‹ Ménologe de la Compagnie de JésusChapitre 328 sur 356 · XXV DÉCEMBRE. — P. JEAN BENNETT · texte numérisé non relu

XXV DÉCEMBRE. — P. JEAN BENNETT

les spectateurs furent saisis d'admiration ; mais en même temps persuadés que sa franchise l'avait perdu, ils lui crièrent tous d'une voix, lorsqu'on le ramena dans son cachot : « Jean Bennett, que Dieu vous soit en aide »! — « Que Dieu vous soit pareillement en aide, leur répondit le saint martyr, afin que vous pensiez à vos âmes et les mettiez en sûreté ». Tous les raffinements de la question, en usage pour les plus grands criminels, furent alors employés contre lui. Une fois, les bourreaux reçurent l'ordre de ne cesser de tirailler ses membres, qu'ils ne les eussent allongés de quatre doigts. Au commencement d'une de ces terribles luttes, qui duraient parfois neuf heures de suite, le président lui dit, en le menaçant des plus affreuses tortures : « Sachez que j'ai reçu du conseil royal, et que je suis résolu d'exécuter l'ordre, de triompher à tout prix de votre opiniâtreté ». — « Et moi, répondit le vaillant témoin de Jésus-Christ, j'ai reçu de Dieu l'ordre de ne pas craindre ceux qui peuvent bien tuer le corps mais non pas l'âme, et je lui obéirai jusqu'à la mort ».

Un jour, pendant qu'il était étendu sur le chevalet, un des spectateurs jugea le moment favorable pour entamer une discussion religieuse avec le pauvre patient. Le P. Bennett, se tournant tranquillement vers un des bourreaux : « Voudriez-vous, lui dit-il, dresser pour ce monsieur une chaire semblable à la mienne ? Quand nous serons l'un et l'autre dans les mêmes conditions, je ne demande pas mieux que de discuter avec lui ».

Jean Bennett n'était encore que prêtre séculier quand il soutint ces glorieux combats. Déporté en Flandre, avec défense de reparaître en Angleterre, sous peine du supplice des traîtres, il se rendit à Reims et sollicita la faveur d'entrer dans la Compagnie.

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Après son noviciat à Verdun, n'aspirant qu'à mourir pour le salut des âmes, il se hâta de rejoindre, avec la permission de ses supérieurs, son premier troupeau ; et pendant trente-cinq années encore, il vécut de cette rude vie des apôtres, aussi pénible souvent que la captivité et la mort, presque toujours au milieu des pauvres, qui ne l'appelaient que le saint. A l'âge de soixanteseize ans, pour se consoler de n'avoir pu terminer par le martyre du sang sa longue et sainte carrière, il eut du moins la joie, en se dévouant au service des pestiférés de Londres, de la couronner par le martyre de la charité.

CoRDARA, Histor. Societ. Jesu, part. 6^, lib. 10, n. 89, p. 585. — Bar- TOLL, Uliighilterra, lib. k, c. 11, p. 137 et suù>., édit. Firenze 1833. — Tanner, Societ. Jesu apostolor. imitatr., p. 564. — Drews, Fasti, 25* dec, p. 506. — Patrignani, MenoL, 25 die, p. 209. — Foley, Records, t. 4, p. 497-516; t. l,p. 49. — Oliver, Collections, p. 52,

* Le vingt-cinquième jour de décembre de l'an 1628, mourut à Louvain, dans sa quatrième année de théologie, le Frère Scolastique Albert De Rubenpré, d'une noble et riche famille. Pendant qu'il était au noviciat, son frère aîné vint à mourir j on le pressa alors de rentrer dans le monde pour succéder aux droits du défunt et ranimer les espérances que cette fin prématurée avait anéanties. Il s'en défendit noblement et protesta qu'avec la grâce de Dieu, il était prêt à laisser mille héritages et titres de noblesse, plutôt que de renoncer à sa vocation. Le mépris des choses qui passent et l'amour de la croix furent en effet, dès les premiers

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