XX DECEMBRE
Le vingtième jour de décembre de l'an 1628, le P. Pierre Van Spiere ou Spira, né à Douai, mourut, après seize années de travaux apostoliques en Chine, couvert de blessures et précipité dans les eaux du grand fleuve Kiang par des brigands, dont son bagage de missionnaire avait tenté la cupidité. Pour donner à quelques chrétiens du Hou-Kouang la consolation de s'approcher de la sainte table aux fêtes de Noël, il venait d'entreprendre au plus fort de l'hiver, sur un signe de ses supérieurs, un pénible voyage de plus de deux semaines, lorsque après quelques jours de navigation il fut trahi par son batelier, qui le vendit à une troupe de voleurs. Le P. Van Spiere eut d'abord la tête, le visage et la poitrine sillonnés de coups de sabre, puis fut jeté tout sanglant, pieds et poings liés, dans les flots, avec deux néoph^'tes, ses compagnons. Il était âgé de quarante-quatre ans et en avait passé vingt-cinq dans la Compagnie.
CoRDARA, Histor. Societ., part. 6*, lib. 13, n. 231, p. 239. — Bartoli, La Cina, lib. 4, n. 93, p. 200. — Patrignani, Menol., 20 die, p. 162. — Pfister, Notices biogr. et bibliogr., n. 37. — Sommervogel, Biblioth., t. 7, p. 1437.
Le vingtième jour de décembre de l'an 1692, le F. Jérôme Win- TER, Coadjuteur temporel, né à Anvers, mourut après quarantehuit ans de vie religieuse, au milieu des novices de Saint-André. Sa réputation de sainteté était si grande, que le 13 avril 1693, quelques mois après sa mort, les supérieurs firent prononcer son oraison funèbre au réfectoire de la communauté par le célèbre P. Benoît Rogacci, en présence du Père Général, Tliyrse Gonzalez, des Pères Assistants et des profès de la Province réunis à Rome pour la Congrégation provinciale.
Travail et prière uniquement pour plaire à Notre-Seigneur et sans jamais se rechercher soi-même, telle fut la vie du F. Winter. Si quelques autres semblaient avoir besoin de soulagement, ou désiraient quelques heures de liberté, il était toujours prêt à prendre leur place ou à leur céder son tour, quand il s'agissait de sortir et d'assister aux plus belles solennités de Rome. Les yeux modestement baissés et le cœur au ciel, comme il le conseillait souvent à ses frères, il était tellement ravi en Dieu, qu'un jour on le vit avec stupeur, dans un transport extatique, élevé de plus d'une palme au-dessus du sol. Ces grâces et beaucoup d'autres semblables étaient particulièrement la récompense de son humilité et de son obéissance, ses deux vertus de prédilection. Les supérieurs du F. Winter connaissaient si bien la joie qu'il éprouvait à être repris et humilié, que souvent ils lui adressaient en public les plus sévères reproches, pour apprendre aux jeunes religieux comment les saints aiment et reçoivent la confusion.
Le P, Nicolas Piscicelli, Maître des novices pendant sept ans, avouait n'avoir jamais rien vu de comparable à la docilité et à