XIX FEVRIER
Le dix-neuvième jour de février de l'an 1G14, mourut dans la maison professe de Palerme le P. Gaspar Sanchez, né en mer sur un vaisseau qui venait de quitter les côtes de Tripoli. A l'âge de treize ans, il était entré au noviciat de Messine ; mais le démon, prévoyant tout ce que cet enfant ferait un jour pour la gloire de Dieu, n'épargna rien pour l'en arracher. Une nuit, il vint assiéger la porte de sa cellule, avec des mugissements qui le glacèrent d'effroi. Aussi le pauvre novice ne fit-il que trembler et pleurer jusqu'au lendemain, désespérant de pouvoir soutenir une vie en butte à de pareilles attaques. Le jour venu, n'osant pas sortir de sa chambre, il pria un Frère d'avertir le Maître des novices, le P. Corneille Wishaven, et de lui raconter ce qui s'était passé. Le P. Wishaven était alors au confessionnal ; sans attendre que le Frère commençât son récit : « Retournez, dit-il, et annoncez à Gaspar Sanchez qu'il peut quitter sa cellule sans crainte. J'étais présent à sa porte cette nuit ; j'ai combattu pour le défendre, et je me fais garant que ses ennemis ont pris la fuite ».
Durant sa longue vie, une des plus puissants moyens que le P. Sanchez mit en œuvre pour se sanctifier et sauver les âmes, fut la dévotion aux soufl'rances de Notre-Seigneur. 11 ne les perdait pas a. I. — T. I. — 30. 233
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de vue, pour ainsi dire, un seul instant, et se flagellait toutes les nuits pour s'y associer plus intimement ; mais le vendredi était par excellence le jour où il mêlait son sang à celui du Sauveur ; il joignait aux fouets les souffrances du jeûne et d'une couronne d'épines. Devenu complètement aveugle à l'âge de soixante-huit ans, il ne voulut pas même alors recevoir dans sa chambre les services de ses frères, ni abandonner son confessionnal et manquer un seul des exercices de la vie commune. Le P. Sanchez passa dans cet état, si pénible pour la nature, les huit dernières années de sa vie, sans cesser de bénir Dieu.
Aguilera, Histor. Provinc. Sicul. , t. 2, p. 40.