BARGAIN
se QUE
entre cancer du sein et grossesse. Nous avons cité plus haut les opinions de deux thèses ayant spécialement traité de la question, et nous avons vu que, d’après ces thèses, la grossesse et l'allaitement, s'ils sont certainement un facteur de eravité pour le cancer du sein préexistant, ne semblent pas être une cause déterminante du cancer du sein.
En résumé, les perturbations dues à la vie génitale et se passant au niveau des seins non seulement aggravent le cancer préexistant, mais semblent devoir jouer un rôle dans la production des néoplasmes.
Que penser de la ménopause, qui marque là fin de la vie génitale de la femme ?
Répétons ce que nous avons dit précédemment : la méno-, pause n'est qu'un point erilique, mais qui tend à s'établir pendant un certain laps de temps. Cette période est marquée par des variations très importantes de la vie génitale ayant des répercussions au niveau des seins. Puisque les troubles au niveau des seins sont un facteur d'irritation interne, donc prédisposant au cancer, il est logique d'admettre que les troubles étant très nombreux à la période précédant la ménopause, cette période présentera donc le maximum de chances — si l’on peut dire — pour que la cancérisation du sein ait lieu.
On peut objecter que de nombreux cancers surviennent après la ménopause, comme le montre la statistique suivante, obtenue grâce aux observations du Professeur Jeanneney :
18 malades ménopausées avant le cancer; 33 malades non ménopausées au moment du cancer: 11 malades en cours de ménopause, ce qui donne :
65 % de ménopausées; 28 % de non-ménopausées; 71 % en cours de ménopause.
Tout d’abord, les cancers ne sont presque jamais reconnus au début et peuvent avoir débuté pendant la ménopause,
Done
tout en étant diagnostiqués bien après. Il serait donc nécessaire de tenir compte de ce fait dans les statistiques. D'autre part, il ne peut nous venir à l’idée de faire des variations de la vie génitale en général, et de celles précédant la ménopause en particulier, la seule cause du cancer du sein. 1 est un âge du cancer qui semble postérieur à celui de la ménopause. | En résumé, nous avons montré que les auteurs et notre statistique donnaient une importance à la vie génitale dans : 1° l’éclosion, :
2° la gravité,
du cancer du sein.
Nous ne pouvons encore conclure. Mais de tout ceci il semble résulter que, si la période précédant la ménopause ne joue pas un rôle déterminant dans la production du cancer du sein, elle joue assurément un rôle prédisposant, l’âge de fréquence maxima du cancer du sein étant antérieur à celui du cancer en général et coïincidant avec l’âge de la ménopause.
LA CASTRATION OVARIENNE COMME METHODE DE TRAITEMENT INDIRECT DES CANCERS DU SEIN
Historique.
C'est Shinzinger, en 1889, qui eut le premier l’idée d’enlever les ovaires aux femmes atteintes de cancer du sein, dans le but de provoquer une atrophie de la glande mammaire. Il pensait ainsi supprimer les récidives. Bealson, en 1895, poursuivit cette idée, et, sur seulement 3 cas, il est vrai, obtint 2 résultats encourageants.
L'opération dite de Beatson fut pratiquée par un grand nombre de chirurgiens anglais, de telle manière que, quatorze ans plus tard, Thomson pouvait en réunir 77 cas. La méthode fit école en France, et c’est ainsi que nous voyons Gainard, Reynes, de Marseille, et le Professeur Forgue, présenter des statistiques personnelles, dont les conclusions sont loin d’être semblables.
En Allemagne, cette méthode semble à peu près inconnue jusqu'en 1909, quand Michels y a recours dans 3 cas.
Enfin, Cohen, de Cologne, en présente 6 cas, qui, comme nous le verrons plus tard, présentent un réel intérêt.
Signalons enfin les cas de castration par les rayons du Professeur Jeanneney et ceux de Vassiliadis et Maisin. Nous les examinerons plus loin.
Nous n'avons pas l'intention de nous appesantir sur la castration chirurgicale du cancer du sein pour une raison très simple : elle n’est plus employée.
Les rayons X permettent, en effet, d'obtenir maintenant
une castration parfaite en quelques séances et, surtout, ém tent les dangérs d’une laparotomie chez une femme qui, déjà opérée, se refuserait souvent à subir une deuxième intervention.
Cette méthode a été cependant employée. Elle a permis d'établir des statistiques qu'il est important de discuter. Elles peuvent être utiles autant que les plus récentes pour juger de la valeur thérapeutique de la castration chez la femme atteinte de néoplasme du sein.
Castration chirurgicale.
Nous n'avons trouvé aucune statistique de Shinzinger. Ce n'est que Beatson qui, le premier, annonce 2 cas encourageants Sur 3 Cas opérés.
Thomson, en 1902, réunissant dans une seule statistique toutes Les castrations chirurgicales faites dans le Royaume- Uni jusqu'à lui, présente 18 cas favorables sur 77 cas opérés.
Lett, en 1905, sur 99 cancers du sein, aurait eu, grâce à la castration, une grosse amélioration dans 23 % des cas et légère dans 13 % des cas.
Chez 15 opérées, cette amélioration se maintient pendant un an, et chez 4 pendant quatre ans et plus.
Gainard parle d’une amélioration de six mois dans l'évolution d'un squirrhe.
Reynes, dans 4 cas inopérables, obtint une régression nette des lésions mammaires. Il obtint de même une amélioration de trois ans et demi dans un cas de cancer bilatéral des seins.
En résumé, sur 185 cancers du sein, 62 ont été améliorés par la castration ovarienne.
Voilà un résultat qui n’est pas à négliger.
Mais il faut encore savoir que tous les cas traïtés par la castration chirurgicale étaient tout simplement inopérables. On attendait que l'opération de Beatson accomplisse le miracle de faire disparaître entièrement lésions locales et métastases.
Il nous semble que les 62 cas améliorés sont loin d'être décourageants. Seul, Cohen (de Cologne) a présenté, en 1909, 6 observations fort intéressantes, portant sur des cancers de gravité différente. Dans 3 cas, il obtint des résultats excellents, et dans les autres cas, fort graves, un retard dans l’évolution des lésions. Malheureusement, il combinait exérèse du sein et castration, de telle sorte que nous ne pouvons juger par ces 6 observations de la valeur réelle de la castration. ;
Cependant, de tout ceci il résulte que :
1° La castration n'est jamais nuisible, pratiquée sur un sujet présentant un cancer du sein, Elle n’aggrave jamais les lésions locales et ne provoque Jamais de métastases.
2° Si la castration ne peut faire disparaître entièrement les lésions mammMaires, elle est capable de les stabiliser parfois, d'en retarder l’évolution toujours. Nous nous permettrons, pour ces différentes raisons, de n'être pas de l’avis du Professeur Forgue, qui, au XXX° Congrès de chirurgie, déclarait : « Nous pouvons porter un jugement sur la valeur de la castration ovarienne pratiquée chez les femmes jeunes dans le but d’enrayer les progrès d’une tumeur mammaire ou d’une récidive inopérable. Il est peu favorable. »
D'ailleurs, le Professeur Forgue ne possédait à ce moment qu'une petite statistique de 3 cas, qui semble insuffisante pour abattre les résultats de 185 cas.
Il nous semble, de plus, que là encore on a attendu de la castration le miracle de guérison dans des cas évidemment inguérissables.
Nous pouvons dire que la castration ovarienne, pratiquée comme elle l’était autrefois : chirurgicalement, loin d'être nocive, retardait l’évolution de la tumeur sans, il est vrai, la faire disparaître.
Nous terminerons en disant, avec Lapeyre, de Tours :
« Il semble bien que les statistiques lui soient favorables (à la castration), surtout si, revenant de trop grands espoirs conçus au moment où le cancer du sein a paru quasi bénin,
nous nous bornons à lui demander, à la place de la mort en un an à dix-huit mois, des survies de trois, cinq, six ans, et, parfois seulement, la guérison absolue. »
Castration par les rayons.
Voici un exemple de castration par les rayons que nous a rapporté M. le Professeur Réchou; il s’agit d’une femme atteinte de néoplasme du sein gauche, avec métastases nombreuses. Il nous a été impossible de retrouver son observation complète. Nous savons seulement qu’elle a vécu encore neul mois après sa castration.
Indications pour une séance :
Tension constante — 200 kW.
Filtration = 2 mg. de Cu + 1 mg. d'AL.
I (intensité) = 3 milliampères.
Distance à la peau = 40 cm.
On fit 12 séances, une tous les deux jours, tantôt sur la région ovarienne droite, tantôt sur la gauche.
La castration par les rayons présente de réels avantages sur la castration chirurgicale.
En effet, on élimine les risques opératoires, qui peuvent faire hésiter bien des malades: elle est, de plus, moins schokante, car elle est obtenue progressivement.
Comme le dit Vignes : « La castration par les rayons a les mêmes effets que la castration chirurgicale, mais à un degré bien moindre. En principe, l’équilibre psychique est mieux conservé, et les troubles vaso-moteurs sont moindres. »
Les ‘effets de la castration par les rayons ont-ils été de même valeur que ceux obtenus par la castration chirurgicale ?
Nous avons cherché à savoir si les services chirurgicaux des hôpitaux bordelais possédaient dans leurs archives quelques observations pouvant nous intéresser, Nous n’avons rien trouvé.
NN
C’est alors que nous sommes allé voir quelques chirurgiens; les uns comme les autres n'ayant pas pratiqué cette thérapeutique, ne purent formuler de réponse bien précise. Cependant, en général, tout se résume en ces paroles du Professeur Papin : « En théorie, la chose semble assez séduisante, mais les résultats n’ont guère été encourageants. »
Nous sommes allé voir le Professeur Wangermez : « Théo- rie intéressante, nous a-t-il répondu, malheureusement nombre de cas trop restreint; il faudrait, si aucun inconvénient ne surgit, pratiquer systématiquement la castration dans les cas de cancers du sein pour pouvoir conclure. »
Nous avons recueilli l'opinion du Professeur Jeanneney, formulée dans une communication à la Société de médecine et de chirurgie de Bordeaux du 15 mars 1934 (Tumeur de la paroi thoracique secondaire à un cancer du sein opéré) :
« Cette question de la castration radiothérapique dans le cancer du sein est encore en discussion. Connaissant la gravité du cancer du sein avant la ménopause et l'influence fâcheuse des règles et de la grossesse sur les tumeurs des glandes mammaires, nous pratiquons presque systématiquement, chez les jeunes femmes que nous opérons de cancer du sein, une castration radiothérapique. L'avenir dira si cette castration est utile, indifférente ou nuisible, mais, dans une dizaine de cas où nous l'avons employée, elle ne semble jamais avoir été nuisible, et, comme elle a quelques chances d'être utile, nous continuerons à y recourir jusqu'à plus ample informé. »
Sur les 10 cas cités ci-dessus par le Professeur Jeanneney, 3 ont été déjà signalés par Proust dans sa thèse de Bordeaux, 1929, et les 7 observations restantes recueillies par nous.
Nous devons ajouter que l’une des 3 malades citées par Proust à vu sa guérison se maintenir jusqu’en 1936. L’un des 7 cas rapportés par nous a fait l’objet d’une communication du Professeur Jeanneney, parue dans la Gazelte des sciences médicales de Bordeaux.
A celles-ci nous ajouterons 2 observations : l’une citée dans
nt ES
le Journal de médecine de Bordeaux du 10 janvier 1930, par MM. Réchou, Wangermez et Jeanneney; et l’autre retrouvée dans les Archives de la Fondation Bergonié.
Z OgsErvarioN [ (Résumée).
‘Mme M.., 40 ans. Opérée en décembre 1934 d'un néoplasme du sein gauche, carcinome très envahissant. Apparition en avril 14935 d’un volumineux ganglion axillaire gauche. Radiothérapie locale et
castration radiothérapique. Décédée un an après.
Ogservarion Il (Résumée).
Mme E..., 36 ans. Opérée en juillet 1929 pour cancer du sein. A l’incision, on trouve dans le quadrant inféro-interne de la glande ‘une tumeur grisätre manifestement néoplasique. Epithélioma cylindrique très envahissant le 20 août 1929. Revue très bon état le 1% juin 1933. Récidive après une grippe.
Le 6 juin 1933, exérèse.
En septembre, castration ovarienne.
Deux ans après, résultat excellent.
OBservarTion LIT (Résumée).
Mme M..., 28 ans. Opérée le 3 février 1933 pour néoplasme du sein droit. On fait une castration radiothérapique. Récidive; métastases.
Décédée deux ans après.
OgsEervarion IV (Résumée).
Mme C..., 48 ans. Opérée le 27 mars 1933 d'un volumineux épithélioma du sein gauche, avec nombreux ganglions axillaires. Il s’agit d’un épithélioma essaimé dans les voies Iymphatiques.
Le 24 avril 1934, on fait de la radiothérapie locale et l’on décide de pratiquer une castration.”
Décédée le 9 mai 1936.
OgservarTion V (Résumée)
Mme P.., 43 ans. Opérée en février 1930 d’un squirrhe très évolué du sein gauche. On fait, le 30 janvier 1936, une hystérectomie subtotale, motivée par l'apparition d’un fibrome.
Un an après, le résultat est toujours excellent.
Ogservarion VI (Résumée).
Mme M..., 27 ans. Opérée le 1% février 1933 pour épithélioma du sein survenu en cours de grossesse. Deux mois après, on fait une castration, Le 26 octobre 1933, plus de règles. Du côté du sein, état excellent.
Le 22 avril 1934, apparition de douleurs au niveau du sacrum et de la région dorsale de la colonne vertébrale; métastases.
Mort deux ans après l’exérèse.
OBsERVATION VII (Résumée).
Mme S..., 46 ans. Traitée par radiothérapie locale en juillet 1920 pour cancer du sein droit. Récidive; nouveau traitement institué en 1924. Récidive en juillet 1926. On fait un Willy-Mayer allié à la radiothérapie locale et à la castration.
En 1934, état excellent. Pas de nouvelles depuis.
OgservarTion VIIT (Résumée).
Mme L.., 31 ans. Opérée le 20 mars 1935 d’un épithélioma du sein gauche. Métastases dorsales el sacrées six mois après. Mort six mois plus tard, bien que la radiothérapie locale et la castration aient été instituées.