III OCTOBRE. — P. STANISLAS WARSZEWICKI
C'était un premier pas ; il alla bientôt plus loin. Il quitta la cour pour se consacrer à Dieu dans l'état ecclésiastique ; puis ayant appris à connaître la Compagnie dans les entretiens du cardinal Hosius, qui avait vu au concile de Trente plusieurs des premiers compagnons de saint Ignace, il fît les Exercices spirituels, refusa un évêché que lui offrait le roi de Pologne et, à l'âge de quarante ans environ, sollicita une place au noviciat de Saint- André du Quirinal à Rome. Il y trouva une élite de saints et de grands hommes, François de Torrès, Fabio de Fabiis, les deux Aquaviva, Claude et Rodolphe, et son angélique compatriote Stanislas Kostka. Il fut digne de tels compagnons. Il se signala surtout par son amour de l'oraison, sa profonde humilité et sa rare prudence. Revenu en Pologne, il donna des preuves éclatantes de ses vertus dans le gouvernement des collèges de Vilna et de Lublin, et dans la mission qu'il remplit auprès du roi de Suède Jean III et de la reine Catherine son épouse.
Consumé d'un zèle ardent pour le salut des âmes, le P. Warszewicki ramena à Dieu une multitude de pécheurs et d'hérétiques, parmi lesquels on comptait plusieurs des principaux personnages du royaume. Lorsqu'il prêchait à Vilna dans la grande église de Saint-Jean donnée, grâce à lui, à la Compagnie, trois ou quatre mille auditeurs se pressaient constamment au pied de sa chaire. En 1590, il avait été envoyé à Rome en qualité de Procureur de sa Province. De retour à Cracovie, où sévissait une maladie contagieuse, il obtint des supérieurs la permission de se consacrer au service des malades. C'est dans cet exercice de charité qu'il succomba, à l'âge de soixante-trois ans, dont il avait passé près de vingt-quatre dans la Compagnie.
Sacchinus, Histor. Soc, part. 3^ lib. 8, n, 201, p. 407 segq. — Ju- VENCius, Histor. Soc, part. 5* , lib. 24, n. 5, p. 774. — Sotuellls, Biblioth., p. 746. — Tanner, Soc. Jes. apost. imitât., p. 242. — Alegambe, Heroes et Victim., p. 91. — Diarium dom. profess. Cracov., t. 1, p. 146. — Patuignani, Menol., 3 ott., p. 19. — Nadasi, Ann. dier., 3^ oct., p. 202. — Drews, Fasti..., 3» oct., p. 86. — Guidée, Méiiol., 3 oct., yP.313. — Crétineaxj-Joly, Histoire de la Compagnie..., t. 2, ch. 4, /?. 153 e^ suiv. — Theiner, La Suède et le Saint-Siège, t. 2, p. 65 et suiv.
* Le troisième jour d'octobre de l'an 161S, mourut à Courtrai le P. Adrien Boom, plus souvent désigné sous le nom latin d'ARBO- REUs, Tun des premiers apôtres de la Compagnie envo3'és en Hollande, à la requête du Souverain Pontife Clément Vlll. H travailla douze ans dans cette mission, au milieu de dangers sans nombre. Mais son grand cœur ne s'étonnait de rien ; pour l'amour des âmes, il était disposé à sacrifier même sa vie. Des fruits abondants le récompensèrent de ses efforts. Les catholiques se multiplièrent et devinrent plus confiants et plus résolus. Tout le monde, dit une relation contemporaine, courait après lui. Sa parole exerçait en effet sur les âmes une puissance peu commune. A Groningue, l'affluence toujours croissante des auditeurs l'obligea de se transporter de l'Eglise de Sainte-Walburge dans une autre plus grande, celle de Saint-Martin.
Le P. Arboreus, les dernières années de sa vie, remplit la charge d'Instructeur des Pères de troisième probation. Nul n'était mieux fait pour préparer à la Compagnie des ouvriers animés de l'esprit surnaturel. Car il était lui-même homme d'oraison, en union intime et continuelle avec Dieu : « Mes Frères, disait-il souvent, n'a-
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yons souci que de plaire à Dieu. Que ce soit là notre centre, notre point de mire en toutes choses ». Son biographe résume en un mot son éloge : Supra Iwminem erat. A l'autel, il paraissait un séraphin, tant il était pénétré de respect et brûlant d'amour. II récitait chaque jour plusieurs chapelets pour obtenir par l'intercession de la bienheureuse Vierge la persévérance dans sa vocation et dans l'amitié de Dieu, jusqu'à la mort. Avant de rendre le dernier soupir, il demanda, par humilité, d'être transporté dans une étable, afin de terminer sa vie comme le divin Sauveur avait voulu commencer la sienne. Le P. Arboreus mourut à l'âge de soixante-etun ans, dont il avait passé trente-huit dans la Compagnie.
Litter. R. P. Gabriel de Succa, 3 oct. 1615 (notes du P. de Guilhermyj. — Soc. Jesu in Neerland. Histor. compend., p. 11. — Ibid., De Collegiis s. j. , p. 8. — SoMMERvoGEL, BtbUoth. , t. 1, p. \111. — Me'nologe holland., 3 octob. — Litter. ann. Provinc. flandr.-belg., ann. 1615 (Arc/i. Rom.).
* Le troisième jour d'octobre de l'an 1621, mourut au collège anglais de Liège le P. Thomas Wiring, né à Louvain. Les ennemis de la Compagnie eux-mêmes ne pouvaient s'empêcher de l'estimer et faisaient son éloge, tellement il leur apparaissait rempli de l'esprit de Dieu. Il passait les journées entières au confessionnal, ou bien dans les prisons, les hôpitaux, les plus misérables réduits ; et quand il lui arrivait de rentrer au collège, les vêtements souillés ou pleins de vermine, il se tenait pour plus heureux que s'il avait rencontré un trésor. II avait une grâce spéciale pour arracher
les pécheurs à leurs désordres et animer les âmes généreuses à la pratique des plus belles vertus, pour rétablir la concorde entre les ennemis, dissiper la tristesse et les scrupules, assister les condamnés à mort. A Louvain et dans les villes voisines, aucun criminel, pour ainsi dire, ne subissait le dernier supplice sans l'avoir à ses côtés pour le soutenir et l'encourager. Aussi avait-il été surnommé furum, latronumque pater ac ductor, le père et le guide des voleurs et des brigands.
Animé d'un ardent désir de souffrir pour Jésus-Christ, le P. Wiring demanda la grâce de passer en Angleterre où ses connaissances en médecine lui permettraient, pensait-il, de s'introduire plus facilement dans les familles et d'exercer son ministère. 11 espérait surtout avoir sa part aux croix des apôtres, et peut-être verser son sang pour la foi. Il avait un frère plus jeune dans la Compagnie, Jean Gauthier Wiring, longtemps missionnaire en Hollande. A la nouvelle que ce religieux venait d'être arrêté par les hérétiques et jeté en prison, les fers aux pieds et aux mains, il lui écrivit pour le féliciter d'avoir à souffrir pour le nom de Jésus-Christ : « Mais il me reste un regret, ajoutait-il, c'est de ne pas être auprès de vous pour partager vos peines. Ah ! si je pouvais du moins baiser vos liens sacrés, les murailles bénies entre lesquelles vous êtes renfermé » ! Le P. Thomas Wiring mourut à l'âge de cinquante-sept ans ; il en avait passé trente dans la Compagnie.
Summar. vitas defunct. Prou, gall.-belg. (Archiv. Rom.}. — Histor. (ms.) colleg. Lovan. ad ann. 1621 (Arch. Rom.). — Elogia varia defunct. ms. jArch. Rom.). — Nadasi, Ann. dier. memor.^ 3* octob.^ p. 203.