‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 65 sur 331 · FÉVRIER. — F. SALVATOR LEONE · texte numérisé non relu

FÉVRIER. — F. SALVATOR LEONE

présidé les exercices avec son zèle ordinaire, quand il fut frappé d'un coup soudain d'apoplexie, et quelques instants après il expira plein de joie, fortifié par la vertu des sacrements, entre les bras du P. Centofiorini, son compagnon.

Patbignani, Menai. , 2 /ebb., p. .37. — Turii, Brevi Ragguagli..., p. 146. — DK BACKEn, Bibliothèque, l'* édit., t. 5, p. ;{36.

* Le deuxième jour de février de l'an 1738, mourut au noviciat de Palcrme, le F. Salvatgis Leone, novice scolastique, ange d'innocence et de piété. Dès ses plus tendres années, il avait puisé dans la dévotion à la Reine des Vierges un amour extraordinaire de la pureté. Pour défendre son âme de tout souille mauvais, il l'entourait déjà d'un triple rempart d(! modestie, de prière et de iiiortilication. A dix ans, il portait un rude cilice sur sa chair délicate, et comme sa mère l'avait obligé à s'en dépouiller, le très chaste enfant se fît en secret une ceinture de fer, et reposa la nuit sur une large croix semée de pointes aiguës. L appel de la grâce à une vocation de choix no tarda pas à se faire entendre à son cœur. Salvator y répondit aussitôt. Ni larmes ni prières ne purent l'arrêter. « Car c'est décidé, dit-il, je serai jésuite, et je mourrai novice ».

11 entra au noviciat de Messine, el par sa ferveur et son admirable fidélité à tous les points de la règle, il se montra aussitôt le modèle des plus avancés. 11 était dans toute la fleur de l'adoles-

176 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.

cence et jouissait d'une santé parfaite. Cependant il ne cessait de se recommander aux prières de ses frères, assurant qu'il mourrait novice, d'une maladie de poitrine et un jour de fête de la sainte Vierge. Tout se passa comme il l'avait annoncé. Quelques mois après, il fut atteint de phtisie ; envoyé à Palerme pour respirer un air plus sain que celui de Messine, il parut d'abord revenir à la vie, et déjà l'on se demandait comment se vérifierait la prédiction qu'il avait faite si souvent, lorsque le mal prit tout à coup une marche plus rapide, et le jour de la Purification de Notre-Dame, l'ang'élique F. Salvalor Leone s'éteignit doucement dans la paix du Seigneur. 11 n'avait (jue seize ans et était depuis un an au noviciat.

Sum/narium Vitie F. Saluât. Leone. { Archù'. Rom.).

m FF.VRIER

Le troisième jour de février Je l'an 4737, au collège de Brera, mourut Agé de quatre-vingt-huit ans, dont il avait passé soixantetreize dans la Compagnie, le P. Thomas Ceva Milanais. Mathématicien et littérateur de premier ordre, le P. Ceva reçut, de son vivant et après sa mort, des éloges que l'on serait tenté de croire exagérés, s'ils ne lui avaient été donnés par les plus célèbres protestants d'Allemagne, aussi bien que par les catholiques de sa patrie. « C'est le plus beau génie poétique, dit un luthérien, qu'ait produit la société religieuse dont il était membre. Son poème sur La Philosophie ancienne et moderne est une œuvre nuigislrale, pleine en même temps des plus profondes et des plus uniA^erselles connaissances ; son Jésjis Enfant est une merveille, toute parsemée des plus belles images, et respire la plus douce poésie ». — « Ceva n'est pas un simple versificateur, ajoute Lessing; c'est un poète, un vrai poète «. Aussi, sept ou huit éditions ou traductions, })ubliées par les seuls Allemands attestent la haute estime c[u'ils ont conçue, et que de nos jours encore, ils ont conservée pour Ceva. « Mais une gloire plus éminentc, qui n'appartient qu'à lui et que la jalousie n'a pu lui enlever, dit encore un de ses biographes, c'est d'avoir devancé, par ses découvertes, deux des plus grands mathé- A. i. — ï. I. — 23. 177

478 MÉNOLOGE S. .1. — ASSISTANCE d'iTALIE.

maticiens des temps modernes, Newton et Antoine de l'Hôpital ». Avant que le premier eût révélé au monde les merveilles de l'attraction universelle, elles étaient déjà consignées dans le poème de Ceva sur La Philosophie ancienne et moderne; et dix ans avant l'Hôpital, l'instrument dont il s'attribua la gloire pour la trisection d'un angle donné, avait été publié par le modeste professeur de Brera. L'Italie réclama en son nom ; mais pour lui, jamais il ne rechercha la gloire humaine.

Tout ce qu'il découvrait, tout ce qu'il avait écrit pour son propre usage, était à la disposition de quiconque lui en témoignait le désir. Jamais on ne sut de sa bouche la part qu'il avait prise à un grand nombre il'ouvrages, dont les auteurs se gardaient bien souvent de lui rendre honneur. 11 sacrifiait même avec plaisir son temps et sa santé à publier le travail des autres, dès qu'il en espérait quelque gloire pour Dieu, et quelque utilité pour la sanctification des Ames ; ce fut ainsi qu'il perdit entièrement la vue, à déchiffrer et à faire imprimer une partie des œuvres spirituelles du P. Ambroise Gattaneo. Ce triste accident n'altéra en rien sa sérénité. Il n'en sut pas moins partager ses dernières années entre la charité et la prière. Jamais ses infirmités ne l'empêchèrent de se prêter aux nombreux visiteurs, et sui"tout aux jeunes religieux qui venaient le consulter sur l'étude ou la piété. Huit ou dix ans avant sa mort, ses jambes se couvrirent de plaies ; rien que pour se traîner de sa chambre à la chapelle, il lui fallait se reposer trois fois. Mais ce n'était pas non plus cet obstacle qui pût l'empêcher jamais d'aller visiter Notre-Seigneur dans son tabernacle, et de chercher auprès de lui son plus doux repos.

Page 1