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jeunesse, il rompit toutes les chaînes qui le retenaient encore dans sa patrie et accourut auprès d'eux. Quelques années plus tard, le P. Louis Panizzoni, Provincial, l'envoya à Colorno, où le Vénérable P. Pignatelli avait ouvert un noviciat, et lui confia la direction littéraire des novices, obligés de mener de front la culture des lettres et leur formation spirituelle. C'est alors, si l'on en croit une tradition constante, confirmée par le P. Fortis lui-même, que le Vénérable P. Pignatelli lui prédit qu'il serait un jour Général de la Compagnie.
Cependant les armées françaises avaient fait invasion en Italie. Le P. Fortis, chassé successivement de Parme, de Naples et des Etats de l'Eglise, se retira une seconde fois à Vérone. C'est là qu'il apprit la publication de la Bulle Sollicitudo omnium ecclesiarum^ par laquelle Pie VII, enfin rendu à la liberté, rétablissait la Compagnie de Jésus dans tout l'univers. Il s'empresse de revenir à Rome, où il fait sa profession solennelle le K"' janvier 1815 ; l'année suivante, il est nommé Provincial d'Italie, puis Vicaire Général, et enfin après la mort du P. Brzozowski, il est chargé du gouvernement de toute la Compagnie. Son élection fut accueillie avec une satisfaction unanime. Outre la joie de voir le siège de l'Or- "dre rétabli au centre de la catholicité, on savait que le nouveau Général réunissait toutes les qualités qui promettaient une administration heureuse et féconde : un esprit cultivé, un cœur noble, une grande douceur jointe à une grande force de caractère, la connaissance pratique de tous nos usages, une longue habitude des affaires. Le P. Fortis s'appliqua moins à étendre la Compagnie qu'à la maintenir et à la fortifier dans son esprit propre, et suivant la recommandation pressante du Vénérable P. Pignatelli, à A. I. — T. I. — 19.
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ramener parmi ses membres la vie commune et une pauvreté plus étroite.
On sait les troubles qui avaient marqué les débuts de la Congrégation où il fut élu ; quelques-uns des perturbateurs avaient dû être renvoyés de la Compagnie. Un haut personnage essaya de s'interposer en leur faveur ; le P. Fortis répondit d'abord avec douceur qu'il ne pouvait accorder ce qu'on lui demandait, car il n'avait fait que se conformer aux ordres de la Congrégation générale ; et comme l'officieux entremetteur insistait, et paraissait vouloir emporter de haute lutte la réadmission des membres exclus, il rompit brusquement l'entretien : « Sachez, dit-il, que je suis Fortis de nom et de fait ; jamais on ne me décidera à faire ce que je ne puis faire ». En effet, cette douceur qui lui semblait naturelle et se reOétait dans les traits de son visage, était le fruit d'une vigilance incessante à réprimer les saillies d'un caractère de feu.
Il puisait dans la prière et une continuelle union de cœur avec Dieu les lumières dont il avait besoin. Souvent on le surprenait dans la journée à genoux au milieu de sa chambre, les bras étendus en croix , ou le visage prosterné contre terre. Près de mourir, il recommanda à tous, dans les termes les plus touchants, l'amour de la Compagnie, régla avec une présence d'esprit admirable tout l'ordre de ses funérailles, récita avec les assistants les vêpres des morts, et moins d'une heure après, il s'endormit paisiblement dans le Seigneur. 11 était âgé de quatre-vingts ans.
BoERO, Menol. , 27 Genn. , p. 507 et suw, — Crétinkau-Joly, Hist. de la Compagnie de Je'sus, t. 6, ch. l, /». 47 et suiv. ; ck. ^, p. 215.
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Le vingt-huitième jour de janvier de l'an 1589 mourut à l'âge d'environ quarante-cinq ans , le P. Antoine-Marie Parentucelli , Recteur du noviciat de Messine. II avait enseigné neuf ans de suite la philosophie, avec une grande réputation de science, au Collège Romain . Mais en dépit de ses lumières naturelles et de son éminente vertu, il était sans cesse en proie à une véritable tempête de scrupules, sans pouvoir trouver de repos. Il recourut enfin, pour obtenir sa délivrance , à la très-miséricordieuse Mère de Dieu. Un jour qu'il célébrait le saint sacrifice à cette intention, devant l'image de Sainte-Marie-Majeure, il se trouva instantanément guéri, au moment où Notre-Seigneur venait de descendre sur l'autel. Mais en échange des douleurs de l'âme, la Reine des cieux lui envoya, peut-être sur sa demande, les douleurs du corps. Le P. Aquaviva l'avait nommé Maître des novices à Messine, dans l'espoir qu'il trouverait un peu de soulagement sous un ciel plus doux. Mais ses douleurs ne cessèrent d'aller en augmentant ; elles arrivèrent même à un tel excès, qu'il pria ses novices de lui obtenir de Dieu quelque trêve. Ils le firent ; et l'un d'eux, entraîné par sa ferveur, s'olîrit à prendre sur lui le martyre de son saint maître. Il présumait trop de son courage,
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comme Dieu le lui fit sentir, en l'exauçant pour quelques minutes ; les cris déchirants qu'il ne put retenir, témoignèrent mieux que toute parole la force d'âme dont le P. Parentucelli avait eu besoin pour souffrir en silence durant des années entières.
Patrignani, Menol. , 28 Genn. , p. 289. — Alberti, Istor. délia Prov. di Sicil., p. 710 et suiv. — Sacchinus, Histor. Soc. Jesu, part. 5., lib. 9, n. 57, p. 431.
Le vingt-huitième jour de janvier de l'an 1815, mourut, dans une sainte et glorieuse vieillesse, à Padoue, le P. Jean-André de Avogadro, né en 1735 d'une famille sénatoriale de Venise, enfant de saint Ignace à dix-sept ans, profès depuis quatre ans en 1773, apôtre, puis évêque de Vérone et défenseur de la foi dans le nord de l'Italie, durant les plus tristes années du pontificat de Pie VI enfin en 1805, à l'âge de soixante-dix ans, autorisé par Pie VII, à déposer la crosse et la mitre, pour redevenir, comme il n'avait cessé de le désirer, simple religieux de la Compagnie. Dès qu'il avait connu l'existence légitime des Pères de Russie, il s'était mis en devoir d'aller reprendre le joug de l'obéissance. Une lettre du P. Stanislas Gzerniewicz l'avait seule décidé à différer quelque temps. C'est alors que Pie VI lui imposa, malgré ses prières, l'honneur et les charges de l'épiscopat.
Dans sa nouvelle dignité, il ne changea rien à ses habitudes de vie religieuse et apostolique. Ses délassements étaient comme auparavant de visiter les malades et les pauvres, de leur apprendre à aimer Dieu, de les se'rvir de ses propres mains. Dans la visite
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fie son diocèse, il assistait partout au catéchisme des petits enlants ; il formait lui-même, avec une bonté toute paternelle, à cet humble ministère, les prêtres et les jeunes séminaristes dont il avait le soin. Les victoires et les ravages de la Révolution française en Italie, ne devaient pas respecter le saint évèque ; il vit son palais envahi, et fut réduit en captivité. Mais à sa grande joie, le peuple ({u'il avait instruit et préparé à de si cruelles épreuves, demeura presque tout entier fidèle à son Dieu. Quand la tempête fut apaisée et qu'il en eut réparé les désastres, André Avogadro sentit plus vivement que jamais le désir de ne pas mourir évêque, mais religieux, et, s'il le fallait, simple novice de la Compagnie renaissante.
Pic Vil ne le lui accorda toutefois qu'après de longues instances et bien à regret. « Vénérable Frère, lui écrivait-il, nous avons longtemps hésité, ne pouvant nous résoudre à exaucer votre demande, tant vos soins ont été salutaires au troupeau qui vous était confié ! . . . Mais l'extrême véhémence de vos désirs réitérés a triomphé de notre résistance. Nous vous permettons donc, avec douleur et presque malgré nous, de quitter votre Eglise de Vérone, mais à la condition expresse que vous la recommanderez assidûment au Seigneur jusqu'à la fin de votre vie, afin qu'elle ne cesse pas de produire, avec le secours de vos prières, ces fruits si riches de salut et de bonnes œuvres, dont elle se couvrait entre vos mains » ! A cette lettre, le P. Avogadro distribue tout ce qui lui reste aux pauvres, court à Naples se jeter aux pieds du P. Pignatelli, partage avec joie les plus humbles travaux de nos Frères et des novices, sans consentir jamais à être servi. Chassé encore de Naples par la Révolution triomphante, il est poussé par l'exil
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au delà des Alpes, prêche le carême devant la cour de Vienne, s'éloigne aussitôt pour échapper à l'honneur d'être nommé confesseur de l'impératrice, revient évangéliser la campagne de Rome, et ne peut se soustraire aux fréquents entretiens de Pie VII, qui lui témoigne une confiance sans bornes ; puis, après avoir vu la Compagnie de Jésus rétablie dans tout l'univers, il rend plein d'allégresse le dernier soupir, en repétant le cantique d'action de grâces du saint vieillard Siméon. Il était âgé de quatre-vingts ans.
BoERo, Menol. , 28 Genn. , p. 529. — Caballero, Bihlioth. Scriptor. Soc^ Jesu, suppleni. l"", p. 86. — Sommervogel, Biblioth. , t. 1, p. 700.