VII SEPTEMBRE. P. IGNACE CHOME
obéit avec un joyeux empressement et après avoir terminé ses études de théologie à Séville, il partit pour le nouveau monde.
En arrivant à Buenos-Ayres, il y trouva plus de vingt mille esclaves qui, faute de prêtres, languissaient dans le plus triste abandon. Le P. Chômé fît auprès d'eux le premier essai de son zèle. En trois mois, il apprit assez leur langue pour leur enseigner la doctrine chrétienne, les préparer au baptême et les confesser. De là, il fut envoyé aux tribus indiennes. Son intrépidité, sa constance dans les entreprises, son désir de souffrir beaucoup pour le nom de Jésus-Christ, le firent choisir avec deux autres pour évangéliser les Chiriguanes, nation sauvage et intraitable, qui depuis près de cent cinquante ans refusait obstinément de prêter l'oreille aux enseignements des missionnaires et avait plus d'une fois rougi la terre de leur sang.
« De grandes fatigues nous attendent, écrivait le P. Chômé en partant pour cette expédition, peut-être la mort sanglante. Mais grâces sans fin soient rendues à Dieu, qui par sa miséricorde m'appelle à ce ministère apostolique, et m'inspire une tendre charité pour ces pauvres barbares. Privations, dangers de toute sorte, rien ne pourra ni m'effra3'er ni me faire reculer. C'est maintenant que je commence à être ouvrier à la vigne du Seigneur ». Il pénétra jusqu'au cœur de ces nations avec une confiance tranquille qui les frappa d'admiration et fut sa meilleure sauvegarde contre leurs projets de mort. Néanmoins cette tentative demeura infructueuse comme les précédentes ; et le missionnaire fut envoyé à d'autres tribus moins indociles, les Zamucos et les Chiquitos, qui avaient déjà reçu le bienfait de la foi. C'est au milieu d'elles qu'il passa les dernières années de sa carrière apostolique. Il y recueil-
lit des fruits abondants de grâce et de sainteté et s'y éleva luimême à une très haute perfection. L'auteur de son éloge loue sa mortification, sa pauvreté, son obéissance, son empire sur les mouvements d'une nature ardente et sa tendre piété.
Cependant l'excès du travail avait épuisé ses forces. Le P. Chômé était depuis plusieurs mois déjà retenu sur sa couche par de pénibles infirmités, quand le décret d'expulsion du roi Charles III fut intimé à tous les missionnaires du Paraguay. Ni son âge, ni ses souffrances ne trouvèrent grâce devant les exécuteurs de la sentence royale, et, porté dans une litière il dut prendre avec ses compagnons la route de l'exil. Le voyage à travers les plaines et les montagnes ne dura pas moins d'une année ; il fut pour le fidèle disciple de Jésus-Christ une sorte de martyre. En arrivant à Oruro, après avoir franchi une partie des Cordillères, il se sentit défaillir sans retour et ne tarda pas à remettre son âme entre les mains de Dieu, à l'âge de soixante-douze ans, dont il avait passé cinquante-quatre dans la Compagnie.
Peramas, De vita et moribus tredeciin viror. paraguaycor., t. 2, p. 22i. — Caballero, Biblioth. scriptor. u, p. 114. — Sommervogel, Biblioth., t. % p. 1155. — Dechristé, Vie du R. P. Ignace Chôme, Douai, 1864.