XXYIII AOUT. PP. MICHEL ET THÉOPHILE PFLOCK
les faisant monter à cheval, il les poussa sur la glace. Dieu voulut qu'il n'arrivât aucun mal aux deux frères. Cependant, jaloux de se dérober à de plus longues violences, ils prirent secrètement le chemin de Vilna et, après avoir échappé aux plus graves périls, allèrent frapper à la porte du noviciat de la Compagnie et solliciter la faveur d'y être admis. Le Père Provincial, à son vif regret, répondit qu'il ne pouvait les recevoir, s'ils n'avaient l'autorisation de leur famille. C'était demander, semblait-il, une condition impossible.
Avec un courage admirable que les luttes passées ne faisaient qu'enflammer, ces deux enfants, dont le plus âgé n'avait pas quinze ans, mirent en œuvre, sans quitter Vilna, tous les mo3^ens pour vaincre les résistances de leur père et obtinrent enfin une demi-victoire, prélude et présage d'un triomphe complet. Théophile eut permission de se faire religieux ; liberté pleine et entière fut donnée à Michel de professer publiquement sa nouvelle foi, mais il devait rentrer à la maison paternelle. Michel refusa cette dernière condition, il voulait entrer avec son frère au noviciat. Il se jeta encore une fois aux pieds du Père Provincial, il ne put rien obtenir. Alors avec une décision au-dessus de son âge : « Puisqu'on refuse de me recevoir ici, je ferai comme le bienheureux Stanislas Kostka, je partirai pour Rome et j'espère que Dieu daignera se rendre favorable à mes désirs d. Avant de le laisser s'engager dans cette longue route, le Père Provincial, touché d'une si héroïque constance, lui conseilla de faire une tentative par lettre auprès du Père Général, et il écrivit lui-même à Rome. Le P. ThjTse Gonzalez répondit : « Nonobstant les difficultés exposées, recevez les deux frères » .
Rien ne saurait exprimer leur joie et leur reconnaissance. En entrant ensemble au noviciat le 21 novembre 1691, fête de la Présentation de la bienheureuse Vierge, il leur semblait, disaient-ils, avoir franchi la porte du paradis. Michel, le plus jeune des deux, mourut le premier. Après avoir fait ses études et son cours de régence, il se livrait avec zèle aux travaux du ministère apostolique dans la mission de Livonie, lorsque se déclara la terrible peste de 1710, qui fit tant de ravages. Il courut aussitôt au secours des malades à Dûnabourg. Bientôt frappé lui-même, on le vit, tant qu'il eut un reste de force, se traîner auprès des moribonds pour les préparer au dernier passage. Puis quand il sentit son heure venue, il se revêtit des ornements sacrés à l'exception de la chasuble, qu'il ne voulut pas mettre par esprit de pauvreté; il s'étendit ensuite dans son cercueil, qu'il avait fait disposer d'avance, et demanda qu'on récitât sur lui les prières de la recommandation de l'âme; et c'est ainsi qu'il remit son âme à Dieu à l'âge de trentetrois ans, dont il avait passé dix-neuf dans la Compagnie. Le P. Théophile Pflock lui survécut trente-et-un ans et mourut le 13 avril 1741, dans la même résidence de Diinabourg, dont il était le bienfaiteur insigne et qu'il avait longtemps gouvernée avec sagesse et édifiée par ses vertus.
Patrign\ni, Menai., 28 agost., p. 232. — Posz\kowski, Societ. Jesu lithuan., p. G28. — Summar. vitcv, defuncl. Provinc. Lithuan. (Arc/i. Rom.).