II NOVEMBRE. F. DANIEL SEGHERS
bens était son ami et venait souvent s'entretenir familièrement avec lui. L'humble religieux se prévalait de cette privante pour mettre à propos le discours sur les choses de Dieu. C'est de ce temps que datent les pratiques de piété plus accentuées du célèbre peintre, comme d'entendre tous les jours la messe dans l'église de la Compagnie, d'assister régulièrement aux réunions de la congrégation de la sainte Vierge. D'autres fois, c'étaient des hérétiques qui venaient lui rendre visite. 11 les accueillait avec bonté ; mais plus jaloux encore d'être utile à leurs âmes que d'exposer devant eux les merveilles de son art, il avait soin que quelque Père de la maison, habitué à traiter avec les protestants, fût présent à l'entretien ; lui-même savait faire agréer des ouvrages de controverse propres à éclairer l'esprit et à réfuter l'erreur.
Le F. Seghers en effet était avant tout un religieux fervent. 11 se levait chaque jour avant la communauté, et ne se mettait au travail qu'après avoir largement satisfait au tribut de prières et d'exercices de piété demandé par nos règles. Quelques-uns de ses tableaux, envoyés en hommage à des familles princières et royales, lui valurent les plus flatteuses félicitations et de riches présents ; au milieu de ces témoignages d'estime et de ces louanges, il demeurait profondément humble. Il apprit qu'un de ses admirateurs avait fait graver son portrait sur acier et qu'il s'en répandait des copies dans le public. Cette nouvelle l'attrista profondément; il ne se donna point de repos qu'il n'eût obtenu des supérieurs l'autorisation de racheter la planche ; et une fois qu'il eut celleci en sa possession, il la brisa. Son obéissance n'était pas moins parfaite. Combien de fois laissa-t-il, à la voix des supérieurs, des travaux pour lesquels il se sentait le plus vif attrait, et en entre-
prit-il d'autres qui lui inspiraient une répugnance extrême ? Il était même prêt, si ^obéissance l'avait ainsi ordonné, à laisser pour toujours ses pinceaux et à remplir les plus vils emplois de la maison. Ce fidèle serviteur de Dieu mourut à l'âge de soixanteet-onze ans, dont il avait passé quarante-sept dans la Compagnie.
Lettre du P. Thomas Dekens, « Antuerpiœ, 2 novembr. 1661 ». Cf. Messager des sciences historiques de Belgique, ann. 1868, p. 341 et suiv. — KiECKENS, Daniel Seghers..., sa vie et ses œuvres. — Sommervogel, Bibliot/i., t. 7, p. 1050.