‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 78 sur 331 · X FEVRIER · texte numérisé non relu

X FEVRIER

Le dixième jour de février de l'an IGIO, mourut à Côme eu odeur de sainteté le P. Charles Carlantini, enseveli avec honneur auprès du confessionnal où il réconciliait les âmes avec Dieu depuis trente ans. Dans cet humble ministère, on le comparait au grand docteur de l'Église saint Ambroise, pleurant avec une tendresse toute maternelle sur les plaies des pécheurs et sur les outrages faits à Jésus-Christ ; il y avait même acquis une si haute réputation de vertus et de miracles, que les plus nobles et les plus savants personnages le vénéraient comme le saint et le père de toute la ville, et vinrent, après son dernier soupir, demander comme des reliques les plus minces objets qui avaient été à son usage. Notre-Seigneur lui avait, en eifet, communiqué les dons de sanctifier les âmes, de lire au fond des consciences, de chasser les démons et de guérir les maladies. Un malheureux poussé par la vengeance, était allé un jour de fête, attendre son ennemi à la porte de l'église pour l'assassiner ; ses armes étaient cachées et rien ne trahissait son dessein. Mais en passant à côté de lui, l'homme de Dieu le regarda et lui dit : « Malheureux, (jue penses-tu faire ? viens, suis-moi » ! Et le conduisant à son confessionnal, il lui changea tellement le cœur, que le pécheur converti, courut s'enferme)-

sans délai dans un monastère, où il vécut et mourut saintement.

Un médecin de Côme, excellent chrétien, avait obtenu du P. Carlantini la guérison de ses deux enfants ; depuis lors, quand il rencontrait quelque malade désespéré, il l'engageait à recourir au même moyen. Mais un jour ayant osé raconter ce miracle et renouveler son conseil ordinaire, en présence même du saint homme, l'humble religieux lui répondit tout indigné : « Est-ce donc là garder la reconnaissance que vous devez à Dieu pour ses bienfaits, et le secret que vous devez à votre ami » ? Il se considérait lui-même comme dénué de tout mérite et de toute vertu, et supplia qu'à ses derniers moments, on lui répétât sans cesse ces paroles : « Mon Père, souvenez-vous de celui qui a pitié des pécheurs et qui est mort pour eux ». Le P. Carlantini était âgé de quatre-vingt-cinq ans, il en avait passé cinquante-deux dans la Compagnie.

Litt. Ann. Soc. Jcs. , ann. 1610, yj. 54. — Patkignam, MenoL, Hi febbr., p. 102. — • Nad.vsi, Ann. dier. memorab., 10" febr., p. 81. — Drews, Fasti Soc. Jes. . 10a febr., p. 55. — Nieremberg, Varones ilustres, t. '*, p. 696. — Rho, Variée virtut. Historia', l. \, c. 6, p. 451.

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