‹ Ménologe de la Compagnie de JésusChapitre 112 sur 356 · XXVIII AOUT. PP. MICHEL ET THÉOPHILE PFLOCK · texte numérisé non relu

XXVIII AOUT. PP. MICHEL ET THÉOPHILE PFLOCK

fermées à leur zèle depuis roccupation de Riga par les Suédois, cinquante ans auparavant. L'hérésie frémit de rage ; mais le P. Me3mck usa du droit qui lui était donné, sans se laisser intimider par aucune clameur ni menace ; et pendant onze ans, il ne cessa d'évangéliser ces contrées et poussa ses conquêtes jusqu'à Dorpat et même Reval, sur le golfe de Finlande. Mais alors, il dut renoncer à des travaux au-dessus de ses forces ; il se retira à Kowno, où il consacra ce qui lui restait de vie à l'enseignement de la doctrine chrétienne, et mourut, on peut le dire, victime de son zèle, à l'âge de cinquante-huit ans, dont il avait passé vingt-huit dans la Compagnie.

Summar. vitse defunct. Provinc. lithuan. (Archiv. Rom).

* Le vingt-huitième jour d'août rappelle la mémoire du P. Michel Pflock, mort à Dunabourg en 1710, et dont le nom est inséparable de celui de son frère aîné, le P. Théophile Pflock, mort dans la même ville trente-et-un ans plus tard, le 13 avril 1741. Les historiens nous ont laissé peu de détails sur leur vie ; mais le courage avec lequel ils ont répondu à l'appel de Dieu, mérite de ne pas être laissé dans l'oubli. C'est une gloire pour la Compagnie de provoquer de si ardents désirs, en même temps que pour les enfants de saint Ignace une leçon éloquente qui leur fait mieux connaître le prix de leur vocation.

Michel et Théophile Pflock appartenaient à l'une des premières familles de Livonie. Leur père, hérétique ardent, les envoya, par

iSO MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE DE GERMANIE. II.

une miséricordieuse disposition de la Providence, suivre les classes de la Compag-nie à Dûnabourg-, mais non toutefois sans leur faire défense, sous les menaces les plus terribles, de prendre aucune part aux exercices religieux du collège et d'avoir aucune discussion avec les Pères, les pires ennemis de la réforme. Les deux enfants s'en tinrent quelque temps à la direction donnée. Mais peu à peu la douce et pénétrante influence de l'atmosphère de foi et de piété au milieu de laquelle ils vivaient, se fit sentir à leur cœur. Théophile se convertit le premier et entraîna bientôt son jeune frère. A cette nouvelle, leur père charge un des plus habiles ministres de sa secte d'aller les désabuser ; mais les jeunes néophytes se moquent du faux docteur et de ses raisonnements. Exaspéré, le gentilhomme livonien, nature emportée et violente, fait alors venir ses deux fîls et, s'enfermant avec eux dans une pièce isolée : « Race de vipères, dit-il, en appliquant sur leur poitrine une paire de pistolets, est-il vrai que vous ayez abandonné la vraie foi » ? Après un moment de silence, Théophile, se prévalant avec beaucoup de présence d'esprit du sens amphibologique de la question : « Non, mon père, répondit-il, nous n'avons pas abandonné la vraie foi et nous ne l'abandonnerons jamais ».

L'hérétique se calma, mais il n'était pas pleinement convaincu. II voulut tenter une autre épreuve et en appeler au jugement de Dieu. Près de là s'étendait un vaste étang couvert de glace ; comme on était au printemps, la glace n'avait plus qu'une mince épaisseur, et on ne pouvait s'y risquer sans un danger manifeste : « Eh bien, dit le père; vous allez traverser cet étang à cheval; si vous n'avez pas renié la foi, vous n'avez rien à craindre ; sinon, poursuivit-il avec une imprécation, allez et ne revenez plus ». E

Page 1