XX NOVEMBRE
* Dans le courant de l'année 1615, on ignore quel mois et quel jour, mourut à Dunkerque le P. Roger Lea, anglais, l'un des plus ardents auxiliaires du P. Jean Gérard dans la conquête des âmes, même avant qu'il eut revêtu l'habit de la Compagnie. La noblesse de sa naissance, la grâce et la distinction de ses manières, les fccharmes de son esprit lui ménageaient un accès facile auprès des gentilshommes de son âge, catholiques et protestants ; après les avoir gagnés et arrachés à une vie trop libre ou à l'hérésie, il les conduisait au P. Gérard qui, au mo3'^en des Exercices spirituels, achevait l'œuvre commencée. 11 avait lui-même parcouru cette sainte carrière sous la direction de cet habile maître et, dans ce commerce plus intime avec Dieu, il s'était enflammé d'un incroyable désir de faire du bien aux âmes. Souvent dans les parties de chasse, quand ses compagnons, emportés par leur ardeur, ne pensaient qu'à poursuivre les bêtes fauves, lui demeurait un peu en arrière, livré à des préoccupations d'un autre genre ; il se demandait à lui-même quels étaient ceux de ces jeunes gens dont il devait entreprendre la conquête ; et, plus d'une fois, il lui arriva de revenir de ces bruyantes expéditions chargé d'un butin plus noble dont il s'empressait de faire hommage au P. Gérard.
Mais pour étendre plus loin son influence, Roger Lea pensa qu'il devait se donner lui-même et entrer dans un Ordre apostolique. Il partit donc pour Rome et s'enrôla sous la bannière de saint Ignace . Mais bientôt la délicatesse de sa santé , à laquelle le climat d'Italie était contraire, engagea les supérieurs, de l'avis des médecins, à l'envoyer dans les pays du nord. 11 fut ministre au collège anglais de Saint-Omer. En attendant un plus vaste théâtre, son zèle ne demeura pas inactif. Il mit surtout en honneur les Exercices spirituels, et forma à cette école un grand nombre de jeunes gens, qui devinrent plus tard d'intrépides défenseurs de la foi. Cependant sa santé étant toujours précaire, il fut décidé qu'il irait respirer l'air natal. A cette nouvelle, le P. Lea tressaillit de joie et remercia Dieu d'une maladie, qui lui procurait une grâce jusqu'alors vainement sollicitée. Enfin son zèle pourrait se donner carrière ; peut-être aurait-il l'honneur de la prison et du martyre. Mais Dieu se contenta de sa bonne volonté. Pendant qu'il attendait à Dunkerque l'occasion de s'embarquer pour l'Angleterre, il fut pris d'une soudaine et totale défaillance, et expira à l'âge de quarante-sept ans, dont il avait passé quinze dans la Compagnie.
JuvENCius, Histor. Soc, part. 5», lia. 13, n. 141, p. 227. — Morus, Histor. Provinc. Angl., lib. 6, n. 23, p. 266. — Tanner, Societ. Jesu apostol. imitatr., p. 472. — Patrignani, Menol., 25 magg., p. 179. — Fo- LEY, Records, t. 1, p. 456; t. 7, p. 446. — Oliver, Collections, p. 134.