‹ Mensuration de la nutrition organiqueChapitre 2 sur 5 · CHAPITRE r · texte numérisé non relu

CHAPITRE r

DIAGNOSTIC m LA MALIGNITÉ MORBIDE.

1. Nous no disposons actuellement d'aucun moyen scientifique d'investigation qui permette de reconnaître si une tumeur est de nature bénigne ou maligne.

La connaissance de ce premier élément de diagnostic est utile pour diriger l'intervention chirurgicale : colle-ci sera en effet d'autant plus active et plus efficace qu'elle reposera sur des probabilités de succès.

Dans l'état actuel, le chirurgien intervient dans les cas de tumeur par une médecine opératoire qui n'est appelée à réussir que dans les cas bénins.

La bénignité peut constituer le caractère de toutes les variétés histologiques de tumeurs; c'est ce qui a engagé Lucke à avancer, dans son travail sur le carcinome, que le cancer lui-même est curable.

Il est résulté de là une réaction exagérée contre l'abandon dans lequel on laissait les malades atteints de cancer. La médecine opératoire intervient aujourd'hui dans tous les cas; il n'existe pas de région, si profonde qu'elle soit, qui échappe ù son action. On a commencé par l'extirpation du

larynx pour arriver à l'hystérectomie et à la résection de l'estomac dans les cas de cancer.

L'ignorance de la science, au sujet de la malignité morbide, autorise jusqu'à un certain point cette intervention systématique. On ne compte plus les cas, depuis le triomphe si retentissant du Docteur noir, où la pratique a réussi i\ guérir des lésions que les données scientifiques rangeaient dans la catégorie des noHme tangere. Nussbaum a multiplié les observations de tumeurs gastriques prétendument cancéreuses et qu'il est parvenu à guérir par le lavage, malgré la réunion des signes les plus classiquement funestes et cancéreux.

Il nous est arrivé de rencontrer de ces cas où l'insuffisance de nos connaissances scientifiques sur la malignité morbide nous a fait commettre des erreurs de pronostic, que l'évolution ultérieure des cas nous a permis de reconnaître.

2. Nous croyons que les erreurs deviendront moins nombreuses, si l'on a recours au procédé de mensuration de la nutrition organique que nous avons indiqué et que nous résumons ici en peu de mots.

La physiologie nous apprend que l'organisme, qui vit dans des conditions normales ou qui est atteint d'une affection qui n'intéresse pas sa nutrition intime, rejette par les voies urinaires une quantité de produits azotés, correspondant à peu près, pour l'adulte, à 13,000 centimètres cubes d'a/ote par jour; une partie de cet azote est rejetée à l'état d'urée. Nos recherches personnelles nous ont permis de fixer à 32 gr. la moyenne d'urée rendue en 24 heures, par un organisme adulte à l'état de santé; cela correspond à peu près à 0,50 gr. par kilogramme du poids du sujet.

3. Deux ordres de lésions altèrent celte proportion, on déterminant :

a) Vliyper-azoturie, quand la quantité d'urée urinaire est supérieure au chiffre normal ;

b) Vhypo-azoturie, quand cette quantité reste, d'une manière constante et prononcée, inférieure à ce niveau.

L'hypo-azoturie se rencontre dans deux catégories de cas :

1) les désordres de l'épil hélium enchymaiiqiie rénal ;

2) les troubles de nutrilion de l'ensemble de ^économie. Nous avons établi ces deux points dans nos Recherches

sur l' origine de l'urée.

L'observation nous a permis de préciser encore mieux l'expression de notre pensée, pour le second point.

4. Parmi les affections diathésiques, il en est deux surtout qui se caractérisent essentiellement par une diminution notable et constante dans la quantité d'urée urinaire quotidienne: ce sont la tuberculose et le cancer.

Les documents relatifs ù la tuberculose, que nous avons réunis, confirment les données que nous avons fait connaître en 1880.

Le but du travail actuel est de formuler la loi de physiologie pathologique suivante :

La malignité morbide — désignée par la dénomination clinique de cancer — est le résultat d'une vidation de la nutrition intime ; la réalité de cette vidation est établie par l'hypo-azoturie.

L'hypo-azoturie ne se rencontre pas dans les tumeurs bénignes.

L'observation nous a permis de constater que, dans les tumeurs de mauvaise nature, quel que soit leur siège,

quelle que soit leur nature morphologique, le chitl're de l'urée urinaire descend graduellement et finit par rester inférieur à 12 grammes pour les 24 heures.

Nous aurons l'honneur de déposer sur le bureau de l'Académie, dans la séance prochaine, un travail — sous i)resse en ce moment — qui indique les éléments qui nous ont permis de formuler cette loi de physiologie pathologique.

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