. PIERRE-FRANÇOIS BARLA
P. Pierre-François Barla, à peine âgé de vingt-neuf ans : courte carrière, il est vrai, mais cliargée de mérites à l'égal de la plus longue vie. Dès le temps de son noviciat à Saint-André et de sa philosophie au Collège Romain, le F. Barla se signalait entre les plus fervents par son amour de l'humilité et de la mortification ; il était comme passé en proverbe, que si quelqu'un avait besoin de se faire remplacer pour un emploi ou une corvée quelconque, il n'avait qu'à lui faire signe. Ainsi se préparait-il aux missions. Il soupirait après, l'heure où il pourrait se dépenser au service des infidèles; mais de longs retards enchaînèrent l'ardeur de ses désirs. A peine arrivé à Cadix, il dut en attendant le départ d'un vaisseau pour l'Amérique, se rendre à notre collège de Séville, où il demeura quinze mois entiers. Il fit de ce séjour forcé l'apprentissage de la vie apostolique. Ordonné prêtre après une année de théologie, il commença sur le champ à confesser et à prêcher, et ramena à Dieu une multitude de pécheurs. En même temps, il se livrait à l'exercice de toutes les vertus : oraisons prolongées, rigoureuses pénitences, obéissance si parfaite, qu'au dire de son biographe, « un enfant de saint Ignace ne semble pas pouvoir la porter plus loin».
Enfin la longue attente a cessé. Sur le vaisseau où il vient de monter, le P. Barla s'est proposé l'exemple de saint François Xavier allant aux Indes. Il ne souffre les bons offices de personne, et se met lui-même au service de tout le monde, surtout des malades, qu'il assiste avec une charité admirable. Cette humilité et ce dévouement lui gagnent le respect et la confiance de tous ; il en profite pour bannir l'offense de Dieu avec une liberté tout apostolique; il arrache de la main des passagers et jette à la mer les li-
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vres immoraux ou impies, sans que nul ose protester ou se plaindre. Mais à peine descendu à terre, et arrivé au collège de Mompox, il est atteint d'une maladie mortelle, dont il avait pris le germe au chevet de ses malades, et bientôt il est réduit à toute extrémité. Au seuil de cette mission qu'il avait si ardemment désirée, et qui se dérobe devant lui, il n'éprouve d'autre sentiment que celui d'une profonde reconnaissance pour Dieu, et il couronne joyeusement les sacrifices de sa vie par un sacrifice plus grand que tous les autres. La ville entière accourut aux funérailles de cet étranger, inconnu peu de jours auparavant; et le fondateur du collège demanda que le P. Barla fût enterré dans son propre sépulcre, pour se ménager à lui-même l'honneur de reposer un jour auprès d'un saint.
TuTii, Brevi Ragguagli. . ., p. 37-50. — Patrignam, MenoL, 27 Genn., p. 270.
* Le vingt-septième jour de janvier de l'an 1829, mourut à Rome le P. Louis Fortis, vingtième Général de la Compagnie de Jésus. Il était né à Vérone, et était entré au noviciat de Bologne en 1742, à l'âge d'un peu plus de quatorze ans. Quand parut le Bref de suppression, il était professeur au collège de Ferrare. Il retourna aussitôt à Vérone, prit les ordres sacrés et occupa quelque temps la chaire de philosophie au collège de cette ville. Mais son cœur ne pouvait oublier la Compagnie. A peine eut-il appris qu'à la prière du duc Ferdinand de Bourbon, trois Jésuites venaient d'être ■envoyés à Parme, pour y prendre en main l'instruction de la