‹ MensongeChapitre 7 sur 13 · MO · texte numérisé non relu

MO

antre elle porte son aiguille à ses lèvres et parcourt une lettre déployée sur ses genoux. Un profond silence règne dans toute la maison; il indique la cessation absolue des travaux; il permet de saisir par bouffées les joies et les cris d'une bande d'enfants qui s'amuse dans la rue, sans doute à la petite guerre des boules de neige. Mfiria n'est pas la seule qui se soit vue contrainte de congédier ses ouvrières. Plus de chants réglés par le rfaythme des marteaux : métiers et voix se taisent. Les cabarets de la ville doivent être changés en clubs. L'ordre qui règne dans cette mansarde lui donne quelque chose d'un désert. Pour les hôtes du faubourg Saint-Irénée, si bruyant d'habitude, cet ordre et ce calme, ces explosions de jeunes rîres surtout^ forcent à des rapprochements sinistres et resserrent les âmes. Si Pinsoneieuse enfance n'a guère de pressentiments, em reva\|iche les familles lyonnaises sont sor le qui-Vive d'une crise commerciale.

Pour le moment, Mari« semble absorbée par sa lettre.

— Au fond, M. Etienne, je me fais bien qnel* que reproche, voyei-vous !

■ — Vraiment, Maria ?

-^ Oui !... Saulnier a bon oœur; il aimait mon petit Charles, qui le lui rendait. Ni Saulnier, ni moi, nous n'étions riches, à la vérité I et la dureltf des temps foroe à réfléchir. J'ai dû me raisonna.

n ne suflBt pas d'avoir des bras et du courage quand le travail manque... N'importe ! je suis an désespoir que Saulnier se soit jeté dans le service. Si j'aVais pu le prévoir ! . . . .

— Tu ne Taurds pas désespéré, mon enfant?

— Je vous eh faisjtige!..*. Avec sa tète faible, la vie dé caïierne le perdràé Que devenir dans les casernes, à moins que Ton n'y prenne tout à fait le goût de k paresse?... Il y avait de l'étoffe dans Pierre Saulnier ! . . .

Maria laisse' écbapper un soupir et se remet silencieusement à coudre. Etienne se plonge un moment dans ses rêveries.

— Mais, Maria, dit-il enfin, il ne te reste donc plus rien dans le cœur de tes premières inclinations ?

— Pas Tombre !.. Ab ! si fait; un reste de cbagrin, et, cela, parce que Georges ne m'a pas loyalement quittée. Puisqu'aussl bien Georges avait une victoire à remporter contre mon attacbeinent, il devait sortir de ce duel avec bonneur. Peines pour peines, bili guérit encore mieux de oelles que la loyauté nous a faites. Par un peu de Verve et de francbise, il aurait conservé des droits à mon estime. L'infidélité, c'est involontaire; mais le mensonge est lourd sur notre cœur et laisse un tenio dans la plaie. U y a quelque cbose de plus durable que l'amour et (|u'il faut garder après l'amour : c'est l'amitié.

-. El puis, M.Eliaiiie. â les idées de maria^, quand on s'en frelate Fesiirh, dëehaiiient les]^ tentioiis jaloosesy je crois qn'il n'y a rie» pour rsniener à l'indolgence enTers le infidèles comme de se sentir soi-même occnpée d*iin autre.

/ Ainsi donc, tn sefais amounnue de Pierre

Saninîer?

-^ Hom!... ça n'est pas encore bien dair; mais <m dirait ifoe cda vent Tenir. I parait qne cela me vient par la pitié. PauTre garçon, s^étre fait soldat!.. ..Croiriea-Toosqu'iln'ya pas deax mois qu'il s'est £iit prendre dans une émeute?

— Cda t'étonne ?

— Dam!... et tous?...

— Lorsqoe Ton manque de pain. Maria, je ne Tois qu'un moyen pour échapper à la tentation de la révolte, c'est de se faire admettre à la table de ceux qui la compriment.

— Belle alternative !

— ^Je te parle de la meilleure. Il y a le vol, ou k suicide. Le jour approche. Maria, où le luxe dei enrôlements fera voira nu la misère sociale. Taxer le travailleur pour entretenir le soldat, c'est le dernier mot de la science des gouvernements; ils vivent sur cette routine, et la plaie s'élargit entre leurs mains. L'équilibre tend à se rompre. Quand l'atelier se setsk noyé dans les casernes, le péril des révolutions se résumant alors sous les

drapeaux, il faudra bien reverser au plus rite les cadresde l'armée dans ceux de Findustrie.

— Faisons des yœnx, M. Etienne, pour que la chose arrive plus tôt que plus tard. '

— Faisons des vœux, Maria !...

Un bruit de pas et de voix se fit entendre par le vide de Tescalier.

— C'est mon gamin ! dit Maria.

— Je ne le crois pas seul , ajouta Delaberge* Us écoutèrent. Maria déposait lentement son

ouvrage,

Etienne avait raison.

— Tiens, farceur ! dit une voix joviale , voilà de quoi t'acheter un polichinelle de pain d'épice aussi grand que toi. Merci de ton escorte, mon brave ! Va rejoindre tes petits camarades.

Maria s était levée comme une folle.

— C'est lui ! s'écria-t-elle avec une singulière véhémence. Etienne, je ne veux pas le voir; je ne le pourrais pas. Que vient-il faire ? que me veut-il?. • . Faites, au nom du ciel^ que je ne le voiepas !.••

Et sans que Delaberge, préoccupé pour le moment de Saulnier, pût se donner le mot de cette terreur panique, la jeune femme, éperdue, se précipita vers sa petite chambre et s'y barricada.

On soulevait le loquet de la porte. Un homme entra, tenant une bougie qui l'éclairait en plein. Delaberge ne put retenir une exclamation de frayeur.

C'élaîtDtitercy!...

Lès yeux de Patercy petiUâient de malice. Il «'assura que Delaberge se tronyait seul, et fit coup sur coup des éclats de rire démesures. Le jeune médecin courut à lui.

— Pardieu ! s'écria Georges avec un étalage de gaieté bouffonne qui coupa la parole à Delaberge malgré tous les efforts de celui-ci; pardieu, voilà Montel justifié de^^es coups de langue; et, ma foi, pour trancher du flegmatique, il paraît, mon cher Esculape, que nous n'en faisons pas moins des nôtres ! Bien , bien ; très-bien f Ah çà, vous ne m'en Voudrez pas, j'imagine. Le génie de l'indiscrétion m'a talonné, j'en fais l'aveu. Je m'inquiétais de ce nouveau silence et de la reprise de vos bouderies. Tout s'explique. Puisque votre philosophie donne dans la grisetle, c'est à merveille. D'ailleurs, si la mère vaut lepetit drôle, je vous en fais mon compliment. Est-ce un Delaberge?.. En ferons-nous un médecin?.... Ah! le sournois qui triche de cette façon ses honnêtes amours de Saint- Maurice ! . . . Au fait, c'est le moins que l'on prenne 'ses aises lorsque l'on est comme vous l'avocat de la liberté des femmes. Elles vous doivent des encouragements et des honoraires. Oh oh! vous ne donnez pas, à ce qu'il paraît, que dans la théorie !... Vous aimez le grand complet.

n voulut se diriger vers la chaise de Maria pour s'asseoir, et souffla son rat-de-cave. Mais Dela^

berge, qmi le secouait avec rage par tes revers de son habit, rempécba de s'asseoir.

— Silence! pour Dieu, silence! lui dit- il d'une Toix sourde et colère.

Il partageait ses craintes entre le malencontreux ricaneur et la petite porte vitrée derrière laquelle Tenait de se réfugier Maria.

Georges sonda Tobscurité pour suiyre le regard d'Etienne; puis il baissa le ton, mais en gardant son même air goguenard.

— Est-ce qu'elle serait là ?.. Diable! l'occasion est admirable , et vous me ferei voir la belle !... Ou bien, seriez-Tous assez monstre pour lui donnei* à ^n tour des rivales?..*. Ce Montel est impayable pour avoir le nez fin , ma parole d'honneur !

Delaberge pétrifia Georges par une secousse.

— Vous êtes chez Maria , lui cria-t-il,

La jactance du ricaneur l'abandonna, sur-lechamp. Sa figure deyint verte. D'un pas rétrograde etfortif, Dutercy voulût chercher la serrure en se rabattant vers la porte d^ l'escalier, comme pour se mettre en mesure de s'esquiver au plus vite. Ses yeux ne se détachaient pas de Tom* bre, de même que s'il avait eu pepr de déchaîner on tigre en se détournant.

Delaberge l'iM^rèta d'un geste , mit précipitamiiie4t une cravate et saisit ui| ohApeau*

— Sortons! lui. dit-il.

Georges ne se le fit pas répéter. On descendit

resoalier quatre à quatre çt sans lumière. Le rieur , ' qui ne riait plus , pensa trébucher Tingt fois à travers les marches , ne sachant trop ce qu'il de- Tenait. Sur la porte de Fallée , il voulut reprendre du courage ; mais il esquiva le groupe d'enfants avec un redoublement de frayeur.

Jusqu'à ce que l'on eût gagné le cabriolet, Georges se fit comme un rempart avec la personne du jeune médecin .

Le jockey dut prendre place en arrière. Etienne se saisit des guides.

— Où voulez-vous aller ? demanda - t-il à Georges.

— Où je veux aller ? répondit celui-ci.

— Oui.

— C'est juste î... Ma foi , je ne sais plus où j'ai l'esprit ! ... A l'hôtel , quai des Célestins ! . . .

Le cheval partit comme un éclair.

Lorsqu'on eut atteint le bas de la montée du petit Choulans, Georges, qui suait à grosses gouttes, s'essuya le front.

— Quel guêpier ! s'écria-t-il enfin. Ah çà ! ditesmoi , Delaberge , notre Léonard se douterait-il de quelque chose?.... Toutes les fois que l'on parlait de vous , il tranchait du mystérieux.

— S'il a tranché du mystérieux , c'était seulement pour me complaire , et parce que je ne voulais voir personne. Soyez tranquille! Léonard ignore tout.

— Allons , tant mieux. Quand je dis tant mieux , c'est dans le sens qui me concerne , et non pour entrer dans Totre idée de ne voir personne , car il faut toujours venir nous voir. Si tous avez des proscrits, Delaberge, exceptez*nous de la liste. Ma femme et moi , nous savions vos rapports journaliers avec Léonard , et ces mystères nous intriguaient. Pour les renseignements , Monte! est le plus furet de tous les hommes. Cependant , avec toute son adresse , il me plongeait à son insudans la gueule du loup* Je ne m'en cache pas, j'ai eu peur. Motus près de Montel ! vous me ferez plaisir.

— Votre ami ne connaît donc pas Maria ?

— Il voudrait bien la connaître. Dans le temps, il a tourné tout autour de mon secret, sous prétexte de me rendre service, mais je ne m'en souciais pas. Rival pour rival, voyez-vous, M. Delaberge, et dans l'intérêt de ma tranquillité domestique, j'ai devers moi contre Montel certaines olijections que je suis fort éloigné de me poser Hïoatre vous.

— Ne me regardez pas, M. Dutercy, comme votre rival auprès de Maria.

— Dans ce sens qu'elle est absolument libre , n'est-ce pas ?... Vous avez raison , je me servais d'un mot pour un autre ! mais ça se comprend ; et vous n'avez peut-être pas l'intention , notre cher Escttlape , de me faire croire qu'un homme de votre âge , chez une femme jeune et jolie , que vous

— Sâ8 —

ares sauTëe, qui tous héberge. . . . Après tout» cène sont plus nies affaires. Changeons d'entretien • De* ▼inet un peu la pers<mne qui tous attend cbes moi?

— Madame Raymond , peut-être ?

' — Non , séducteur !••• Mais prenez doao garde! c'est toute une révélation que tous me &itea« Ainsi TOUS boudez le tiers et le quart , et tous n'êtes plus en relation aTec S^-Maurice !••• Décidément , Yonar doTenez misanthrope et libertin.

:— Si ee n^st pas madame Raymoiid , je ne devine pas.

— C'est l'abbé de Val d'Armonne!... Le cher abbé passe à Lyon , et ne doit pas s'arrêter pins doTingt-quatre heures. Pour tous enleTer de Tive force J'ai mieux aimé compter sur moi que dejn'en rapporter à Léonard. Voyons I croyez-Tous que je sois sans aToir pénétré la raison de TOtre misanthropie ?... Tenez, tous tous laissez trop aller â des accès d'humeur , M . Delaberge ! De tous à moi, si Pauline est parfois trop amère dans ses roptût^ ties, quelque importance que TOtre susceptibilité Teuille bien attacher aux paroles que les femmes se permettent à tort et à traTors , un bruTO ne doit jamais s'exagérer la portée de leurs épigrammes. Pas plus que les autres , Pauline n'a deux idées de suite. Elle tous Terra , je tous le promets, aTec infiniment de plaisir.

. DéliTré de son alerte , Georges s'abandonne i

rinUwipëraiioe de son babil.Toute la Terye duTin de Champagne pétille dans le bouquet de sa parole, U y a du Don Juan dans sa manière de parler de sa poltronnerie chez Maria. Un fait de vanité surtout le préoccupe. A la modestie du ton qu'il affecte en parlant de son hôtel , Delaberge deyine que le bon bourgeois ne date son instal* lalion que de ce jour , qu'il a réuni des amis , et qu'il se propose de faire admirer tout son faste. On arrive sur le quai des Célestins.

Il y a soirée chezDutercj. Des voitures stationnent à la porte de son hôtel. Des chevaux piaffent dans la fumée. Des lampions brillent sur les amon* cellements de neige , moins dans l'intérêt de la valetaille, créée pour se geler et se morfondre , que pour les piétons mis à même de passer en re* vue la richesse des livrées et le faste des armoi* ries. Un brouillard d'haleines s'échappe au-dessus des groupes de laquais curieux et réunis devant des brasiers. Aux croisées du salon , resplendis* sanles de lumières , des ombres passent et sa oroi*' sent sur la frange des draperies. Toute Taristo^ cratie lyonnaise est là. Le cabriolet gronde avec fracas sous la porte cochère. Dutercy se précipite; il fait avec empressement les honneurs à Delaberge. D'un large et chaud vestibule , clos par de doubles portes vitrées qui s'ouvrent et retombent sans bruit, tous deux atteignent les marches d'un esealier garni eomraa une serre de m double

rampe de beaux arbustes; grenadiers à flean ëcarlates , lauriers -roses qui jettent leur senteur, grands orangers couverts de fruits que la main Toudrait cueillir , aloès dont les amateurs de fables sur rbistoire naturelle tous diront que Téclosion se fait avec le bruit d'un coup de pistolet. Du sein de cette floraison d'été , des statues se dres* sent par intervalles en souriant à des réchauds de lumières. Au-dessus de la colonnade qui forme l'encadrement de l'escalier , des sirènes dont le corps se termine en écailles de poisson, des satyres élancés sur leurs pieds de bouc, s'entremêlent et supportent des plafonds bariolés de peintures. Dans le cadre du milieu , le Génie du commerce, figuré comme de raison par le dieu des voleurs , soulève du bout de son caducée pour en faire part à l'Europe , guerrière accoudée sur la gueule d'un canon , le voile d'une jeune femme éperdue de frayeur , ornée de plumes à la manière des Péruviennes , et qui pourrait bien représenter l'Amérique. L'insulte indignerait ChrÏBtopbe Colomb ; les négociants vantent cette allégorie. Entre deux exclamations , Dutercy détaille le coût de chaque objet. Il exagère sans doute ; mais seulement en regard du prix de facture. Od doit sous«entendre l'escompte.

Après avoir admiré ce vestige d'architecture , qui, par l'isolement de son faste, remet tout à la fois en mémoire les ininirations de Louis XIV et

les démolitions da marteau rëpublîoain , on entre dans une file d'appartements dont Taspeot glace l'imagination par les efforts que Ton a faits pour disdmuler le contraste. Le luxe des salons de Ihi" tercy est d'une recherche singulière ; mais le voisinage de cette ruine grandiose dénoncerait seul aux yeux les moins exercés lexpropriation violente de l'ancien régime , et la greffe de la vanité commerciale sur la splendeur des temps historiques. Deux siècles se touchent sans se souder ; et l'anachronisme blesse. Le plus jeune de ces deux siècles , en se ménageant une transition , veut ab* solument rivaliser avec l'autre. Il n'en résulte tout au plus qu'une ironie. On cherche un mot à cette restauration mise en contact avec toute une clincaillerie d'ornements, dont le style n'est conforme à nos mœurs bourgeoises que par le mépris de toutes les proportions. On est tenté de se dire que le dix-neuvième siècle , en respectant le noble vestibule , a voulu mettre les héritiers de soixante rois à même de faire antichambre à la porte des véritables maîtres de la société moderne. Le reste de l'édifice offre à peine la menue monnaie de l'escalier. Vassal industriel, l'artiste a fléchi sous le joug de notre époque. C'est encore de la monarchie , si vous le voulez ; mais de la monarchie sur l'échelle du gouvernement représentatif. Les cariatides ont une coudée , les plafonds portent des tableaux de chevalet; on se courbe pour attein-

év9 leê fleora* L'arc de trioiiiplie eat plaque sot «ne bonbonnière*

ReaplendissanU du feu des bou^pes et de la mnltiiude des i^ces , qui se renvoient des gerbes de lumières, trois salons s'aperçoivent dans un coup d'œil ; l'an, où les joueurs se pressent à des tables d'écarté qu'enTÎronneat des curieux; le second , où déjà tourbillonnent les parures et le tumulte de la danse; et le salon de réception où Pauline préside* Dans ce péle-méle de notabilités eiviles et militaires, en fracs, en uniformes, parées de croix , bariolées de décorations, à travers ce mobile éorin de soieries et de dentelles, et les étalages d'ameublements frÎToles, cheCsMi'œuyre de Vervelles, et les ricbes tentures disposées a^yeo la coquetterie des dessins de Chenavard, Etienne a sur-le*oharop discerné madame Dutercy. Georges, cependant, ne sait à qui répondre; à droite, à gauohe, on Tassiége de civilités et de questions ; il s'excuse de laisser Delaberge libre, et la foule les sépare. Contre l'angle d'une cheminée de macbre blanc qui sert de piédestal au bronse d'un Spartaous, dont les formes efieminées et nourries font pressentir que l'imprudent gladiateur pourra bi«i regretter l'ancien régime après avoir brisé son esclavage, Pauline, qui balance un écran chinois, est assise sur un divan. Sous l'impression d'un vif sentiment de crainte, le jeune médecin se laisse aller au tourbillon qui l'entraine de ce eéié»

Pmiline a dà le reoimnaitre. Aa risque d'un ac« caeil froid , tôt oa tard il fiiudra bien l'abotder. Il ae résigne. Redressant sa tête, qu'elle porte lë-> gèrement en arrière, avec un de ces gestes pleins d'affabilité qae la conscience de son empire sur le cercle rend pins royal encore et qni lai prête éé nouveaux cbarmes, madame Dateroj semble donner un ordre à Montel ; et ceiQi*ci, courtisan émérite, l'écoute avec un empressement respeo* taenx. Tout concourt au prestige qu'elle exerce ; sa simplicité même la distingue. L'Érigone des Alpes trône à ravir au milieu de sa cour galante. Le crameisi vigoureux des tentures du salon met eu relief la blancheur de son béret de crêpe lisse, i|itt retombe avec mutinerie sur l'oreille dans les touffes bouclées de sa chevelure. U y a de la béarnaise et de la tyrolienne- dans sa toilette. Froncée vers les épaules, arrondie par le gonfle* ment de sa gorge qui se révolte contre le frmn, sa robe, en gros de Naples d'un bleu pâle, s'édiappe le long des plis du corsage en légers bouil^ lonnements de blonde. Des manches à crevés laissent entrevoir le potelé du bras qui s'effile et se cache dans un gant retenu non loin du coude par une ruche de satin. Ni diamants, ni bijoux ; sacrifice ordinaire de toute maîtresse de maison, dans l'intérêt des femmes invitées à ses fêtes; en revanche; mi faste de carnation que tons les yeux pherchent et dont les plus sincères amies de Pau-

— UÂ —

Une loi sauront iofailliblemeniiBaUTâis gré. Dans la physionomie de Pauline, rien ne témoigne qu'elle sache que Delaberge est là, tant elle manifeste d'enjouement et d'aisance. Le malheureux ne yoit qu'elle, tandis qu'il est le seul dont elle ne paraisse pas s'occuper. S'il est juste d'affirmer, toutefois, que la personne qu'une femme néglige absolument, soit, parmi les personnes dont elle est environnée, la moins étrange à ses préoccupations, Etienne aurait tort de se plaindre ; mais, pour son tourment , l'amour a d'autres exigences ; sauf, ccmime de raison, à s'en repentir. Delaberge sent qu'il étouffe ; 'é songe i s'éloigner. Un regard, que sa tentative d'éloignément a provoqué, le saisit et le ramène. II a reçu l'excellent accueil que Pauline accorde à tout le monde, et, par conséquent, le voilà puni; car cette politesse obséquieuse et banale, ce désintéressement de bons procédés qu'il partage maintenant avec le premier venu, sont, en quelque sorte , et d'elle à lui, la négation la plus formdle de tous leurs mystérieux antécédents ; il y trouve ' l'amertume d'une seconde rupture. Pauline, qui se venge, n'y laisse rien percer de froid. Delaberge vient de se mettre au niveau des gens qui sont autour de lui.

— Oh ! se dit-il , je devais à tout prix m'armer de vigueur contre moi-même, au lieu de me prêter comme un lâche à la conspiration du moindrç

ëTénement. Mêler les antres à sa vie, sans le plus nûnce espoir de se sentir jamais pour quoi que ce soit dans là lénr^ c'est se préparer de poignants I mécomptes. J'expie ma nouvelle faiblesse. Ne fallait-il pas me tenir pour averti?* . . La société nous a i faussés tons, et cette femme ressemble à la plus ( vulgaire de ces femmes. Toutes s'admirent et sont I heureuses d'être admirées. Leur ame n'est qu'à ' I fleur de chair. Fou , mille fois fou, celui qui son- I gérait à pénétrer plus avant ! On fait à merveille I de rétrécir la sphère de ses affections. L'égoïsmé a I raison , et le cœur nous trompe. Plus l'àme étend I son horizon , plus elle présente de points de oon- ^ tact à la douleur* Je ne dois pas m'obstiner dans : ce désert!...

I On lui toucha familièrement 1 épaule.

— Toi par ici? lui dit Léonard. Merci de la bonne surprise, mon brave; Me cherchais-tu?

Léonard s'empara du bras d'Etienne , et perça la foule en manifestant une sorte d'impatience nerveuse contre ceux qui tardaient à lui livrer passage.

— Qu'as-tu donc? lui dit Etienne.

— Moi?... J'ai la fièvre. C'est le calme de tous ces gens-là qui me la donne. La plupart de ces natures , vois-tu , ne vibrent avec rien de ce qui les entoure. >LeUr àme passerait à travers un incendie sans en contracter la moindre chaleur. Un joli bijou, quelque' romance à la mode chantée

par une voix correcte, le plaisir de se savoir an nonde , roilà ce qui compose leur vie. Rien ne leur crie que Lyon repose snr un lit de pondre. Au prix de leur insensibilité , Delaberge , vondrais-tu de leur satisfaction?.».

Delaberge ne répondit que par un sourire de douleur.

Dans la foule , son ami serrait comme à la dérobée des mains qui rencontraient la sienne.

-^ Ce sont des réfugiés, disait Léonard. Étrange réunion que celle-ci ! Tous les éléments s'y rencontrent, toutes les inimitiés. Heurte ces manières de soie , tu te blesseras à des plis de fer. Sous un masque de réserve et de bon ton , des ennemis jurés, certains de la haine qu'ils se portent, échangent des poignées de main et des plaisanteries. Pour le moment , on s'examine sur un terrain neutre; mais Tair s'échauffe. Je viens de gagner trente napoléons au préfet; il les a perdus de Is meilleure grâce ; mais , comme je lui proposais la revanche : — Pas de cette façon , m'a-t«îl dit en riant ; d'une autre !.... Nous verrons bien. Ainsi, mon vieux, on se prépare à se couper la gorge en agitant des propos frivoles , et pent-étre avons-nous frôlé vingt espions snr ces deux cents personnes qui se coudoient. A trois pas du procareur du roi , je lui taillais tout à l'heure de U besogne. Il m'a tendu la main comme poar me demander ma tête. Peut-être sera**t-il à même de

prendre celle de soa fils. Son fils est des nôtres*

— Vous agirez donc ?

— llle faut bien. Abandonnerid-je au plomb des lois ces hommes qui se sont compromis pour nous ?• . . Ce n'est pas que je me flatte de la. victoire, Delaberge; maisj*ai lacertitudede leur délivrance. Le coup de main sera surtout pour eux. La cap* tivité des colons ne me sort pas de Tesprit ; elle pèse à ma poitrine. Honte à ceux d'entre nous qui resteraient froids parce qu'ils seraient libres,. tan-» dis que leurs braves amis gémiraient en prison. C'est ainû que les dévouements se découra-

gwt.

— Mais que dit l'abbé ?

— ' Mon Dieu , l'abbé f imite; il nous blâme, il compte arracher à la compassion des autorités ce que je n'attends , moi , que de la force. Mendier pour ne rien obtenir , c'est un métier de dupe } j'aime mieux prendre. L'abbé perdra son temps et sesdéniarches« Ni lui , ni toi, vous n'en conviendrez, malgré vos pressentiments. L'autorité !... Ce devrait être cependant la source du bien; mais j'ai conçu tant de préjugés contre elle, Delaberge, que, Youl&t-ôn me l'ofirir, j'en refuserais ma part, dans la crainte de n'en faire, à l'imitation de tant d'autrès, échappés ainsi que moi des flancs du carbo* xiarisme» qu'une misérable question de personna-» lité dans Tintérêt de mes actions sur les raffineries, le» forges et les houillères. Mes alliés d'autrefois

enflonttottslà* Lorsquej'y réfléchis, je m'y perds! Le pouvoir corrompt.

Ils étaient arrivés parmi les dansears. Léonard rebroussa chemin.

— Dans ces salons , mon pa^vre Delaberge , on ne sait pas le premier mot des misères et des fièvres de la rue. Quand de tels faquins nient Tégalité , leur insolence me prête à rire ; mais le main-r tiendesclassesn'estquetropréel.Le luxe envelo{^ des âmes crasses , et des Napoléons traînent la guenille. On a peur du désordre ! mais qu'est-ce que tout cela si ce n'est pas du désordre ? Puisque la question ne se pose qu'entre l'enclume et le marteau , je conçois que chacun veuille à son tour être marteau. Entre les salles enfumées des cabarets où l'on se prépare à la lutte , et ces insouciantes cohues , agitées par le bruit dans le faste , il n'y a que six pouces de plancher , et des éléments incendiaires s'amassent. Dix personnes parmi nous ont peut-être de vagues données sur les éventualités du lendemain ; mais on s'en repose sur les canons. Ceux-là sont sourds de l'esprit; ceux-ci, du cœur. Dans cette embrasure , il n'y a qu'un instant , un sot du juste-milieu cherchait a me faire partager son extase sur les progrès de la science mécanique. Des mécaniques à vapeur et des gens de sa trempe, il ne voyait que cela dans le monde. — Une machine qui remplace cinquante ouvriers , n'est-ce pas sublime ? disait*il.^ Et que deviendront ces

pauTres diables ? lui demandai-je. — Oh ! reprit Tenthoasiaste , est-ce tout ce que vous ave^ à dire contre la science? On emploiera tos cinquante pauvres diables pour autant de machines, pardieu ! et la consommation prendra de nouveaut développements. par le rabais. — A merveille ! rëpliquai-je à mon tour ; mais vous aurez alors deux mille cinq cents ouvriers réduits à la misère?.... Mon sot fit le calcul et demeura tout abasourdi. Cette petite progression arithmétique ne Ta vait pas occupé. En trois pas , cependant , elle portait la question sur plusieurs millions d'hommçs. — Imaginez , lui dis-je alors , deux ou trois progrès de ce genre , et de front , pour chaque industrie , comme cela n*est que trop probable î puis , résolument 9 mettez- vous vis-à-vis des résultats. Je vous défie de ne pas conclure à la multiplication des moyens de la révolte , par Texagération indéfinie des souffrances de la misère. C*est qu'il faut , 'mon cher monsieur , que la science de gouverner les hommes se perfectionne en même temps que la science de confectionner des produits. Comment conclure à Véquilibre en politique, sans le déterminer parallèlement dans Tindustrie ?..*... Mais , hast!... vois-tu , Delaberge , le raisonnement glisse sur eux comme' sur de la toile cirée. La voix seule des révolutions peut se faire entendre. Leurs canons , je le veux bien , ajourneront mille fois la crise. La crise éclatera ! Les menaces.

courent ; des Toix prophëtiqaes anooiioent d'ëpon* TanUbles désastres ; la population ardento él brare de la seconde ville du royaume versera son sang comme l'eau des fontaines. Quelques instruments de musique étouffent les prévisions. Notre vieux globe tourne et s'étourdit comme au bout d'un lacet de fronde. Tiens , j'ai du noir dans l'àme ! 11 me prend des fantaisies de valser. Que ne sommesnous aussi bouchés que mon très-honorable beaufrère ! . .. Vois un peu cet animal de Geoi^es ! il a pourtant le courage d'être heureux !

Dutercy les aborda.

— Ah ça , messieurs , Montel conduit en ce moment l'abbé près de ma femme. Rejoignes l'abbé ; je suis à vous dans l'instant.

Comme Etienne et Léonard traversaient le salon de jeu , des éclats de rire attirèrent leur attention. Un jeune homme pérorait dans un groupe.

Léonard dit à Delaberge:

-<- C'est mon faiseur d'arguments ; celai dont jeté parlais. Tu vas voir qu'il se sera fait un cercle de gens comme lui , pour triompher de moi tout à son aise.

Ils se glissèrent dans le groupe.

— Je n'ai pas voulu l'interrompre, disait le causeur ; et certes , je suis fort éloigné de l'accuser de mensonge. Dans notre temps , messieurs , l'exaltatien explique bon nombre de folies ; mais la colonie, dont cet ecclésiastique vous a si

— Kl -^

«eineat déUillé les prouesses et la catastraphe , a'a jamais existé, croyex-moi, que dans les fumées de son cerveau. Ce digne prêtre aura pris deux ou trcns grains d'opium dans les bouquins de Tun de nos plus étranges rêveurs modernes. 11 pouvait en prendre beaucoup plus ; remeroiex-le d'avoir été sobre.

— Dieu me pardonne , murmura Léonard , c*est de l'abbé qu'il parle!...

— £t de Val d'Armonne , tgouta Delaberge, Gomme l'abbé , nous avons quelque droit à des diplômes de rêveurs. Ecoutons le démenti jusqu'au bout.

Le causeur prenait flamme à la gaieté de son groupe. 11 continua du ton le plus leste :

^- Au désespoir de yous arracher une illusion. Après tout, vous aurez entendu un conte des Mille et une Nuits ; et nos recueils les plus courus en contiennent de moins divertissants. Dans mes livres de rebut , messieurs , je pourrais mettre la main sur deux énormes volumes, où ces belles choses/ et de beaucoup plus prodigieuses , sont déduites ■totft au long pour l'édification des braves. J'offre ce fatras à qui prendra l'engagement de le lire tout d'une haleine. Si plus que jamais le titre de charlatan circule aujourd'hui dans le monde , j'insiste pour obtenir une exception en faveur de l'écrivain fantastique dont ce bon abbé s'est visiblement frelaté la oervelle. Le patelinage des formes et de la

flatterie ne s'y rencontre guère. Il y règne au contraire, sur le chapitre de notre siècle , un^uperbe mépris , dont , certes , je ne conseillerais pas l'étalage à la yérité même , si par hasard , elle tenait à se ménager des chances de propagation dans le monde; car on saarait bien ramener l'insolente au savoir-vivre! elle baisserait le ton, on dirait pourquoi. La vérité doit avoir plus de formes. Ligne par ligne , dans ces deux volumes , on peut glaner des prodiges de présomption et des merveilles d'outrecuidance. Le dix-neuvième siècleest, comme chacun sait , très-amoureux de sa petite personne ; mais il a trouvé cent fois plus fanfaron que lui. Entre autres billevesées sur l'agriculture et sur l'industrie , qu'un honnête manufacturier donnerait pour le secret de guérir les vers à soie mordus par la muscardine , ce traité s'explique (ou prétend s'expliquer) sur un moyen infaillible de rendre le travail attrayant. Bien habile qui s'y démêlerait! L'auteur, en dépit de ses. principes. ' s'est gardé soigneusement de prêter quelques attraits à sa formule. On dirait qu'il a voulu s'en réserver la recette , en prenant un brevet d'obscurité. On affirme toutefois qu'elle suffît à tout et fait face aux moindres objections , dès que l'on y comprend quelque chose. On la donne comme une invariable réponse à tous les pourquoi, sous prétexte que, du petit au grand , et de puissance en. puissance , du monde de la goutte d'eau jusque dans les tourbil-

Ions de Tinfini , le môme calque se reproduit toujours et partout sur une échelle d'amplifications à perte de vue; cette formule, enfin, serait décidément la charte de TuniTers. En dehors de l'inftelligence de cette charte universelle, point d'association possible ! Celui-là rêve et perd son temps, quis*y dirige par d'autres Toies. C'est possible, et je comprends que Dieu lui-même se soit fait un plan pour ne pas s'y perdre! mais, au nom du ciel, que la lumière se fasse!... En gros, j'ai deviné, non sans peine , que , même avec les dames élégantes qui dansent à deux pas d'ici, et avec nous, messieurs , tous tant que nous sommes , fussionsnous porte-faix ou grands d'Espagne , dignitaires du royaumeou va-nu-pieds , sans oublier les petits enfants , qui donneraient l'exemple de l'entrain au lieu d'user tristement leur belle jeunesse à griffonner des pensums dans les collèges , l'auteur , en nous faisant passer par la filière de sa formule , se portait fort d'organiser tous les genres de travaux , cdiampétres ou non champêtres , depuis les fonctions les plus viles jusqu'aux plus fières , sans craindre que les caractères damerets se vissent tentés de laisser leur part de la corvée sur le dos des autres ; et, bien mieux ! de telle sorte, que nous tiendrions désormais pour iusipides les plus magnifiques divertissements que l'esprit humain ait inventés jusqu'à ce jour. Cette verye naîtrait d'elleméme, par une tactique en quelque façon régimentaire ,

ou (aoiei ce point I il est capital) nos pasaions m chargeraient seule» delà discipline. Nos passiotts! Troutex-moi des surveillants plus ooramodes!.*. Plus de morale , par conséquent! ni proourours du roi , ni prisons. Les sergents de yille vendraient leurs épées pour acheter des balais; car, à quoi bon les épées !... Nos passions enchaînées étaient des tigres; ces tigres déchaînés vont devenir tout à coup des agneaux. Je voudrais le voir pour le croire. Non qu'il admire absolument le» sottises de la passion dans nos temps actuels : mais il y voit une flamme qui , n*ayant pas sa libre issue , re* brousse et nous asphyxie. Quand le fumiste a de rhabileté , le poêle marche! Voilà tout le mystère. Sur cette hypothèse , tout pirouette ; les peuples se donnent la main , ils volent ensemble a des des* tinées providentielles. Ne me dites pas que j*in* rente ! C'est écrit. Pour notre homme , la passion , c'est l'instrument et la baguette magique du bîen« être; la passion se saisit de la puissance, et bondit à la gloire. Il sanctifie notre nature , il divinise chacun de nos penchants. Par suite (et, le principe admis , tout va de soi-même ainsi que sur des roulettes) , nos plus abominables bourgades , par un enchantement soudain, se métam<Mrphosent sur tous les points de la terre en voluptueuses maisons de plaisance, à l'ombre desquelles notre royal Fontainebleau luMaême ne paraîtra guère qu'une chétive bicoque. Toutes les besognes s'exé*

entent «vec tant de fougue et d'enthousiasme que le seul embarras pourra bien être d*imâginer assez de fantaisies , pour suffire à la rage inconcevable d'employer le temps d'une manière utile qui se Mtsira tout a coup du genre humain. Un paresseux même ferait fortune ; on le montrerait comme vue curiosité. Les passions se créeraient des car^ rières sans nombre. Le plus passionné serait le boute-en-train de ce brillant carnaval. S'il pouvait m'ètre permis de croire que la plume n*abiise ja> OMIS de la faculté de tracer des chimères , je donnerais de grand cœur les codes et la charte de 1830 , malgré l'estime que je leur porte , pour que mes deux bouquins fussent décidément le profpramme de ce monde. On ne parlerait plus tant du programme de l'Hôtel-de- ville , dont je suis farieuaement rebattu. Le tort dénotée homme, et ee tort est grave , c'est d'expliquer le mouvement de ses marionnettes dans une langue qui n'est d'aucune langue. Pouf innocenter nos penchants , il les pass^ au baptême d'un nouveau Vocabulaire. Que n'inventait-il des caractères typographiqaes tofvit exprès pour mettre la tournure de ses mots au niveattde son illisible jargon ?... S'il tient le code de l'aTcair , je finis des vœux pour qu'il n'en ait pas la syntaxe. Le grammairien Doraergue l'aurait fait fanller dana les fossés de Vincennes. Un style si hérissé de barbarismes eipliquerait à lui seul le diserédit absolu d'un livre , dont , en s'y prenant

avec une certaine habileté , quelque éditeur à la

mode aurait pu se promettre un assez joli scandale.

Le Contrat social de Jean«Jacques nous a fait faire

bien des sottises ; mais il était si délicieusement

écrit !... Il s'en faut que notre rêveur ait écrit son

Page 1