‹ Ménologe de la Compagnie de JésusChapitre 202 sur 356 · XIX OCTOBRE · texte numérisé non relu

XIX OCTOBRE

Le dix-neuvième jour d'octobre de l'an 1608, mourut à Louvain le P. Antoine Martin Delrio, que le fameux Juste Lipse appelait la merveille de son siècle. Dès l'âge de dix-neuf ans, il citait dans ses commentaires sur les tragédies de Sénèque plus de mille auteurs imprimés ou manuscrits, dont un bon nombre étaient inconnus à Juste Lipse lui-même. A vingt-sept ans, Martin Delrio était regardé comme l'oracle du droit ancien et moderne, et devenait vice-chancelier du conseil souverain de Brabant. Mais deux ans après, fuyant la gloire et les espérances du monde, il allait se cacher parmi les novices de Valladolid, sous la conduite du Vén. P. Louis du Pont, et ne rougissait pas de se remettre ensuite sur les bancs pour étudier la philosophie et les sciences sacrées. Il y acquit bientôt le même renom que dans les sciences profanes. Ses travaux sur les Livres Saints, les ouvrages de saint Denis, les opérations diaboliques et la très sainte Mère de Dieu, attestent l'étendue et la profondeur de son savoir. Sa réputation était universelle et lui donnait une influence qui faisait de son nom seul la terreur de l'hérésie.

Un dévouement sans bornes à la défense de l'Eglise était en effet comme l'âme de tous les travaux et de toutes les démarches

du P. Delrio ; l'amour qu'il avait ressenti pour l'étude dès son enfance, était centuplé par les motifs surnaturels de la gloire et du service de Dieu. La mort de ce grand homme fut digne de sa vie. A peine de retour à Bruxelles d'un long et pénible voyage en Espagne, il partit sur-le-champ pour Louvain, où l'appelait l'obéissance, bien qu'il souffrît cruellement des douleurs de la pierre et pressentît une fin prochaine. A ceux qui voulaient le retenir : « La voix de mon supérieur n'est-elle pas la voix de Dieu » ? répondait-il. Deux jours après son arrivée, il expira en disant : « Dieu soit béni ! Voici le jour auquel je me préparais depuis si longtemps ». Il était âgé de cinquante-sept ans et en avait passé vingt-huit dans la Compagnie.

Histor. colleg. S. J. Lovaniens. anno 1608 (Arc/u'v. Rom.). — Necrol. Provinc. flandr .-belgic . {Archiv. Rom.). — Juvencius, Histor. Societ. Jesu, part. S^i, lib. 25, § 1, p. 849-852. — Litter. ann. Societ., anno 1608, p. 587. — SoTUELLus, Biblioth., p. 581. — Patrignani, Menol., 19 ottob., p. 154. — Dhews, Fasti Societ.., 19* octob., p. 409. — Guidée, Ménol., 19 octob., p. 3.30. — Imago primi sœculi, lib. 6, p. 875. — Cuétineau- .loLY, Histoire de la Compagnie de Je'sus, t. 2, ch. 6, p. 312. — Juste LiPSE, apud JuvENC, l. c. — Feller, Dictionn. histor., t. 2, p. 521. — ÂDii. Baillet, Les enfants dei'enus célèbres... — Sommeuvogel, Biblioth., t. 2, p. 1894.

* Le dix-neuvième jour d'octobre de l'an 1596, périrent dans les flots, près des côtes de la Corogne, les P. Georges Blavier et François Rosillo, l'un et l'autre aumôniers militaires de la flotte envoyée par Philippe II contre l'Angleterre sous le commandement

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de l'amiral Martin de Padilla. Le P. Blavier était né à Liège d'une noble famille ; mais il avait fait ses études en Espagne et remplissait l'ofTice de ministre au collège d'Oropesa, quand l'obéissance vint lui confier, avec le P. Rosillo et d'autres Pères espagnols, le ministère dans lequel tous donnèrent glorieusement leur vie.

Dispersés par la tempête et jetés contre les rochers de la Corogne les vaisseaux de l'amiral furent brisés ou désemparés pour la plupart. Celui sur lequel étaient montés les Pères Blavier et Rosillo, lancé en pleine nuit au milieu des écueils, était si près du rivage, que le grand mât, brisé par l'ouragan, touchait la terre de son extrémité, et servit de pont sur lequel s'élancèrent les soldats et les matelots les plus intrépides et les plus habiles. Vainement pressa-t-on les deux religieux de se mettre en sûreté. Plus de trois cents hommes, ou malades, ou trop timides et trop faibles, ne pouvaient suivre une route si périlleuse : ils refusèrent de les abandonner. Durant plus d'une heure, ils ne cessèrent de consoler ces malheureux, de les exciter au repentir et à l'aveu de leurs fautes, de les aider à paraître devant Dieu, si la tempête devait consommer leur ruine.

Notre-Seigneur voulut montrer par un prodig-e, attesté de la manière la plus solennelle par plusieurs témoins échappés à cette nuit désastreuse, combien le dévouement de ses serviteurs lui était agréable. L'obscurité était si profonde qu'on ne pouvait distinguer qu'au son de la voix et au toucher, même ses plus proches voisins. Or les deux Pères, et le crucifix qu'ils tenaient à la main, ne cessèrent d'apparaître au milieu des ténèbres et d'être vus de tous, jusqu'au moment oili une vague immense, s'abattant sur le navire, les emporta dans les flots, eux et leurs compagnons d'in-

fortune, pendant qu'ils répétaient à grands cris les saints noms de Jésus et de Marie.

La tempête apaisée, on retrouva leurs corps et leurs crucifix. Les corps furent ensevelis avec honneur dans une église voisine ; les crucifix miraculeux devinrent des reliques précieuses : l'un fut donné par le capitaine du vaisseau-amiral au collège de Saint- Jacques de Gompostelle ; le gouverneur de la province de Galice réclama l'autre avec de très vives instances, en témoignage de sa vénération pour les deux vaillants fils de saint Ignace. Le Père Blavier était âgé de trente-trois ans et en avait pasSijé quatorze dans la Compagnie.

JuvENCius, Histor. Societ. Jes., part. 5», lib. 24, § 24, p. 796. — Pa- TRiGNANi, Menol., 29 otlob., p. 218. — Nieuemberg, Varones ilustres, 2^ édition, t. 8, p. 266. — Tanne n, Societ. Jesu apostol. imitatr., p. 275. — Drews, Fasti... 19=> octob., p. 409. — Nadasi, Ann. dier. mcmor., 28=i octob., p. 249.

* Le dix-neuvième jour d'octobre de l'an 1637, mourut en Lorraine le P. Laurent Worthington, confesseur de la foi dans les prisons de Gatehouse et de Marshalsea. Il était entré dans la Province d'Andalousie et avait enseigné la philosophie à Cordoue et à Séville. Ramené dans sa patrie en 1612, par le désir de se dévouer au salut des âmes, il ne tarda pas à tomber aux mains des persécuteurs. Mais jamais peut-être il ne recueillit des fruits plus abondants que dans sa captivité. Grâce à la complaisance du geôlier, achetée à prix d'argent, il obtint d'être transféré avec quel-

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