T. I. IS
} •*-* Qoe Pon ie eondamae » Buierey •
— Eh y mon IHeu ! ne orie pas 8i prompleinettt : — « Yiotoire ! » oomme pour m'étoardir. Tiens ! nos coRTÎTes le permettent , Paaline va nous oonter le fait ; tu ne ra'aceeteras pas de Toaloir influencer les avis. M. Raymond décidera. -^ Tu le rapporteras bien a M. Raymond?... — Va^ ma femme !
•*- Hais , Georges , nous aocapi^rons rentretiwi ! peut-être aurait-il été convenable de choisir uo autre moment.
— £t pourquoi donc , ma jolie voisine ? on m^a nommé juge; on vous a nommée rapporteur. Si vous vous désistes , je me démets. Mais vous nous affligeriez! chacnn de nous tous éoonte. Yoya Thérèse !
-^ Ne vas-tn pas te faire prier?... Si ta balances, ma femme, je vais conter moi-mÂme !
— Par pitié, ma sœur!...
— J'ai grand peur, mes bons amis, de nuire à la cause dont on me charge, et je voua demande toute votre indulgence. Ce récit I que ne l'aves* vous entendu de la bouche de mon p^e, témoin et acteur de cette scène détachée de la tragédie qui se jouait en 98 , au bruit du tocsin et du canon, snr toutes les parties du sol de la France! Hes premières impressions datent de cette anecdote de famille que mon père ne se lassait pas de répéter quand les amis se rassemblaient après le repaA
— tn —
«oui let gmtads «Arn^nnien du jardi6. Il nous di^ Miily oYec un nobl« orgaeil , qu'il deyait à cette eircenstance et aux éyénements du 9 thermidor le modèle des femmes et des amies. Ma mère ^ en œ Bsonieiit^ s'éelîpsait d'un pas foi^tif ; mais, à son retour , lorsque le tumulte de nos jeuk. d'enfants l'avertissait qu'elle n'aurait plus a rougir de nos éloges^ elle pouvait surprendre encore l'émotion nsligieuse de nos regards qui la suivaient et qui •e plaisaient a lire sur ses traits le caractère de* Tiné par M. Delaberge. -^ Je ne crois pas devoir insister sur les désastres de Lyon , à la snile dm «ége épouvantable qui livra ses plus beaUK mo»- Bunients au marteau des montagnards. Lyon paya Aer, vous le savex, les résistances de sa popula*tion héroïque. Cette ville fut sur le point d'être rayée du territoire. Une commission révolution*naire s'installa parmi les ruines , pour démolir jusqu'aux ruines, et la terreur, proclamée par les teuletfl, s'y répandit en nouveaux décombres, au nom de la loi. Mon père siégeait dansée tribunal. Mon père, M. Raymond, était on ardent montagnard. S'il faut juger des événements par les êtres que l'on a diéris> c'était à coup sûr une puissante et merveilleuse c^oseque cette révolution, malgré la frayeur que le retentissement de son nom seul nous iittpire. Un jour^ devant cette magistrature pf^pulaire, toute une femille fut traînée sous le poids d'une accusation qui devait faire tomber
4;rente tètes. Les malheorenx étaient dé}è condam-» nés par la yoix publique, et les républicains, pâles décolère, assiégeaient les issues de l'enceinte. — Voici le fait ! — Pendant la crise du bonibardefuent , malgré les troupes de la conyeation , un M. de Hortagne, homme intrépide et porté sur les Hstes de l'émigration, émissaire de M. d'Auticbamp et des princes, avait osé rejoindre Perrin de Précy, commandant en chef des forces lyonnaises. M. de Mortagne avait encouragé la défense, et promis des secours de la Savoie. Ces secours n'osèrent se montrer : Lyon succomba. Dans le pèle-m^e de la nuit du 8 au 9 octobre, pendant la retraite confuse de la triste armée de Précy, M. de Mortagne, blessé par un éclat d'obus , ne put fuir avec ses compagnons. Des témoins déclarèrent qu'à la ln«ir des bombes qui répandaient l'incendie dana le faubourg deVâize, le malheureux avait été vu se trai* nant déporte en porte, pour implorer à grands cris un asile, en jurant de se faire sauter la cervelle d'un coup de pistolet plutèt que se rendre aux satellites impitoyables de Grancé. On ne savait rien de plus a son égard. Longtemps on le chercha. Les pourvoyeurs de la commission s'acharnèrent sur ses traces jusqu'à ce qu'enfin on sût qu'à travers des périls sans nombre, et par le moyen d'an faux passe-port, le fugitif avait passé la frontière et rejoint le camp du prince de Gondé. Dès ce moment Ja rumeur publique se tourna vers l'un de nos pa-
-tenls, cousin de ma mère^ employé depuis la prife -de Lyon près de )a redoutable commission de sur- Tcillance. Ma mèrç , alors demoiseHe , et logée dies ce parent pendant toute la dorée du siège, Tenait de retourner à Saint-Maurice , cbex son frère. Elle ne sut l'arrestation que plus tard. Arant la rérolution^ notre cousin avait reçu tes bienfaits de H. de Mortagne. Il lui devait une fortune qu*ïl essayait alors d'augmenter^ en déployant cette jactance d'hypocrisie révolutionnaire dont la peur est le premier principe, et que l'on doit hardiment accuser de plus de crimes que" le fanatisme luî^ même. Tout Lyon connaissait l'origine de sa fortune. Ce qui n'était d'abord qu'un soupçon ragoe, uniquement basé sur la légitimité consentie d'ane dette de cœur, devint une certitude pour la ville, quand, a la suite d'une exploration domiciliaire, on trouva dans le grenier de la maison le portefeuille de M. de Mortagne. D'autres indices se groupèrent en foule autour de celui-là. Les dénégations avaient été trop absolues. Nos parents disaient n'avoir pas même aperçu M. de Mortagne. C'était trop dire L.. Des domestiques farent inconsidérés; des voisins rapportèrent raille détails qui formaient un faisceau de preuves accablantes. Un léger mensonge l'emportait contre les démonstrations de civisme effréné dont cette famille comptait bien tirer parti. Malgré la justice un peu sommaire de ces jours de crise; l'enquête fut serais.
puleufle; elle délerroina la oèovietâon des patriotes. 11 fui |iroavé^ jusqu'à révkletice, que le passerport devait être serti des mains de notre parent. On en oonclut qu'il avait abusé de ses fonctions et de la confiance des représentants du peuple ; et, comme les dén^^tions ooostantes des siens lA enveloppaient avec lui dans sa eompiicité) le» membres de la commission révolutionnaire le^ raient déjà leurs doigts vers le front, geste saoi appel qui condamnait ions les accusés a la fusil*^ Jade, lorsqu'une femme , en se faisant jour avei des cris, se précipita dans l'enceinte. C'était ma mère],.. — « Citoyens ootnmissairesl s'écriaH-eUa, «je viens éclairer votre justice prête a lancwls 'u fondre du peuple sur des malheureux qui sont u innocents* Je vous livrerai le vrai coupable! il « faut m'enteadre.... Oui, citoyens I les aocaséi « sont restés dignes de la patrie. J'aurais vooia « garder le silence! mais je dots les soustraire à la «( mort, car je le puis. C'est avec raison qu'ils se dé^ « fendent d'avoir sauvé les jours de leur ami, de «leur bienfaiteur!..... Ils l'ont repoussé dans la «rue et sont demeurés sans e;)t rail les!... C'est « avec raison qu'ils se défendent de l'avoir acte eueilli dans leur domicile » tandis qu'il versait « des flots de sang par vingt blessures contre le « seuil de cette maison , on l'on peut voir enif core les vestiges deses «rmoiriesdans la pterre!.«. « Us ne lui ont rien jeté pou^ étrancher les plaies.'. #>
«C'est avec raifon qu'ils se défenëoût d'aToir «fabrîqaé le |Misse»port avee lequel ils*est dérobé « d^uit dix jiMirs é la Tengeance nationale I.... U «a fallu leur dérober oe passb-port et pas on d'eux
«n'a conçu cette idéel Voua pourez m'en
«croire, citoyens! Pitié, sollicitude, TÎeilles et « saintes obligations de cœur, rien ne leur a parlé « pour M. de Mortagne. La loi, la loi toute seule a « dominé leur âme et leur conduite. Les accusés «sont restés dignes de la patrie !•.. Si par un dé- «flMnti sur deux ou trois questions indifférentes, ils « se sont imprudemment compromb dans l'estime • du peuple, c'était pour protester, sans doute, oour « ire l'ombre même d'une pensée de reconnaissance. « Tontes les preuves réunies contre eux sont jnA- < semblables et mensongères; mais elles sont vraies « si TOUS les réunissez autour de moi. » — Un mouvement extraordinaire éclata dans l'auditoire. — « Autour de moi seole 1 reprit aVec autorité ma M mère. Je ne oonnaiisais pat M. de Mortagne, et « je ne lui devais rien. Je veux le (Aroire coupable « d'avoir attisé le feu de la guerre civile dans ce « triste pays, où, si l'on faisait justice sévère, il « n^Y aurait que des accusés et pas un juge!.... « MaiSy eut-il été cent fois coupable, il souffirait ; « il implorait un seeonrs ou la juort; j'ai cru de^ «( voir acquitter la dette de mes parents, sans confie, enhet mes parents!... C'est moi qui l'ai sauvé, 4c citoyeas -, moi, qui l'ai caché; moi, qui ai cou*-
^ aie —
M irefait la signatore des représentants du peu* <ple!...« Je dirai pIii8!....Si j'étais acquittée, la « même occasioa s'i^rant de Dooreau , je recom- « mencerais encore! » — A cette déclaration ferme, la multitude électrisée répondit par un tonnerre d'applaudissements. Ma mère était frémissante et debout devant ses parents incertains encore. Un des membres de la commission rérolutionnaire se leva» -» C'était l'homme dont tous Toyez le portrait dans ce cadre. — Chacun écouta dans le plus grand silence. D^une Toix ferme, mais arec dédain, cet homme prononça l'acquittement des prévenus; et la foule, en s'éloignant d'eux, leur ouvrit le passage sans rien dire. Les malheureux essuyèrent en quelque sorte le feu du mépris universel. Puis le môme homme, de sa même voix, mais en s'inçlinant avec respect, prononça la condamnation de ma mère : — A mortl — £tl« foule, docile envers la. magistrature populaire, tout en se laissant aller a cette idolâtrie de l'ad^ miration dont les élans vont au sublime, porta ma mère en triomphe vers la prison qu'un des représentants du peuple lui désigna. Les acquittés virent, avec l'attitude de l'ignominie, la glorieuse criminelle que saluait l'enthousiasme républîcaiiK Le soir même , à la lueur des flambeaux , sur les décombres de la place Belleoour, soixante milie signatures couvrirent une formidable pétition de recours en grâce auprès du Copuité du Salut pu«-
liKe.... «— Ah, Thérèse! quelle femme c'était qae mamère!....
— Et TOUS ne m'aviez pas encore appris ce traitlà y Pauline 9... Oh, je tous en Tenx , car je tous en aurais aimée dix fois plus! -^ Mais... elle se trouye mal , je .crois 7 — Donnez , donnez donc Totre flacon, VL, Delaherge.
*— Pardon !... cent fois pardon !... C'est que j'écoutais encore.
— Je TOUS suis obligée, mes amis. Ce ne sera rien , l'émotion se passe. — Je- ne cite jamais cet épisode sans le mêler dans mon esprit à des souyenirs douloureux. ->— Oh , Léonard , Léonard !... Quelle perte irréparable pour nous h
— Mais aussi, madame! quel héri ta ge pour yous et Totre frère !... Heureuse la famile qui peut enregistrer de pareils souyenirs dans ses archives; il n'y a pas de révolution pour déchirer les pardiemins de cette noblesse-là !
— Oui, mon ami ! mais parce que cette noblesse Tient de l'âme.
— r £h , Léonard I est-ce que ce n'est pas la son étemelle origine ?. • .
-r^ Que diable !... sur ce trait-là, du moins, on' ne me soutiendra pas que la mère de Pauline fut une Charlotte Corday. — Voyons , beau-frère ! je ne veux pas que la question s'esquive. -— ^On est Harat ?... Que l'on me montre le poignard !... Il n'y a pas une goutte de sang , pas un assassinat
dant efelU bisloife: et cdrUiiBeiBeatell#nep6l4 rien à cela. — Mais je me tais^ qae lejagepro* Aonee!
-^ C'est yraiy Georfçes I... Il y riianqne le tableau de Darid.
— Ui) coDseil au Juge, Delaberge!... Favt*il que je rae range au sentimeot de M. Duierey ?
*-^ Mais... Goilinie tous Toadrez ^ Raymond I
-» Là ! ... N'étais-je pas sûr que le docteur ms reviendrait t. «é Je voos dis qu'il n'y a que Léonard pour aller déterrer de semblables rapports* Maiâ, parce que l'on ose discuter contre son opinion, le très^cber beau* frère vous assassine de raiile petits coups de langue....
. *^ Tu dis y tu dis ?. .. B«pèt€^nous cela*
-^ Je dis qu'il n'y a pas la rnoib^^ analogie, i u que ie suis un sot*
. *^ Ecoute , Georges ! tu viens dé réu^inr toetn les opinions ; je le Vois bien ! mais ne fût»oe que pour toi-même y garde quelque léger ménagement dans ton triomphe. — Ah çà ! Tmis ne me défendes pas, mon amoureuse ?<. •• Eh, mon Dieu ! dans quelle région sublime de l'infini les ailes de laféflexion tous onUelles emportée , mon enfant ?— Vois^Uy ma soaur ^ Yi>]rei«*Tous , mes amis , comme l'arc de ses beaux souroils noirs ae tend 1 •••-•-Je ne sais sur qui le trait va tomber ; mais tiemhU» ferme ^ Duterey !
— * Garde ton effiroi pour toi-*méme.
« — U ne faudrail pas tous y fier, M. Doieroy •
— Tous croyexy mon eher Ësenlape !
-r- Je le orou. On n'est pas friTole aniqaemeiit parce que l'on est femme ! el notre jeane amie a l'esprit sérieux.
— Je ne vendrais pas non plus être trop sérieuseï 'mes bons amis; mais^ enfin , je me -vois foreëe,
pour ma |)art, d'admettre entièrement ce que notre excellent docteur vient de poser comtne si* militude entre ees deux traits d'énergie, dont notre araphytrîon reconnaît si bien la différence. Il me semble même que cela jette une Tiye lumière sur la nature de l'homme. •-*- Vous Touliez parler , M. Dutercy !
-^ Je ne disais rien , mademoiselle !••• Je ne
▼onlais rien dire.
— Ne prenei pas garde , mon en&nt. Moa gail^ lard de beau-frère a de l'esprit comme un oatem* bonr. Voua parliez de la nature de l'bomme ; il ànra peut-être touIu tous objecter que jusqu'à présent on n'ayait parlé qne de deux femmes.
— En rérité , Léonard ! c'est fatigant. Tu me ferais passer pour un imbécile. —J'écoute, mademoiselle I j'éoo^te.
— Mais il en résulte, mes bous amis, une grave question. Si grave , que je m'effraie , moi , qui oc suis qu'une enfant , de la proposer à des convictions mûries et profondes.
— Voyons ! petite sœur Thérèset et dites-nous
la question grave. — C'est qa\ea eSet , Georges , notre brillante amie prend un air qui n'a rien de très^assnrant ponr toi ! ... La frayeur me gagne. — Auriefi-Tons donc , jolie raisonneuse , l'intention de foire trembler le monde ?
— Ce ne serait rien , madame Dntercy*
— Peste !... Quand je te le disais , Pauline f tenons-nous bien. — La maison est-elle assurée, beau-Frère ?
— Pour quatre-vingt mille francs.
. — J'aurais gagé qu'il me Tiendrait. — Mais décochez donc votre flèche , ma Thérèse.
— Vous le voulez y mes amis ?
— Tous I...
— £h bien , oui ! C'est, à s'y méprendre, le mouvement de Charlotte Corda y. Même révolte généreuse contre tout sentiment lâche ; même dévouement pour une cause sublime, celle de l'humanité. Je vois votre mère qui se précipite et qui s'abandonne à la mort ; l'analogie est partout. Pour avoir préservé la vie de quelques misérables , le coup de poignard qu'elle a frappé ne partait pas moins d'une volonté ferme. A. défaut de «ang , l'honneur coule. La baignoire de Marat est ^ur le banc des accusés.
— Qu'est-ce que tu dis de cela , George» ?
-^ Rien. L'assassinat n'est ici qu'un jeu de mots^ et tuer l'honneur me semble une bonne plaisanterie !.. . J'attends la question grave.
— Ml —
«- La Toici ! — Elle se rapporte au principe que posait notre ami Delaberge. — L'énergie de notre nature étant donnée comme inyariable , cette éneripe et cette nature seraient donc l'œuvre impérissable de Dieu , sa révélation et sa loi? Tout législateur qui ne se subordonnerait pas à cette donnée n'aboutirait qu'au mensonge ; et le mal sur terre ne serait alors, dans le sens le pins étendu, que le produit d'une forme sociale en révolte contre notre nature.
— C'est cela même, Thérèse^ mais vous avec singulièrement agrandi ma pensée.
— Ce n'est pas tout, messieurs !.. Que devrait faire l'homme pour réformer la législation du mensonge?
— Des révolutions^ mon amour f
— Des études sérieuses, mon enfant !
— Parbleu ! secourable docteur, son£Frez ici que jcTons arrête. Si vous imaginez convertir le monde à grands coups de plume..»
— Je voudrais bien savoir, mon aimable blessé, ce que vous avez obtenu par des coups de canon ?
— Attrape! — Je ne serais pas fâché, notre cher Ësculape, de vous voir étriller militairement le l>eau-frère. Le voilà monté sur son grand cheval de bataille ; préparez vos oreilles à des détonations dans tous les styles. Je vais sonner pour vous procurer du coton. — 11 s'imagine toujours , Lé<Hiard^ qu'il n'y a qu'à battre les œufs pour faire l'ome-
MJEHSONGE. T. 1. 19
kUe ; et moi, je sima d'^TM qu'on doU la laisser aei doror 6ur le fourneau. — Le» révolntioms !*.. je ne dis pas que da tempa en temps ceb n'ail pas son. charma ; et , peut-ètce mente , son utilité; comme celle de juillet, par exemple !... Elle noa& a rendu l'iasiitntion de la garda nationale» Quand, tous lea cinquante ans ^ on aurait une révolution qui durerait trois jours, passe encore !... Hais, à l'entendre , cet a Samé mangeur de l>alles de plomb, nous en ferions notre pain quotidien , depuis le jpMirde Tan jusqu'à la ^aint - SylTCstre. Une ration de plus dans les années bissextiles !... Il meaeoible, à moi, que l'on peut prendre putience. Le commerce Ta ; nous somnnes dm» oajç ère de progrèn; et, sous le régime de la charte, on doit tout aiteodre des lumières de nos représen,tants et de la philosophie. Enfin, Je ne me plains pas des affaires; et, très-TolontierS) je m'abonnerais à. passer ma ^ie dans une ea^istence comme pelle que liéonard et moi nous menons depuis ce matin« — De quoi ris-t«, Léonard?
— De ton sang-froid !... Pourqiiipi ne liMu pas la lettre de Montel ? je te réponds de l'indulgenoe générale.
— J'ai le temps.
— As-tu le temps de me laisser répondre ?
— Répondre , peut-être ! mais> réfuter , je t'e» défie !
— rTu sais bien, Georges, que j,e ne te réfuie
jdraais. — Mais pour revenir à )a question èe met jolie Thérèse ^ et pour tous répandre en Iraème tenops , Delaberge , tous avouerez peut-être ( il est bon de se rétrécir dans le cycle des événements contemporains) que le demi-sièole de crises au milieu dnqnel nous venons de passer. . .
— Détourner^ Léonard !
— De tourner f de passer!... Laissez-moi dire. — Que ce demi-sièole^ dis^e, a plus avancé la France qtfe les quatorze siècles de monarchie?
— En quoi?
— £n tout. Les peuples^ ceci est un fait, ne procèdent que par secousses, éîne quittent leurs vialUes siloqoenilles qu^en latubëanx. Pour les vêtir, nous ne devons pas compter sur la dépouille des goovernemetifs. Règle générale : — Quand les gouvernements ne dorment pas , ils mangent ; et quand ils ne mangent plus, ils dorment. Le premier imbécile en sait tout autant qu'eux; seulement, il n'a pas Tesprit de se le dire. Ah, pardieu, oui I je vous conseille, entre la veille et la sieste, de leur aller dire un petit mot de votre science a Toreille I... En les supposant dans un jour aimable, ils von& enverront à la maison des fous. Pour nous écouter, Belaberge, il est nécessaire que les gouvernemenfts tremblent. Il n'entendent rien à ce qu'on leur dit que du moment que l'on s'exprime à coups de pistolet. Dites- vous que les lamentations du Qirist sur la croix n'arrachèrent pas Tibère aux orgies de
Gaprée. Tibère ^ je le yeux bien , admottait Phèdre dans les petits appartem^its; même il admirait la fable du Loup et deV Agneau, trouvant d'une belk âme les vers où cet affranchi drapait les appétits du loup; mais tout en applaudissant à ce yerbiage, Tibère signait machinalement l'ordre qui devait le rendre héritier de la tôte et des biens de Séjan , sauf à jeter en pâture le décime du meurtre an fabuliste! Par bonheur, l'inondation des barbares noya Rome, et sauva l'univers !•• Si je laisse reposer l'analogie, ce n'est pas par prudence, entendesvous! c'est par respect pour votre bon sens. — Estce que l'on met un mors au génie du mal sans lai faire saigner la mâchoire?.. . Il ne faut pas non plus, docteur, que nos maximes d'humanité tournent en queue de madrigal. Oses fixer les yeox sur l'énigme que le monstre de l'industrialisme nous propose, et qu'il faut deviner sous peine d'être dévoré!... Que voyons-nous dans l'avenir qu'il nousprépare?... La féodalité de l'argent crénelée dans ses coffresforts de fonte , la mèche a la main , l'œil sur des ateliers enfilés par des canons ! ... Devons-nous accepter cela, Delaberge? Ces colères sans nom que le malaise agite au fond de leur fange et de leurs pressentiments, ont un écho dans ma poitrine. Je sens que je suis un homme d'action, et que je dois rallier mes amis. Déjà refoulé par nos révolutions précédentes , le mal tend à déployer de nouveau son ressort, et nous écrasera si quelque. main hardie
ne le brite. La science, c'est le cœnr; à moi, Sertonos!!! Plus tard> sans doute, ponr protester contre le mensonge , et revenir a Dieu , comme le veut Thérèse, il faudrait d'inouïs soulèTements, des crimes proportionnés à nos souffrances, des ravages è faire reculer les historiens d'épouvante ! et cela, faute d'avoir su prévoir et combattre à propos. La belle chose que l'histoire apprenant au monde que Von m'a rotié; mais que j'y ai mis toute la complaisance possible! Tenes, mon ami, saint Pierre n'était pas toujours un saint tranquille; et , si je le blâme, ce n'est pas d'avoir coupé le bout de l'oreille a Halchus , mais de ne pas avoir taillé plus largement dans l'étoffe. Périr parl'épée, quoi qu'en ait dît le maître, n'est déjà pas une si sotte mort ; surtout dès que l'on emporte la consolation d'avoir légué l'exemple de la perséyérance. Je parle du duel bien entendu , laissant l'assassinat à mes adversaires, comme cela leur est arrivé dans l'affaire de Tcvrrijos à Malaga. Mais je trouve que la résignation est une vertu de bûche. D'ailleurs on ment , personne ne se résigne ! et Paul Courier nous l'a dit : — Aucune vérité ne s'établit sans martyre, excepté celles d'Euclide.
— Oh ! l'enragé ! — Mais, mon bon ami, ne serait^epas deces vérités-la que ledocteur vous parle?
— £h, Raymond, que ne les montre- t-il?
— Convenez, mon amoureux, qu'il les cherche d'une tout aut^e manière que vous ?
i-t-îl, «éje me rais laitté dire que le ■ i stcu i c de Ifa it l i wi était nralté de la
cknte d'uam pomme. Sawca- uma ce que je fm?... Je « e c ooe le pommier.
— Etes-Tovt sûr qaeee «t le pommier de Newt«m, M. Léonaid?
— Ali y ak! mon amo ar e ws e, Toili «n joli mot. — - Sait le doetenr est-il devenu omet?
— Je TOUS laissais dire, Léonard. Le mot de notre cbère Thérèse, qu'il me semble qoe toos réfutes bien lestement en le traitant de joli, mérite, à mon avis, qne Fou y songe; et j'y songerai ! ... Si je résnme Totre doctrine, Léonard, Tons êtes pour le progrès à perte de Tue par le moyen de la eris^ c'est-à-dire, pour une sneeession indéfinie de mas^ sacres. Fonr toos, telle est la loi de la création, son dernier mot. L'hnmanité descend à l'enfer. De sorte qoe, dans Totre pensée, TOlre remède ne remédie à rien, parce qne tous n'imagines pas qae Ton puisse conclnre avec le mal. Oa encore, et cela reTient au même, si, dans l'éternelle fécondité de nos souffrances,' toos croyei à la bonne fortune des coups d'épée donnés à tort et a traTers , sauf trop regarder sur qUi et pourquoi cela tombe, c'est dans l'espoir que les Malchus ne tous manqueront jainaii, ni les oreilles. Enfin, tous nous loges à perpétuité dans le qui-Tire de la Tiolence.
— Mettons, Delaberge, qne ces épigrammes me
réranieiit !... Ne rorez-vons pas quelque chose ée pareil à cela dans le passé?
— Je songe à l'avenir.
— £h ! docteor^ il me semble obscvr cet ayenir -, ainsi qu'à nos pères. Je: ne le voéa qu'a la laeur des incendies. Mais je crois, sur le témoigiiage des siècles, et d'une croyance ferme, que, dans les énergiques embrassemeuis du corps social et de la liberté, il éclot de iempa en temps de nouveaux gwmes pour la terre.
— Léonard ( Léonard ! u^abusons pas, je vous prie, de la vigueur dm corps sockl; et ne tombes pas dans le cynisme de Dit^ène.
— Lequel, Rayitiond?
— Hominem planta,
— Gomment, comment dites-voas, M. Raymond? Ahl vous n'êtes pas aimable, de bannir les dames de la conversation. Je veux savoir ce que cela signifie !
— Je te l'expliquerai plus tard, tna femme. Ne y ois-tu pas que M. Delà berge a quelque chose à nous dire.
— Pourquoi ne pas expliquer à madame «[ue c'est le travail de Pénélope !
— Pénélope et Diogèuel... Ahl pour le coup, docteur, il me semble...
— U me semble , beau-frère , que tu nous priais toi-même de ne pas interrompre^ ...
— Dans tous les cas , Léonard , et sans* tourner
— MB —
au madrigal , je fais bon marché des doi^trînes qui font bon marché de la paix -, et , si je Yoalais TOUS réfuter sérieusement , je le ferais sans la moindre peine.
— Essayez, bon dootear, essayez i
— Mon. Dans le fond, mon brave républicain , la répuMique n'est que la petite monnaie de la monarchie. — Ne vous récriez pas ! Quelque dignité qu'il vous plaise d'accorder à cette bataille entre les deux rivales , le problème de Thérèse est mille fois plus large que le terrain où je les vois se colleter ensemble. ^ Mais ces cris , mais ces combats , mais ces souffrances ; je dirai plus , ces crimes effrayants qui se présentent dans notre civilisation ( dont le nom m*obsède , je ravdne y parce que l'on s'imagine répondre à tout dès qu'on le dit): ces malheurs, car ce sont des malheurs, Léonard ! me paraissent , ainsi qu'à vous , des avertissements qui ne doivent pas être perdus. Contre vous, et contre ce qui vous blesse, j'appellerai toujours l'intelligence , parce que je repousserai toujours la violence. Notre commisération ne doit rien emprunter à la barbarie. Suis-je éloigné de vous pour cela? non. Quelque chose nous rallie; nous sommes frères par la douleur et le but j nous cherchons le moyen. Je n'imiterai pas ces candides admirateurs du mal , plus gonflés qu'Ârchiroède quand il se fut dit : — « Je l'ai trouvé ! » qui se reposent de tout sur la guillotine^ qui broient de
— Mêla périphrase en l'honneur de l'exécuteur des hautes-œuvres , devant le malheureux que rongent le désespoir et la faim ; qui nous proposent lestement l'altematiye entre leur société ou la mort y ce qui ne fait aimer ni l'une ni l'autre ; qui traitent de charlatans ceux qui demandent quelque chose de plus suhstantiel que la drogue fanée de leur morale; qui ne spéculent jamais sur la grande et belle morale du bien-être , sans doute paipce que cette idée est plus riche que leur imagination ; qui font du dandysme de sévérité pour affecter de ne pas avoir peur que l'on soit sévère y qui n'hésitent jamais ^ je ne dis pas seulement à lancer la première pierre^ mais à conseiller le dernier coup de couteau ; qui n'apportent enfin que du vent et de la tempête dans ce gouffre du besoin où le crime est en serre chaude !... Mon, Léonard ! je ne les imiterai point. C'est de la jactance du néant ; c'est — dans une question sociale et religieuse où les destinées du corps et de Fânie sont indivisibles; — prendre des airs de Bon Juan pour devenir conseilIer-d'État. — Je conçois vos colères, mon ami, et je les conçois comme l'expression agrandie, sublime peut-être dans son égarement, des passions invincibles, des douleurs violentes , des rages sourdes et inexorables de l'humanité qui demande à respirer un air pur. Je vous l'accorde; l'humanité me semble viciée., avilie. Quand l'àrae se déprave dans un corps in-
d%ent y le tocsin sonne au fond de la cohscietice. Agité par les tempêtes , le monde n'a pins d'antre rosée qne celle de ses larmes. La gnerre sons mille formes a u-delvors et à l'iatérienr, TisoleiHent et le mensonge partout , le crime et le suicide , sont les sympiônes d*un mal d'entraiHes dont on ne bâillonnera pas les cris sur nos lèvres avec de l'acier. Prodamons^le donc au nom de t'histoire; car l'histoire met en lumière tous les besoins , tous les élans , tous les ressorts de l'immianité ; ces ressorts , ces élans , ces besoins , les législateurs ne peuvent les détruire qoe par le fer et le fea, comme on fléau qui lutte contre un antre fléaa; procédé d'extermination qui n'est que trop compris et qui n'est que trop imité ! — Mais pourquoi la seience, en sHnterrogeant sur le secret d'utiliser ces énergies , n'essaie-t*elle pas devant les philosophes , les bourreaux et les moralistes y la réhabilitation de rhomrae et la justification de Bien ?... Je suis las de voir que la question ne se pos^ qu'entre la violence et la violence^ entre les législations d'hier et les bouleversements d'aujourd'hui, entre le meurtrier que la loi menace et le meurtrier que la loi paie !... Je veux une issue... £t je la suppose !... S'il n'eût hardiment embrassé sa chimère 9 Christophe Colomb n'aurait jamais enfanté l'Amérique. Un autre monde est possible. Dans celui-ci la misère aiguise toujours ses couteaux ; les révoltés unissent leurs mains dans
r^mbte'y tes. arcrtisfienients , les oriâ et les mall|ÇMr9€O0tiaiii9ni. Chaque jour, au milieu de notre sot^té. briilauie et yoluptuAose, qui taurne dans au cercle de plaisirs ; qui , deux fois par an , jette- Uil repas à la meodioUé par les fenêtres du bal, qui£rappe, se' yen (^, et £aii ueUofer la rue par des gagistes ea se rendant à l'Opéra ; qui se sent heureuse de virre dans son aJtmosphère de luxe et de.pasiùons ardentes , mais polies ; chaque jour, au milieu d'elle., un insouciant tombe frappé. Le législateur se lève et rend coup pour coup ; puis , tout est dit. Non., tout n'est pas dit, puisque l'on recommence!.*. £n ce moment, sayez-vous pour qui le couteau, s'aiguise, et la double lacune qui ya se consommer dans le monde ?... Car la force est uDk élément mobile et qui ya de l'un à l'autre ; car la misère a pkis de. légions et de bourreaux que la politique et la morale 1... Je ne yeux pas être de cette guerre d'ayeugles et de sourds!... J'écoute; jeuegacde!... £t c^ hommes ei&ayants, que je yrâ chaque jous apposter leur tête à couper sur le billot de la Grève , sans qa'on se lasse , mais sans qtt'ib se lassent, je crois toujours les entendre , à L'ingdtation de Mutins Soœyola , lorsqu'il plongeait scm poing dans les flammes du brasier , dire en souriant : — «C'est juste! je n'ai pas su m'y pren- « dre; mais d'autres conjurés me suivent , et tons « m'imÂterontjusqu'au dernier !... Rome ne capi-. jictulerapas!!! »
-—Vivat! Delaberge... Allez, mon cher ami, TOUS êtes ainsi rérolationnaire qae moi-même!..
— Oui, Léonard ! mais je suis un révolationnaire sans épée.
~ Âh, bon docteur ! Achevez votre ouvrage.
Dépêchez-vons de convertir mon éeervelé de frère. Vons nous rendrez un second service, et ce ne sera pas le moins précieux.
— Quant à vous, Léonard, a quoi tenait-il, dites-moi, que vons fussiez plutôt royaliste que républicain? .
— k qnoi, Delaberge?... L'ignorez-vous donc, mon ami? — Sachez^le ; car cette profession de foi bondit depuis une heure a mes lèvres!... — A quoi?... — Regardez le portrait de mon père !.... Voyez un peu cette dragonne détachée de la garde de son épéel. .. Je l'ai portée, rouillée telle qu'elle est, rouillée de son sang ! partout où j'ai pu combattre les alliés , les amis et les complices de ses assassins. — Savez-vous bien que, lorsqu'on 1815 Napoléon perdit le magnifique enjeu des Cent- Jours dans les éclairs des décharges du Mont-Saint-Jean, mon père, jeune d'âme encore^ quoique vétéran de la république , avait offert à la France ( à la France seule, entendez-vous?) la bravoure d'un montagnard qui s'était éloigné des faveurs de l'empire, mais qui se rattachait à l'infortune?... Je ne vous répéterai pas , Delaberge , ce que l'on a dit contre Augereau. Assez d'autres cherchent une tra-
— Ma —
hison où rbomme n'a mis qu'une faute -, une faute, où sa faiblesse a laissé tomber un grand malheur. Quoi qu'il en soit, les partisans qui, de tous côtés, accouraient offrir le rempart de leurs poitrines à l'ennemi, ne reçurent pas d'organisation^ La bonne Tolonté des corps-francs resta paralysée. Des milliers de braves virent éclater la catastrophe sansr pouvoir témoigner de leur zèle autrement que par leur désespoir. Après une mâle résistance , éternel honneur des patriotes de Flsère, la ville de Grenoble, démantelée et ruinée, exténuée de munitions et de défenseurs, fut réduite à se rendre. Lorsque la triste garnison d'enfants invalides et de volontaires de soixante ans descendit avec les honneurs de la guerre par la brèche ouverte à coups de canon, un détachement de réfugiés sardes se vit enveloppé et désarmé. La foi des traités, les réclamations unanimes, on méprisa tout. Pour seule excuse^ on répondit qu'ils n'étaient pas Français. Mon père , Belaberge , commandait à ces braves ; mais il était Français, et, pour lui, par conséquent, la capitulation n'offrait aucun doute. On voulut arracher au moins cette victime au machiavélisme sanguinaire de ces prétendus libérateurs des peuples, qui ne savaient pas même honorer le patriotisme, et donner tort au courage en en triomphant av^ dignité. Augereau, dans cette occasion, déploya la verve de jeunesse et de vigueur qu'il aurait dû retrouver pendant 2a guerre pour qu'on
ne lai rappelât pas comme un affront les lauriers républicains de CaatigUone. Un sursis obtenu soa* tenait mon espoir. Je m'agitais , je courais partout; je croyais tenir la ^ie de mon père entre mes mains. Je la tenais i je la tenais, Delabei^e. Je me Tois encore dans la cour de rhôtel-de^TÎUe, tandis que Ton transcrivait précipitamment l'ordre transmis au préfet par le télégraphe !... Eecevoir l'ordre, enfoneer mes éperons dans le ventre du cheval, et disparaître, ce nefotqu'unepensée. Lorsque je metrouvai dans le camp du général Frimont, le sursis durait encore !... mats on venait de fusiller mon père!!!... — C'est un crime, n'est-ce pas? — Ma mère et moi, nous demandâmes justice au pied du trône! justice au nom du droit des gens violé! justice au nom de la France! au nom de tout ce qu'il y a de grand, de légitime et de vrai sur la terre ! .... On nous promit j ustice. On nous devait une réparation solennelle. Six ans entiers, j'espérai l'obtenir des autorités françaises, me fiant à la parole donnée, continuant mes études a Mets , et sur le chemin des honneurs si j'avais voulu vendre le sang de mon père à des insinuations d'avancement. Je demeurai fidèle à sa mémoire, et vous n'en serez pas surpris. Enfin, un jour, le ministre me déclara que ce malheur était sans remède ; que la guerre entraînait de ces méprises (ils appelaient cette infamie une méprise, mon Dieu !) ; et que Fou ne pouvait rien pour moi. — Qu'avais-je à répon-
dre?... Je laàçai mes ëpaulettes de lieutenant anx piedadn ministre^ et me voilà ! — Me dematiderez- ▼ous pourquoi je tais républicain, Delaberge ?
— £t si ces gens^là vous avaient rendu justice , mon bon ami ?
— Justice on non^ morbleu! par éducation et par raison , je serais encore ce que je resterai par sentiment. — Tenez , docteur^ vous comprendrez peut-être que cela m'échauffe. Ne discutons pas 1àdessns , je vous prie.
— Mais il me semble, mon frère, que sans aller jusqu'au sacrifice de tes opinions, tu pourrais accorder quelque chose à la vérité. Tu n'es pas le seul ici qui sente vivement; et cette vivacité qui vient du cœur, nous savons tous, tu sais mieux que nous qu'elle n'est pas étrangère à M. Delaberge. Pourquoi donc ne l'avouerais-tu pas ? Le malheur que nous pleurerons toujours n'a fait qu'exaspérer les principes qui furent les tiens dès le berceau. Ni l'éducation ni la raison ne justifieraient ta violence. Si la politique ne s'était fatalement obstinée dans ses lâches dénis de réparation; si l'on eût destitué, comme on te l'avait promis ^ l'officier piémontais qui prit la responisabiHté de ce crime, dans la seule pensée (le nialheareux!)d'obtenir un plusrapideavaticement, crois-tu , Léonard , que ma mère eût vainement baigné tes mains de ses pleurs pour t'empécher de te compromettre dans toutes les conspira.
lions ?.... Sans cesse tu lui fermai» la bouche par un floUTenir et par un cri ibnestes. Elle n'osait sacrifier la mémoire de mon père ^ et se désolait de Toir son enfant chéri courir au-devant d'un nouYeau sacrifice. La supposition de M. Delaberge ,' en t'arrachant cette excuse , trop légitime , hélas ! t'apprenait au moins que le meurtre des fossés de Grenoble nous réduisait seul au silence» Tu n'as que trop tourné ce malheur contre nous. Tu serais inexcusable devant ta sœur de ne pas l'avouer. — Oh ! monsieur Delaberge^ j'ignore jusqu'à quel point Léonard a pu se venger, et si la vengeance , après tout, met un baume sur les plaies du cœur! Mais que de foi» j'ai senti couler sur mes cheveux des larmes ignorées de Léonard , et qu'il est peutêtre temps de lui dire, pour qu'il ne fasse paséproover à ses amis , par des emportements et des projets insensés , les angoisses dont sou£Frit notre pauvre mère. . . .
— Delaberge , dois-je en croire ma sœur? Donnez-moi votre main , mon ami. Aurais-je été trop vif dans mes paroles?
— Allons donc , Léonard ! n'allez pas vous imaginer cela , mon ami. La raison et la sensibilité^ dans cette occasion , se trouvaient en lutte , il est vrai f mais votre charmante sœur les concilie dans sa belle âme. Entre nos deux élans, si le mien était juste, il n'était que juste; le vôtre était honnête et passionné. Plus d'une fois, ^ sans
doote, il nous arrivera de nous croire en hostilité sérieuse ; erreur si naturelle dès que l'on discute! Mais l'attraction de l'estime peut-elle cesser d'agir sur nos tentraioements les plus divers ? Nous nous rencontrerons toujours dans cette loi. Vous voyez, mon bon ami^ que je secoue déjà le pommier de Newton.
— Et de bon cœur , n*est-ce pas ?. . . Mais , si je ne me trompe, c'est à. la manière de Thérèse, mon cher Delaberge.
— Ah, mon amoureux, prenez garde! C'est une concession que vous nous faites.
— Pardieu ! madame Raymond , expliquez-moi ceci , je vous prie ! Sauf Georges , qui^s'est plongé comme un sournois dans la lecture de son Montel, et qui , fort heureusement , ne compte en aucune façon parmi nous , chacun ici semble s'être donné le mot contre moi pour le docteur. Raymond !... je le conçois , puisque noù^ sommes de vieux adversaires ; mais ma sœur me gronde et Thérèse m'est infidèle! Vous-même, vous, madame , sur qui je comptais , vous l'approuvez du sourire et du geste... Ma bravoure ne peut tenir devant cette coalition ! Porterait-il un
charme?... Je commence à craindre sérieusement qu'il ne me faille poser des sentinelles autour de moi-même, pour m'empêcher de déserter à l'ennemi .
— Désertez ! lieutenant ; car vos maximes intimident votre sœur.
— Chère Pauline ! tu me pardonneras encore, n'est-ce pas ?
— Non^ monsieur .
— Gage que si ! . .
— Je parie^ moi, que vous ne devinez pas ce que m'apprend Montel !
—Va le promener avec ton Montel, et laisse-nous tranquille. — Montel ! et rien que Montel !.. . C'est une maladie qu'il a, ma parole d'honneur.
— Il parait que le gouyernement vient de déconcerter une nouvelle conspiration.
— Une nouvelle conspiration ! . . . N'est *ce pas un conte de la police ?... Montel doit te nommer quelques individus. Vois donc^ Georges ! . . . Donne vite, ou lis-nous sa lettre.
•—Ah, ah! je t'y guettais, «Léonard. Si Montel est ma maladie, les conspirations sont la tienne. Au désespoir de te désobliger, mon garçon; le gouvernement est bien tranquille^ Montel nié mande seulement qu'il a terminé les affaires delà succession de son parrain. En conséquence^ il se propose de se rendre à Saint-Maurice, et d'acheter une maison de campagne dans nos environs* Voilà tout.
— Battu par Georges ! . . . C'est le coup de pied de l'âne. — Quel jour Montel sera-t-il des nôtres ?
— Mardi prochain.
— J'en suis fort aise. — Mais, pour ne pas perdre de vue ce que disait Delaberge , de se rencontrer
dans la niéme loi par l'attraotioii de restitue, je ramènerai sur le tapis deux petits niotsdeGeorgfes, oubliés d^à, bien qu'il se fôt proposé d'y donner suite. — 11 s'agissait, mes bons amis^ dans l'intérêt de la conTaleseence de madame Raymond et de la mienne, de risquer une petite caravane de quinze jourSy plus ou moins. Nous visiterions les alentours de la Grande*Ghartreuse. J'ai tracé Titinéraire du ▼oyage ; Georges a mis ordre à quelques affaires^ et je me brouille avec celui d'entre vous qui me refuse. D'ailleurs, il existe an milieu de ces-montagnes un petit mystère dont je me réserve le mot, pour l'édification de Dutercy, que je compte mettre en tutelle et sous la férule de mon amoureuse. Mais jusqu^a ce moment, langue cousue I II faut nous décider à tout ceci, de fougue et d'improvisation. Le temps que l'on donne au calcul, met le plaisir en état de faillite. Partons demain!...
— '£st-ce que tu me consultes, Raymond! ai-je d'autres desseins que les tiens, mon ami ?
— Eh, ma chère Agathe, notre Thérèse en pétille d'envie!... Mais toi, je te crois bien faible encore...
— Mon cher oncle, Etienne peut fixer le jour et l'heure.
— £h bien! dimancbe seulement, mes bons amis. — Pardon , Léonard ! mais le coup d'œil de votre sœur exprime un reste de sollicitude pour votre convalescence. Je me résigne à vos ressenti-
ments! G'est encore la raison que je consulte.
— De mieux eu mieux. Parbleu! je fournirai cette noie à M. Rlyalier pour compléter la série de vos méfaits, Delaberge.— -Non-seulement il n'a pas de diplôme; roab il n'a pas même de pitié^ ce docteur ! — Dimanche doue; mais pas plus tard, surtout! — Pourquoi cette mine soucieuse, mou cher Dutercy ? Est-ce que cet ajournement te contratrie? Serais-tu d'avis de partir, comme tu le Youlais d'abord, demain matin ?
— Non pas précisément! — Dites-moi!... Si nous différions jusqu'à mardi, nous aurions Modtel!...
— Ah, ah! je t'y guettais à mon tour! Manche à manche! — Mais que le docteur se garde bien de sous-amender' son premier retard. Il dérangerait mon calcul et je me révolterais. G'est bien le moins que je me venge sur Montel. — Allons prendre le café.
£a Curanant*
Exuninet qu^en Tabsence des lois i il y a une lot •aprdme qui se fait naturellement écouter et comprendre. Pourquoi ce ton affectueux , ces égards délicats , cet empressement général dans les plaisirs de la bonne compagnie? le ton seul dirige ce brillant péle-méle , sans criminaliste ni moraliste. Sauf les récalcitrants, bafoués i grand orchestre et ramenés an saToir-TiTre , tout ce que Ton fait d^emblée se fait bien. L^activité du plaisir, bien étudiée, donnerait le secret d^une organisation pour le travail.