IX DECEMBRE
* Le neuvième jour de décembre de l'an 1646, mourut non loin de Prague, dans la maison de campagne du collège Saint-Ignace, le P. Charles Flekhammer, né à Liège. Au témoignage de l'historien de la Province de Bohême, c'était un religieux d'une obéissance parfaite, d'un entier mépris de lui-même et de toutes les aises de la vie, d'une générosité de cœur que n'étonnaient ni fatigues ni périls, et dont il donna d'illustres exemples pendant qu'il était aumônier militaire dans les armées impériales.
En 1642, à la funeste journée de Breitenfeld, près de Leipzig, il fut fait prisonnier par les Suédois, dans le temps même où il assistait les soldats blessés sur le champ de bataille. Uniquement préoccupé du salut de ces pauvres gens, il pria les vainqueurs de le laisser poursuivre son ministère, s'engageant à revenir ensuite se constituer prisonnier. Il tint parole, mais le général suédois, Hermann Wrangel, ennemi acharné des catholiques, n'eut pas assez de grandeur d'âme pour comprendre cet acte chevaleresque autant que chrétien. Il traita le missionnaire de la manière la plus indigne, le soumit aux tortures de la faim et de la soif, en fit pour ses troupes un objet de risée, poussa même l'insolence jusqu'à vouloir l'obliger à danser devant lui et, sur son refus, le
soufleta brutalement. Pour toute réponse, le serviteur de Dieu se contenta de présenter l'autre joue.
Rendu à la liberté, le P. Flekhammer eut à supporter une autre épreuve, plus amère sans comparaison, celle d'une abominable calomnie, qui mettait en péril tout à la fois son honneur et sa vocation. Sous ce poids écrasant, il sut trouver encore la force de louer et de bénir Dieu, qui le laissait humilier de la sorte ; la crainte de perdre ce qu'il avait de plus cher au monde, après l'amitié de son Seigneur, lui causait seule quelque trouble : « Plutôt mourir à cette heure même, répétait-il souvent, que d'être obligé de quitter la Compagnie » ! Enfin la vérité se fît jour, la malheureuse qui l'avait accusé fut convaincue de mensonge, et l'innocence de l'homme de Dieu parut plus brillante que jamais. Cette belle vie fut couronnée par un acte d'héroïque charité. Un père atteint de la peste avait été envoyé à la maison de campagne du collège Saint-Ignace de Prague. Le P. Flekhammer l'avait accompagné, et c'est en lui prodiguant ses soins, qu'il fut emporté lui-même par le mal, à l'âge de quarante-trois ans, dont il avait passé vingt-et un dans la Compagnie.
ScHMiDL, Histor. Provinc. Bohem.^ t. 4, lih. 3, n. 183, p. 806; t. 5, lib. 4, n. 169, p. Ti=i..