‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 57 sur 331 · XXX JANVIER · texte numérisé non relu

XXX JANVIER

Le trentième jour de janvier de l'an 1729, mourut à Rome le P. Jean-Baptiste Salerno, créé cardinal par le Souverain Pontife Clément XI , pour avoir ramené la maison électorale de Saxe à la vraie foi. Né à Cosenza en Galabre, le jeune Salerno, après trois années de luttes contre les siens pour embrasser la vie religieuse, s'était enfui à dix-sept ans de la maison paternelle ; et à travers bien des souffrances et des périls sur terre et sur mer, il était venu frapper à la porte du noviciat de Naples. Mais le Père Provincial n'osa pas le recevoir, de peur d'irriter à l'excès une si puissante famille ; et Jean-Baptiste dut recourir au cardinal Orsini, qu'il contribua plus tard à élever sur la chaire de saint Pierre, et au P. Thyrse Gonzalès, alors Général de la Compagnie. Parvenu enfin, après bien des peines, au comble de ses vœux, le nouvel enfant de saint Ignace travailla, durant vingt-trois ans, à se préparer, par une vie d'étude et de prière, à la grande œuvre que la Providence lui réservait. Professeur de controverse, d'abord au collège des Grecs, puis à celui des Germaniques, il avait approfondi toutes les subtilités et toutes les objections de l'hérésie, lorsqu'on 1710, Clément XI lui ordonna de partir pour l'Allemagne, et le chargea en secret de la plus délicate mission , auprès du

jeune électeur, Frédéric-Auguste de Saxe, qu'il s'agissait de gagner à l'Église, sans provoquer le soulèvement de son peuple et la déchéance de sa dynastie.

On peut à peine comprendre ce que le P. Salerno dut déployer de prudence et d'abnégation, moins encore pour amener la conversion du prince, que pour en dérober la connaissance, durant cinq années, à toute une cour luthérienne. « 11 mérite assurément que je le tienne pour un vrai père et pour le second sauveur de mon ame », écrivait son illustre néophyte; et quand le Souverain Pontife, sur les secrètes instances de l'électeur, du roi de Pologne et de l'empereur Charles VI, ordonna au P. Salerno, en vertu de la sainte obéissance, d'accepter la pourpre romaine : « Vénérables Frères, dit-il aux cardinaux, il est bien juste que nous donnions enfin à un pareil homme cette récompense, la plus haute qui soit en notre pouvoir sur la terre, mais bien au dessous de celle qu'il doit attendre de Dieu, juste rémunérateur de toute vertu, et dont il a servi si fidèlement la gloire et les intérêts » ! Le P. Salerno mourut à l'âge de cinquante-huit ans ; il en avait passé quarante-et-un dans la Compagnie.

BoERO, Menolog. , 30 Genn. , p, 551-561. — de Backer, Bibl.^ t. 3, p. 495. — GuARNACCi, Vitse et res gestœ Pontifie. Roman. . , t. 2, p. 351. — Créti- NEAU-JoLY, Hist. de la Compagn., t. 4, ch. 5, p. 358 et suiv. — Novaks, Elementi délia Storia dé' Sommi Poniefici, t. 12, p. 226.

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