‹ Ménologe de la Compagnie de JésusChapitre 104 sur 356 · XXV AOUT · texte numérisé non relu

XXV AOUT

Le vingt-cinquième jour d'août de l'an 15S9, mourut près de la sainte maison de Notre-Dame de Lorette le P. Corneille Wischa- VEN, né à Malines ; sa réputation de sainteté avait jeté dès l'origine un si vif éclat que, « même avant qu'il fût des Nôtres, dit le P. d'Oultreman, l'on imprimait déjà sa vie ». De son confessional à l'université de Louvain, il peuplait tous les cloîtres de la Belgique d'une multitude d'âmes qu'il avait attirées à Jésus-Christ. Il menait lui-même une vie admirable d'oraison et de pénitence ; il traitait son corps avec une implacable rigueur ; lorsqu'il entra dans la Compagnie, « il n'avait quitté, depuis quatorze ans, un très âpre et poignant ciliée, ni jour ni nuit ». Dès lors aussi sa prière obtenait de Dieu tout ce qu'il lui demandait. Quand le Bienheureux P. Pierre Le Fèvre arriva de Cologne à Louvain, décidé à partir dès le lendemain pour le Portugal, le P. Wischaven, encore simple candidat de la Compagnie, désolé de voir que cette illustre université ne jouirait pas même quelques jours des leçons d'un si grand homme, se contenta de lui répondre avec autant de confiance que de modestie : « Mon Père, Dieu peut arrêter même ceux qui courent par obéissance». Le P. Le Fèvre sourit; mais quelques heures après, il était saisi d'une fièvre qui ne lui permit

pas de rejoindre les vaisseaux prêts à lever l'ancre ; et durant plusieurs mois sa chambre fut le rendez-vous des plus fameux docteurs et d'une jeunesse d'élite, qui venaient lui demander des règles de vie chrétienne et faire les Exercices de saint Ignace sous sa direction. Enfin la prière du P. Wischaven, ra3'ant assez retenu à Louvain pour le bien des âmes, le guérit de même subitement.

Le P. Le Fèvre comprit qu'un homme conduit par des voies si extraordinaires, ne devait être admis qu'après des épreuves décisives de renoncement à son honneur, à sa volonté propre et à son jugement. Le P. Wischaven de son côté s'abandonna comme une cire molle entre les mains d'un pareil maître et prit si parfaitement l'empreinte des premiers enfants de la Compagnie, que notre Bienheureux Père l'appela peu de temps après en Italie, pour y former successivement les novices de Rome et de Messine.

La réputation de ce saint homme s'étant bientôt répandue, on lui amenait un grand nombre de possédés, dont il chassait les démons par sa prière. Les dames de Messine, comme autrefois celles de Milan au temps de saint Ambroise, ne craignaient rien tant que de voir leurs filles se mettre sous sa conduite, tant il avait un don extraordinaire pour inspirer l'amour de la virginité. On regardait comme inouï, dit l'historien de la Province de Sicile, qu'une personne non engagée dans les liens du mariage, se confessât à lui, sans se décider à demeurer vierge ; trois jeunes fiancées, pleines de l'esprit et de la vanité du monde, s'étant donné le mot pour venir à son confessionnal en faire comme par amusement l'expérience, il lui suffit de quelques paroles pour les décider à ne prendre d'autre époux que Jésus-Christ.

Page 1