CHAPITRE IV
De la couduiie du prince avec les étraogers.
Il, ne suffit point qu'un état saii, affermi ^ur des l>a$es solides an dedans, s*il n'est encore assure par des al* liances au dehors ; et ce n'est pas un àes moindres moonyéniens des gonrememëns en général, que la plupart des obstacles vers le bien naissant moins de leurs diverses constitutions que des relations eixternes, contraints de donner à leur sûreté *des soins qu'ils devraient consacrer à letrr police intérieure, ils sont malhetireusèment presque toujours plus forcés de penser à se mettre dans le cas de résister aux autres, que libres de s'occuper de ce qui peut les rendre parfaits en eiTX-mémes.
Tel est, plus que toute autre c^hose, ce qui donne an avantage si réel aux petiples insullvîres, et à ceux qui ont le bonheur d'être isolés. N'ayant que leurs propres passions à craindre, et ne se trouvant point à la portée des étrangers, leur marche avec eux est simple et toujours uniforme, parce qu'ils savent- qu'on ne peut les attaquer dans leurs foyers, où l'ambition et l'avarice des autres peuples sont dans l'impossibilité de se faire sentir. Au contraire, les nations qui sont
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contiguës restent sans cesse exposées aux passions de leurs voisins, contre lesquelles tout état pour ôlre heureux ne doit pas moins se prëcautionner que contre les siennes j de façon que souvent elles sont plus occupées des ëvènciuens du dehors que de leurs affaires intérieures. En un mot , se ressentant moins de la politique tracassière de TEurope, les peuples isolés ne sont point obligés d'être continuellement sur leurs gardes au dedans comme les autres nations, qui la plupart sont forcées d'être également armées peu* dant la paix et pendant la guerre; système monstrueux qui les énerve , non seulement par le grand nombre de bras dont Toisiveté du soldat les prive, mais parle célibat de tant de gen$ qui souvent est plus fatal encore.
Ce qui tient à Textérieur des empires exigeradt que je m'étendisse sur les traités , les négociations , les ligues, le commerce, le droit des gens , celui de la guerre, des conquêtes, et nombre d'autres choses. Mais chacun de ces objets pourrait former des volumes , et ce qui les touche est d'autant plus difficile h. fixer, qu'ils varient de physionomie avec chaque peuple. Car, par exemple , l'un cherche la tranquiU lité , l'autre la sûreté des individus , ou celle des pro^ priétés; celui-ci trouve beau qu'on soit craint de ses voisins, celui-là croit qu'il vaut mieux en être ignoré, et ainsi de suite pour ce qui s'offre sans fin. Je glisserai donc seulement sur quelques-mis des points es-^ sentiels, qu'il est bon que les rois aient toujours prêt ^cns.
Quant au droit des gens, à celui de la guerre cl des conquêtes, ils sont trop généralement ceux des cou-, venances, ou i^éme de la force, pour m'y arrêter. Car soit que les princes puissans éludent leur parole par une volonté libre et indé|>endante, ou que les autres y manquent parce qu'ils sont obligés de céder aux conjonctures, malgré tout ce qu'on peut stipuler à cet égard, ceux qui ont le pouvoir n'en font pas moins ce qu'ils veulent, jusqu'à ce que la politique qui lie les nations enU'e elles communique parfois à celle qui est Ëiible le secours des autres, et la défende contre son oppresseur, quand l'anjibition qu'elles aperçoivent en lui réveille celle qu'elles peuvent avoir de leur côté, ou suffit pour les troubler tout à coup, et les agiter au moindre mouvement. C'est ainsi que les petits états se soutiennent contre les grands, malgré les vices de leurs peuples, et ceux de leurs diverses constitutions.
Ce que je viens de dire prouvant qu'il n'est pas sans exemple qu'un peuple soit dans le cas de réclamer l'assistance d'un autre, on demandera peut-être si la fermeté convient au prince obligé d'en implorer un plus puissant? Celui qui est opprimé par ses ennemis, et qui cherche des secours, ne doit pas trop s'humilier, ni paraître ne pouvoir s'en passer, car il empirerait sa situation. Les livrées de l'infortune sont rarement une bonne recommandation entre souverains. La pitié seule n'engage jamais à relever ceux qu'on sait à terre : personne n'est enclin à défendre lé prince qui désespère de lui. La cause de Pompée per'
(3.4) dit tout dans Tesprit dePtolomée, dès qu^il vît les soumissions de ses ambassadeurs.
. Mais puis([ue j^en suis à cet article, c^estle mo* ment de dire combien la protection est dangereuse à ceux qui gouvernent. Elle se change presque toujours en tyrannie. LfC plus fort ne connaît guère de lou; lambition a peu d'égards. Les princes d^un second ordre qui croyent assurer leurs états par le secours d^un voisin plus puissant les perdent fréquemment. L'ennemi serait moins h. redouter que cet ami prétendu. La confiance qu'on a en lui peut lui <fevèliir aussi funeste que la haine de l'autre; car s'insimiant chaque jour davantage comme nécessaire, il obtient plus en feignant de proléger, que par la force. Qu'un souverain dans ce cas ait donc recours à son courage; et c'est le moment pour lui de se rappeler la magnanimité de Henri IV, îorsqu'ayant à choisir entre une obligation humiliante envers la reine Elisabeth, et la guerre avec Philippe II, roi d'Espagne, il dédaigna ses propositions pour Calais, et dit avec noblesse : Si je dois être ^norduj faime autant Vêùre par un iion que par une lionne.
De combien de noms spécieux les Romains ne déguisèrent-ils point leur oppression en recevant les peuples comme alliés. Les provinces, pour conserver leurs droits et leur liberté, les appelaient en qualité de grands arbitres de la pstice du monde, et sous prétexte d'employer leurs légions contre les emiemis de ces confédérés ils se répandirent sur la terre. D'abord modérés dans la façon dont les tributs s'impo-
Saient, ils cachèrent leur fourbe sous Tapparence de quelques vertus. Mais dès que Taigle impériale eut étendu ses ailes, Tambition aiguisant son bec, tout se ▼it retenu dans sa serre despotique; et ce qui n'était avant que protection devint tyrannie. Ils firent mieux : pour naturaliser le poison, ils établirent des colonies qui, introduisant partout leurs mœurs et leur langue, effacèrent insensiblement les distinctions qui existaiient entre les nations, de sorte que la leur resta 6eule tenant le sceptre sur les autres. Que de fois les peuples qui se croyent sous des ailes protectrices ne sont que dans les griffes les plus cruelles!
D'abord la gloire excite à prendre la défense, et Fambition ensuite à tout garder. Il est rare qu'on emploie ses forces pour autrui sans exiger de récompense. Le pays qu'un roi puissant vient secourir se familiarise d'autant plus volontiers avec lui, que les sujets croyent qu'ils seraient plus heureux eu faisant partie de ses états, comme moins exposés aux offenses, aux périls de la guerre, et aux tributs onéreux dont les petits princes sont dans l'habitude de les accabler. Les grands surtout préfèrent un monarque éclatant qui les distingue, en ayant plus d'emplois et de récompenses à sa disposition pour les combler. Ces points sont autant de choses qui facilitent l'usurpation; car à moins qu'on ait de bien grands talens pour commander les troupes auxiliaires, qu'on puisse leur donner des récompenses, des honneurs, et tout ce qui peut leur Ëiire oublier leiu* patrie, si elles ne sont en* levées par cette magie qui enchaîne le soldai au gé-
iK^ral qui le faii vaincre, les années chargées d*aider un souverain obéisseul ù celui qui les envoie, et traitant comme pays étrangers ceux où elles sont, la guerre esta peine lermiiiée avec rcnncmi, qu'elle commence avec l'ami qu'elles venaient secourir. El (quoique la comparaison soit un peu triviale), s'il n'est pas sans exemple que celui qui se repose sur les troupes auidliaires puisse étendre les ailes pour un temps, il est bien dilGcile qu'il ne finisse par perdre de ses plumes.
Le moins dangereux pour un prince faible est donc de s'accommoder seul avec son antagoniste puissant, ressource préférable à vaincre les ditlicultés par autrui. Car de deux choses l'une; ou il sera victime des forces étrangères, ou elles se retireront; or, supposant même ce dernier cas, il n'obtiendra pas mieux après leur départ ce qu'il ne pouvait avoir avant leuç arrivée.
Mais, quelque chose que le malheur oblige de ce-» der, par un traité secret ou autrement, il faut toujours sauver les apparences vis-à-vis du public; et il n^est pas moins essentiel à l'honneur d'tin peuple que pour celui d'ime femme , d'éviter ce qui peut y porter la plus légère alieinie; car de même que celle-ci après avoir permis une familiarité ne sait plus où s^arréter, ni ce qu'elle doit refuser, dès qu'un gouvernement commence à plier, on ignore où se bornera sa soumission, et tout hâte sa chute. . .
.En général, c'est folie pour une nation d^espérer que quelque autre lui fasse des faveurs; c'est une illu- Mon que l'expérience dissipe, et qu'une noble fierté
doit mépriser. De même j le peuple qui professe im sentiment habituel pour un autre , soit quUl Taime ou le haïsse, en est fréquemment victime, car cette disposition récarte de son devoir ou de ses intérêts. L'antipathie, par exemple, amène les injures, fait saisir le moindre prétexte de ressentiment, et dispose les esprits à se rendre intraitables dans toutes les circonstances; d'où naissent les fréquentes coalitions, les disputes, les guerres acharnées, parce que la nation poussée par Tesprit de vengeance engage son gouvernement dans une guerre' contraire à sa politique. Les €he& aussi partagent quelquefois ces préjugés nationaux , et adoptent par passion des choses auxquelles répugne la raison ; ou Ton se sert de cette animosité comme d'un instrument utile pour des projets hostiles suggérés par l'orgueil, l'ambition, et mille autres causes non moins funestes que préjudiciables, dont il n^est pas'sans exemple que la paix et même la liberté des. peuples n'aient été les victimes.
Au contraire , un état fait-il profession d'attachement pour un autre , ce sentiment donne lieu de croire qu'il existe entre eux des intérêts qui souvent n'y sont pas y et force d'épouser ses querelles , de façon <px*on se compi*omet dans ses guerres, sans qu'aucun motif suffisant puisse le justifier. Cela conduit égale- .ment à garantir à la puissance favorisée des avantages 4ont les autres sont jalouses , mal qui caipse un doublet préjudice à la nation qui les accorda, parce qu'elle se prive sans nécessité de ce dont elle ne devait pas disposer, et provoque la haine des autres états,
qiii cherchent à se dédommager des privilèges qu^cm leur a refusés. De plus , tous les ambitieux de bonne ou mauvaise foi se décidant poiur la naiion en faveur^ ils ont Toccasion de sacrifier les intérêts de leur pays, non seulement sans s^exposer à la haine y nxais même avec popularité , parce quUls couvrent du voile d'une fausse vertu, de déférence à Topinion publique, et d*un noble zèle pour le bien général, toutes leurs vues d'intérêt particulier, et trop souvent toutes leuif basses jueiiées de corruption. Quant à rattachemeni qu'une puissance faible professe envers un grand état j je m crois pas avoir besoin de dire que , loin de pouvoir devenir son amie, elle se condanme à ne ja* mais^étre que son satellite.
Mais revenant aux troupes auxiliaires dont je parlais avant, le meilleur moyen de s'en servir quand on s'y voit réduit est de les diviser en les mêlant à celles. du phys, auxquelles elles nç doivent jamais être supérieures en nombre, de leur donner des chefs dont on soit sûr, ne leur jamais confier auctme place forte, et lés envoyer le plus tôt possible à l'ennemi. Mais ces choses ne sont que de faibles ressources contre les maux qu'elles causent presqtie toujours.
Il suit clairement de ce que je vien^ de dire, qu'il faut que les princes recherchent l'amitié des plus puissans qu'eux par d'autres moyens que les présens, car l'intérêt est ingrat, et surtout n'est jamais content.- Faisant un trafic de la peur ou de la lâcheté de (ielui- (pli donne, il peut bien engager à feindre de Tamitié ',' mais il est rare qu^il l'accorde. Celui qui
(3i9) prodigue Targent s*afiaiblit , et plus l^ sommi^ spai ci^s^ërableç , plus on est dans rimpo^il^iliiëdecgntînuer, de sorte qu^on tombe dans le aiëpri> apri^ avoir sacrifié ce qu'on avait, {j'espoip pouvant ph^ que la reconuaissancc, les rois ne sont guère estiniës que par ce 'qu'ils possèdeui, ^i par lc$ tr^ésors qu'ils sont/lans le, cas de ivépaair plus que par ç.eu>: quji Iç itmt (iéjà.- Quicotqque sait se. faire re$tpec^çr par s^ pvudotioe., j^$. grades qu^ilitës, son coulage et ^ TOVtus , nV pas besoin d'acheter des amis, et le ^ouii* varam qui manque de ces dons voudrait en. vain y suppléer par ..la libéralité. Payer des alliés est leup appj^endre à se vendre au plus offrant , parce que, ^1^ que la balance qui penche .du c6ié ou il y a le plus de ppidS) U^.rançonnent effrontément sans xi'ien. fkïve, et trahissent même si quelque autre Iciur offre davantage. £ji un ;moV9 la différence entre les secours d*ho9i||ie^ et dWgent con$isie. ei^ ce que le^ derniers restent i :()elui qui J^ reçoit , et les autres tournent au profit de celui qui les donne. La force obtient plus d'anus par la crainte que L'argent par la reconnais-
jÇçpendant qw^i^l Qne^\, r^di^it à de cf uelles eiçtr^r miles,' saivs rien vouloir prescrire de n^achiavi^lique, il est . certain qu*il n'y a pas de meilleure dépense que xelle qu'on &it pour semer J|e t^publ^; d^^is un éi^t ennemi, ou pour qu'une autre puissance lui fasse Jâ gUQinre; car il en -ppûte m(ûns, et l'on ne risque pas ta^t jqu^en la faisait soi-m^me. Mais il fant prf;ndre {jacde, par^ce que ai l'on se livre à ces extrémit^és >pour
des craintes chîmëriques , la mauvaise intcnfioii est h peine reconnue qu'elle devient une source d'inimitiés pour Tavenir. Ainsi cela ne doit s'entende^ que dans les cas d'hostilités où Ton peut agir sans scrupule, et quand la nécessité de se défendre faisant taire les autres considérations, ce qui justifie la guerre justifie également les troubles qu'on cherche à exciter. Autrement il serait criminel d'employer de tek artifices pour une simple rivalité de puissance à pois*' sance. Tout potentat qui soulève le peupled*un atitfe enseigne au sien la trahison; et celui qui ne permet pas qu'on avilisse son semblable , ou même qu^on hii manque en s'écartant des bornes de la décence,. ne preiid qde son propre parti.
Mais les rois étant exposés h -de qu'on emploie de
semblables armes, et même la perfidie à-leur égard, le prince doit s'efforcer de tenir ses sujets dans l'union , et chercher à s'en faire assez aimer pour qa*ils contribuent à la défense de l'état avec plaisir, et de quelque manière que ce puisse être-. Qu'il isé ebti'duise donc de façon que •chabuh, regardant commiç sien le danger que courent les «autres , soit toujours prêt ï donilei^ lès secoure d'hbmmés et d'argent nécessaires à l'intérêt commun; qn'aucim n'imagine que Ise- fondre qui menace ne tombera pas sur lui parce qu'elle est encore loin, ou, se refiisant aux dépenses ui\gentes pafrce qu'elles sont 'anticipées, croye plùâ'pradeint de réserver ses forces pour quand le mal l'alteindi^; (5ar ils seront victimes à leur tour, lorsque i'ennènii Payant déjà vaincu les plus gt^tidés \diflî-
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cultes , et s^ëtant petit à petit emparé de tout, les subjuguera sans qu^ils aient moyen de résister.
Mais revenant aux souverains qui tâchent d*en secourir d^autres, il est plus d^un exemple du mal qu*a produit ce désir; et il peut exister des circonstances où même les vertus des rois les mettent en danger, car s*il est bon que ces dernières se trouvent toujours dans leur coeur, il n^est pas toujours bon qu^ils les pratiquent. Le bien public doit seul guider Tusage quHIs en font, quand, et comment; parce que s'ils les exercent sans consulter la prudence , non seulement elles passent pour des vices , mais elles sont plus funestes encore. Presque toujours, chez celui qui commande, le sentiment doit être sacrifié à Vintérét; il Ëiut que les nobles élans du cœur cèdent aux froids calculs de Tesprit.
L^homme ordinaire ne voit que lui quand il agit , celui qui gouverne ne doit jamais perdre de vue le bien de c^ux qui lui sont soumis. Par exemple , la pitié, pour ne pas dire Tintérét qu^on prend à quelqu'un , ne saurait être trop grande chez un particulier : ce sentiment, au contraire, peut devenir nuisible dans un roi. Que le malheur de leurs semblables ne les arme donc pas trop légèrement pour leur d^-r fense.Un simple individu qui s'expose pour, en servir un autre fait un acte digne de louange , mais un souverain serait blâmable d'exposer la sûreté de son empire pour aider un étranger, à moins que. .la raison d'état ne le commandât. L'amitié, la parenté même, ne sont point des motifs suflisans, parce que né |X)ur
•on peuple plutôt que pour ses parent ou ses amin, un prince ne doit point secourir ces derniers au préjudice de ses sujets.
De plus, les alUanoes fondées sur le sang pTOva-, quent les inconséquences, en' dérangeant le système des états. Outre qu^elles mettent de petites affeetions domestiques à la place des grands intéréui qui doiyent seuls faire agir les souverains pour le bien des peupics, les liens du sang ne forment que des alliances équivoques , parce que le roi qu'entraîne la parenté ne petit oublier ce qu'il doit à ses sujets, et voulani concilier des sentimens opposés il obéit tour à tour aux uns et aux autres , de façon qu'aussi mauvais po* litique que mauvais parent il nuit à ses intérêts, et sert mal ceux qu'il croit obliger. Quoique les princes aient une origine commune, ils cessent d'être amis quand les intérêts de leui^ états sont opposés. La politique a des yeux et point d'entrailles.
Cependant si la chute de quelque souverain étranger daiis l'infortune devait entraîner celle du prince ^ ou si les intérêts des deux empires étaiei^t tellemem liés qu'ils courussent un égal danger, loin de balancera l'aider, la sagesse prescrit d'agir d'autant plus promp* temcnt, qu'il vaut mieux s'opposer au mal dans le pays dé son voisin que l'atteindre dans le sien. Mais dans ce cas même il faut avoir soin de confsidérer les résuhats, et ne point épuiser ses forces pour rester après sans moyen dé se défendre. Uexpérieiice ei la prndênce doivent donc toujotirs régler la conduite du prihce à l'égard d'un de sè$ ^semblables 'tôibbé dans
le jnaiheur; cai' que de fois s^expose-t-on en vain pour fiecourir un ami qui n'est qu'un ingrat , ci ne renccmtrer que la haine où i*on avait droit à la reconnaissance ! Cependant les demi-moyens et Tair de marchander sont à fuir aussitôt qu'il est question d'en diriger d'autres, parce que leur imagination se fixe alors sur ce qu'ils attendaient et qu'on n'a point fait.
Il est paiement essentiel de ne pas trop hâter la ruine d'un ëtat voisin dans la décadence; car, comme le remarque Montesquieu , il est rare que même sa conquête fasse autant gagner en puissance réelle qu'elle fait perdre en puissance relative, sans parler des aolres avanuges innombrables 'qu'on retire d*un prince faible , sur qui les outrages de la fbrtunè éi tous les coups tombent impunément.
Je viens à présent au commiei^oe , celle 'des clïoses d'un état qui sans «ontredit a le plus de rapports avec ses relations eTCjLérieqrés: Cependant comme il peut se considérer sous autant â''aspécts dtfférens que de pays , le prince ne sautât trop s'instruire à fond de ce qui est «relatif à celiri de' ses diverses provinces. Un dés grands défauts des -peuples rélativenïent au commerce^ est de<pres€[ue toujours chercher Calcédoine à son égard I qUand ils ont Bîzance sous les yeux; car sans prqndre tam de peines poiif' changer son cours, et lui -frayer Âé' nouvelles routes, il est bien peu de natîAns auxquelles la nature n'ait donné des faculté^ sirfSsantes pour le faire fleurir 1i ûioiils de frais , si elles r^échissaieiit bien à teiir position territoriale, uni i^<U!f'ràM>sb' conduire pikt esprit d'imitation , elles
songeassent à la nature de leurs richesses, à Tindustrie de leurs habitans, à leurs ressources, à celles de leur sol, en un mot à tout ce qui. peut aider au bienêtre des hommes, et à la prospérité des états.
En effet, une branche de commerce éloigné, quelle qu^eliesoit, ne répand guère qu%ine fausse utilité sur un empire; et si elle enrichit quelques particuliers, même quelques villes, le peuple n*y gagne point. Une nation peut également perdre une-partie de son trafic à Tétranger, sans rien diminuer de sa grandeur ni de sa puissance ; car si Ton ne veut pas des produits de son industrie dans un genre^pourquoi ne Temploieraitt-elle point dans un autre ? Il y a tant d^objets dont la perfection est utile dans Tintérieiu* d*un pays! Qu^on s*efforce sans crainte , las matériaux ne manqueront jamais jiLsqu^à ce que chaque classe, chaque individu qui possède quel que rçho^., jouissent de Tabondance et des commodités quMls peuvent désirer (bien que je le veuille sans trop de luxe néanmoins, car il gâterait tout, en ûtant au peuple Tamour du travail et de la frugalité). Mais heureux les étals où la culture des terres devient une manufacture toujours plus immense en raisop de ce qiie le pays se peuple davantage! Tel e§t le vrai nerf de la prospérité nationale, et le seul commerce exempt de monopole, ou de compagnies exclusives^ qui, semblables à ces terrains stériles et sabloncux. qui ..pompent avidetnent la pluie et la rosée, sans donner une seule heiheaux habitans, n^enrichissent que quelques individus, fluadii que I^opulence attachée au solije peut être euv^î*
îii partagée,' cl met souvent les étrangers dans une dépendance nécessaire. Pâturage et laboumgej dit SulU , sont les deux mamelles qui nourrissent la France jet qui valent mieux que tout l'or du Pérou. Je sais qu^il est des états dont le territoire ne permet point ce que je viens de dire ; mais ils sont d^autant plus à plaindre , que tout peuple qui n'a d^alternative que le commerce est faible en lui-même, et dépend trop de ses voisins ou des évènemens. Cependant ceux qui se trouvent dans un tel cas ne sont point à blâmer de faire ce que leur suggère Tindus- |rie pour se rendre aussi florissans que possible ; le tort est tout entier aux nations puissantes qui ven* lent les imiter, parce que le peuple qui a ses resr sources en lui-même doit dVùtatit plus préférer le commerce basé sur Tagriculture , le seul véritablemeat solide, que Tesprit mercantile el de banque , lorsqu*il est trop généralement répandu cbez ime nation, la corrompt en y introduisant la morale des intérêts, à mesm'e que Targent du dehors .renrichit. Car alors, ce métal tenant lieu de tout , chacun n^a d autre but que celui d'acquérir ;. et cette idée s'empare des gouveniemens eux-mêmes, qui ne peuvent plus avoir de principe fixe dans leur conduite, parce que dans le laiigage du commerce Tintérêt politique est le plus mobile des élémens, ses formes varient 4elon les temps, et non seulement il fait approuver un jour ce qu'on blâme le lendemain , mais pour lui tout ce qui est richesse e6t puissance, et malheurcusèment tout ce qtii est puissance est honneur.
En outre , quoiqu'on regarde en cpielqne sorte le trident de Nepinne comme le sceptre du motide^ et que celui qui se rend thaître de là tner prenne, dilon , k meilleur chemin pour aller h la nu^naricliie universelle , comme je crois que personne n'y arrivera, si Texisteiice boursoufflée que donné le commerce lointain a pius d'ëclat, elle dëpend de trop de choses y et reàsembte à ces machines compliquées où il faut sans cesse remonter de nouvelles roues^ pén* dam que le commerce qui tient au sol a uft plan uniforme et simple comme la nature. En ttu mot, Tun n'est fonde que sur les besoins du captice , et peut passer avec les artistes dans tous les pays du monde, tandis qufj ce qui donne une vie conimode, et la tranquillkë ^ériéralc au milieti du mouvement, ce qui s'étend sur tdni; ub peuple, en le rendant benrettx avec des lois simples qu'il observe (vraie fin que la politique ^\t se proposer), consiste dana Une ^i*ande consommation des denrées de l'intëriettr, et l'exportation du surplus. Ce qui contribtie le nrienx à la pros{)érité des nations, dis*je, est la divetisité des productions en tous genres, et l'amélioration da territoire dans les endroits qui paraissent les plus in« ^ats ( car il en est bien peu qui ne piiissent devenir ntiles ) ;. c'est l'augmentation , l'achèvement dëA canaux , et de tout ce qui Ëicilite une prompte circiulation , parce qu'en rapprochant les hommes on lés rend actifs et industrieux, de même que barbares et grossiers en les éloignant. Ce qui fait encore fleurir un état, c'est la libre navigation, et la possession du
( 3:^7 ) cours entier des principaux fleuTes pour un grand empire; c^est la façon do^ni toutes ses parties s^entre aecDurent et ^ répondent mutuellement ; une confiance telle que chacun dépense à mesure qu^il gagne, dans Tespoir de gagner encore, et l'or mis çn circulation qui parvient toujours jusqu'à la claâjr^ du cultivateur. C'est le travail des objets que la natpré o^e^ ipiand il est mis au plus haut point de perfection par l'industrie et leur transpcHt dans des bâtimens du pays k l'étranger, d'où l'on ne rapporte que des matières brutes qu'on met soi-même en œuvre ; le cours du comsDcrce aussi libre que possible, car autrement il veûfiemUe.à celui des rivières, qui dès (pi*on le gêné ofijne des stagnations et des débordemens ) le goût gâiiéral et bien détenyiiné pâlrmi le peuple de n'employer que le produit de l^es ^piûptes manufa<:tures, tant pouf les clvoses nëpessaires que poiu* celles de hixe, par cpnsëquent le revéiiu de l'état entièrement dépensé dans son intérieur. Ce qui aide également à la prospérité d'un peuplé, c'est le concours des étrangers qui se répandent che£ lui /tant pouv les afibires, lés seieiiceset les apts, ^ue ppûr l'éddcâtion, ou lès voyages d'agrément : enfin ,■ m milieu de noimbre d'autj^ choses am 4éCoulent de ce qui précède, e^eét l'attention qu'o(n a do ne s'éloigner que le moins possible des règles que la nature prescrit pour lis bonheur des nations , et surtout d'avoir un peu moins de cette poliûque moderne qui calcule trop, au lieu de celle qui $aii voir dfti|s un plgs gftmd principe. .
Car qu'on réfléchisse dans la plupart des pays aui articles d* importation indispensables, on vem qif*il en est bien peu, si toutefois il y en a. Que quekpi^un également allègue le commerce éloigné comme le seul moyen de former des matelots, je n^en crois rien. Depuis que la navigation est devenue pour les peuples policés un fléau nécessaire, aussi utile aux états que funeste au genre hiunain , je sais que celle des mers du nord est utile par le mauvais temps, qui fait les marins à la dure , mais l'autre ne cause que des naufrages , et si Ton calcule les résultats âfireux des climats lointains , on verra qu*au lieu d-étre une pépinière de matelots ils en sont le tombeau» .Tâ* jouterai plus. Si quelques-uns de ces spectres ambulans qi^*on dit iiccl^nuités après avoir survécu à tant de milliers d*jiAdividu8 (squelettes desséchés comme des momies sur lesquelles la corruptioii n*a plus de prise , et teUqinent destitués d*esprits vitaux que la putré&ction ne saurait les entamer); si, dis-je, les garnisons de Batavia ^ d^Amboynè, ou de tant d^endroits que j^ai vus en Amérique, pouvaient se transporter tout k coup en Europe, pour y défiler la parade dans les métropoles qui les envoient , je ne voudrais à jamais d'autre argument pour les dégoûter de la zone torride, et de la plupart des. pays au-delà du tropique.
En vérité , si nos états se sont fait tant de besoins inutiles, ou qu'ils croient indispensable d*avoir des colonies pour ne pas acheter plus cher à l'étranger quelques denrées superflues qui leiu* sont si follement'
devenues nécessaires, et qu*il leur serait si facile de remj^cery ils n*ont rien à se reprocher à Tégard de leur système colonial, presque également condamnable partout , quoiqu'il ait indubitablement élé profitable aux nations qui, n'ayant qu'un territoire borné, ont eu Fart d'attirer les autres aux confins de l'univers, où elles avaient plus d'espoir de dominer. Mais quel étrange aveuglement de la part de celles qui peuvent faire. autrement, que d'aller se détruire au bout du monde aussitôt qu'elles ont la moindre altercation chez elles! Car tel. est le funeste effet des établissemens lointains , que les peuples commerçans se font la guerre sur le globe entier dès qu'elle se déclare dans leiu* sein, comme si l'Europe ne pouvait exislier heureuse et puissante où la Providence l'a placée, sans l'extermination de, tant de peuples, et le bouleversement des plus riches contrées du globe, pour la négociation du sucre et du poivre, pu sans les produits des régions à trois ou quatre mille lieues , dont les indigènes lui donnent cependant si. bien Texemple de se passer, puisqu'ils n'ont, n^qme jamais été tentés par auctm des articljes que nous avons tou- JQurs vainement essayé de leur porter! Quand on pense que la ^ plupart de nos états consomment en denrées inconnues auparavant plus que leurs couronnes n'avaient autrefois de revenus! Mais les fautes des siècles passés nous choquent et nous étonnent, tandis que celles de notre temps sont si ,&milières que nous y participons sans attention.
Je serais cependant fâché qu'on inférât de ceci
que je ne veux point de marine, et que le lare doit être banni de tous les éuts. Comment poum»-je le dire, quand le nombre des individus qui iuffiseiit aux travaux de la terre, et même k la culture des arts qui en dérivent, est de tant inférieur à la quantité de bras qui peuvent s*«mployer dans un paji, ou à la population dont il est susceptible? Le commerce, je le sais, est nécessaire; et un grand empire supporte le luxe jusqu^ù un certain point. Mais il fiml que ce dernier ait des bornes, même parmi les eatours du souverain; car, outre que ie &ste révolte, les provinces se ressentent toujours de Téclat d'une cour trop brillante. En vain ditH>n que leur prodigalité vivifie ie commerce, et qu'elles rendent en pluies ce qu'elles pompent de vapeurs, la vérité prouve le contraire. Les' profusions des rois n'enrichissent que peu d'individus; et réduisant le peuple à la misère) parce qu'ils ne donnent point à ceux dont ils prennent, le propre de ce geiire d'excès^ si je peàx ainsi m exprimer, est; d'absorber toute l'eau courante qui devrait fertiliser un pays, et de la transfonnei} eii viviers pour l'entretien de quelques poissons dora.
Sans d^nc vouloir tracer ave<5 une précision géo* métrique les diverses physionomies ànUribueriaûltiïtt selon les payi, ou les limites qu'il ne pfeul enfireiùdre sans être préjudiciable , je me bdrtie à dire qu'il devient le plus grand des maux quand il s'étend irop, et empoisonne toutes les classes de la société. Ne dégradant pas moins les âmes que la crainie , éV chaque besoin superflu qu'il donne étant \me chaîne q[ui ga-
Tofte, il avilit le» esprits au point de ne pins estimer que lui , ce qui fait qu'on tombe en proie à la mollesse et aus passions les plus méprisables. Ses raffine» lïiens se répandent insensiblement depuis le riche qui en jouit jusqu'au malhetrreux qui le convoite. Dès lors, la société n'est plus fondée que sur de vains désirS; au lieu de l'être sur les besoins physiques. L'agricnitnre ^e néglige , les arts Idcratifs s'étertdent de plus en plus aux dépens des arts nécessaires, les sages etix-mémes ^nfe s'en apercevoir, ou ingénieux i se uomper, n'ont plus qu'une sagesse intempérante ; et la génération gâtée, sinon par le goùl de l'oisiveté qui prédomine, au moins par les enchantemens et les ébranlemens des plaisirs violens et raffinés, ne trouve plus que la langueur de l'ennui dans les vraies jouiissances d'une vie itiitocente.
Malgré ee tableau peu flatté, je sais néanmoins que le commerce , cette houVelle ame du monde moral*^ s'est tellement insinué partout, qu'il est devenu comme essentiel à l'existence des corps jiolitiques; et loiii que le luxe ait toujobrs les effets qtie je viefns de citer, le goût 'dé ses cominodités pei|t aussi dblinér l'anàôuf du travail, qui fait aujourd'hui la principale ibrce des états. Bien que les occupâtrtois sédentaires des arts mécaniques soient peu fato)nables aux hommes', il est moins funeste de les énerver dans des ateliers que de les aguerrir sous des tentés; car la guerre dëmiit, et le commerce crée. Tontefois l'avenir seul prouvera si cette révolution dans les mœurs a véritablement changé \ci^ maximes politiques de l'Europe, ou
l'on ne veut plus que ce soii un peuple pauvre qui devienne redouuble à une nation opulente, et où la force, dit-on, est aujourd'hui du côté des richesses, parce qu^elles ne sont point le fruit de la conquête, mais l'ouvrage des travaux assidus , et d'une vie entièrement occupée.
En ouU*e, semble- 1- on dire, ce n'est que parce qu'on prend la cause pour l'effet, qu'on attrimie si souvent au luxe ce qui u'ast que la suite de la corruption des mœurs, qui dès lors entraîne celle du luxe, car ce dernier n'est point ce qui efféminé uue nation. Bien qi^e les ax^ts énervent un peu le corps, loin de dégrader l'ame, l'industrie au contraire, q|ii est le produit de leur culture, semble lui donner un nouveau ressort. Le luxe ouvre au pauvre la maison du riche, en l'obligeant à lui payer un tfibut, sans lequel il végéterait clans la misère. Il midtiplie les talens et les besoins, ralfiuc, invente, donne de l'aci* tion à tous les esprits, par conséquent contribue à la liberté politique, et fait même ileurir l'agriculture quand on le dirige bien, ttant un avantage réel en lui-même, il fomente l'amour du .travail, met en activité des ateliers de tout genre; et, provoquant la fabrique d'une inunensç quantité de matières, il donne à la machine politique un mouvement général qui utilise tous les bras. Totis les âges et toutes les conditions sont appelés à partager l'abondance que le luxe répand de toutes parts; et n'ôtant pas le courage, (|uaud les mœurs ne sont point corrompues, il sert à répartir également les richesses, et ne produit jamais
de mal sans le concours de mille autres causes. Par exemple , si le patriotisme est ëteint, ou Topinion gënërale trop en faveur de ceux qui mènent une vie efféminée, il est vrai que le luxe prend alors fréquemment la teinte des mœurs. Enfin , s^il est beau de voir les Romains subjuguer tous les arts avec celui de la guerre, et vaincre avec lui toutes les nations, il ne l'est pas moins , et il est beaucoup plus doux , de voir toute l^urope habitée par des peuples laborieux, qui roulent sans cesse autour du globe pour le défricher et l'approprier à l'homme; des peuples qui agitent par le souffle vivifiant de l'industrie tous les germes reproductifs de la nature ; qui , remuant et soulevant là terre avec tous les leviers du génie, demandent aux abîmes de l'Océan et aux entrailles des rochers de nouveaux soutiens et de nouvelles jouissances; des peuples qui par les heureiïx progrès de la navigation , établissant entre les deux hémisphères comme des ponts volans de communication qui rejoignent un 4;ontinent à l'autre, suivent toutes les routes du soleil, fSranchissent les barrières annuelles, et passent des tropiques aux pôles sur les ailes des vents; en un mot , des peuples qui ouvrent toutes les sources des richesses et de la prospérité, pour les verser par mille canaux sur la surface de l'univers.
Ce que je viens de dire peut être vrai : mais comme il -est également indubitable que dès qu'on veut analyser le \uxmy les beaux-arts qui l'accompagnent, et la corruption des mœurs qui suit presque toujours ces derniers, sans pouvoir distinguer les jnstes limites de
chtcuQ éïeux 9 on entre idans un labyrinthe où I*on s^égare à chacune pas, le mieux e$t de «urveiller 'Mt^nuyement les nouvelles branches de luxe qui sUncro^ duisenti afin d'encourager celles dans le cas iTèue iitiles, et d^empaver autant, qm possible y suns <{P|d le public ^eçi aperçoive , celles qui sont préjudiciafales au bien de Fétat. Qr je regarde comme mauvais tout ce qui ne sert qu'à la pompe d'une vaine nu^giûfi* cence , en arrachant un trop grand nombre de hf9$ auK campagnes , de même que lorsqu^on change ces dernières en jardins de pur agréqient, qu*on .le# laisse en friche pow le (plaisir de U chasse , ou mille autres usages qui s'opposent à la population. Au ^^o^traire, rien n'est plus louable que ce qui est utile au public; l'empldi de l'indigeaçe 9 par exemple^ H ceasa}ion de la mendicité , réiablissement d'une nouvelle or^mur facture y. }a oonstrucUon d'ua canal , d'un pont oa d'un chemin qui £iciUiient les commiinieaiÂaais» le dessèchement d'un m^ais qu'on utilise 9 -et MMtvO^ qui peut favpriser la culture du ^1. JEln on mo^ iji en est d)Li liixe dans un empipe conrune des orpeApi^ns de l'architecture , qui vadent miieux en raison de oe qu ils coniribpent davantage à la solidité; «utremenifioiH ce vain clinquant des états U0 peut guère ;se coiyipàrer qu'au dehors brillant d'un ftuit dont TiniLérieiu* -est pourri. - ' 1 ;
Que l'agriculture soit ^donc Kionjotir» la base de. la force pt de la pi^ospéritéi,' re«r «i les avu ^onmeal la foroïC;, <"i-:}e:comR>epce le. mouvement, l'Agriesikfire seujie.&^pût ia matiène^ sans laqittJfe..^es autres ne
peayent exister. Je n^gnore pas quVne Dation a plus d^un moy«n da pofiter des fruits du négoce et de rindustrie, quoiqu'elle ne cultive poin^ les terres; mais l'arbre qui donne ees fruits ne saturait appartenir qu au peuple agriculteur. C'est donc un principe que partout où le produit du sol .«st avantageux ^ tout doit lui être subordonne, ce qui n'empéohe pas de s'occuper des progrès du commeroe et des arts. Mais l'agriculture est une déesse tutëlaire que ries ne peut égaler. Elle est le grand intérêt avec lequel ii &iit que les autres se combinent , le point central où toutes les lignes économiques vpnt aboutir, le seul fondement solide de la richesse des Jiatipns. Qup le gouvernement ait donc toujours Yoùl à ce que l'étal du paysan soit tellement heureu3(, que. ne i:egardaiiA point sa charrue comme l'instraniôQit de son malheur, il ne soit jamais tenté de la quitter pour un travail plus lucratif dans les ateliers de toute espèce, qui^ iHenque^ je n'en oentesie pas l'utilité, dégénèrent tn maux publics aussitôt que trop nombieiiix on. les multiplie sans discernement.
■El) vain en est-il aussi qui soutiennent que la plupari des Tioes concourent au bien public comiae les v^irtiSà, et que tecoqimerce, paitiexemple, ne.fleùii^ rait pas sans la vanité, ramoiir-propre , et iani d'autres défents. Si dans un sens cela peut être vrai, le bien produit par le vice est loufours tellement mêlé de maux, qu'il est bon de l'éviter Mitant jque posai* Ue , «ans parlée du grand nombre de .lois indispensables potv en arrêter les. désordres )• oar chaeiÉi voulant
une fortune prompte pour briller, et tous les moyens étant bons pour y parvenir, les mœurs se corrompent de plus eu plus, tandis que Thonneur, la probîtë| la bonne foi, toutes les choses louables, même le naturel , se perdent insensiblement. En un mot, ne fiul^ il pas qu^un certain genre de commerce et le luxe aient en eux quelque chose de bien fatal, puisque sans parler des meilleurs écrivains qui n^ont ja* mais cessé de le décrier, ni de cette colonne dn temple de Thèbes où Ton avait gravé des imprécations contre le premier qui introduisit le luxe en Egypte , Platon disait que plutôt d^avoir entièrement tourné ses idées du côté de la mer, il eût mieux valu pour Athènes continuer tous les ans d^envoyer sept de ses principaux citoyens au Minotaure.
Cependant tout étant contradiction ici-bas , comme )e le répète sans cesse , on est forcé d^avouer d^un autre côté que si le commerce répand généralement un esprit d'intérêt opposé à la sublimité des vertus morales,et si les richesses qui en sont le fruit laissent souvent les nations qui les possèdent en proie à toute la dépravation de mœurs que produit une cupidité effrénée , il contribue aussi parfois à rendre ujl peuple naturellement juste, en éloignant de lui le brigandage et Toisiveté.
De plus, comme il est inqpossible que tous les membres d'une société possèdent le nécessaire , et qu^au* cun soit sans superflu , revenant au luxe , celui qu'on a le bonheur de bien diriger, est le meilleur moyen de remédier à Vinégalité des propriétés , sans* ajouter
quant à ce qui tient aux revenus d^un empire , qu^on taxe quelquefois plus aisément de 5o millions , loo millions de superfluilés , que de 3 millions, 5o millions d^articles nécessaires. Il y a mieux. Les charmes du luxe, tout faux qu^ils sont, aident à la tranquillité des peuples; et cette espèce d^enflure qui existe dans im éiat par la quantité excessive de ce qu'il reçoit el de ce qu'il envoie, peut y produire nombre dWantages quand les choses d'importation et d'exportation sont en équilibre. Car dès lors il . y a plus de cpnsommaiion , plus de mouvement intérieur, plus d'objets sur lesquels les arts s'exercent, plus d'industrie , plus d'hommes employés , par conséquent plus de moyens de réparer les perles, et plus de facilité d'acquérir la puissance. Il est également des cas où l'on a besoin d'un secoiu*s prompt, qu'un pays si plein donne toujours plus aisément.
Mais nos gouvernemens qui SQçt a^cz mod^ré$.,;.et même ne manquent pas de sagesse à 1,'égard de plusieurs autres objets, ont ime intempérance d'autant plus impardonnable toutes les fois qu'il s'agit de luxe, qu'en général les nations souffrent plus ou moins par le commerce qui les rend dépendantes de l'étranger, parce qu'il n'enrichit que peu d'individus atf détri* ment du public. Il faut autani que possible que la circulation ait lieu dans l'éiat, et surtout que l'argent des impositions retourne promptement d'où il est sorti; chose qu'on obtienl par l'cncourageme/it des produits du sol quand ils se travaillent dans le pays même, par l'établissement des mouumens d'utilité
dans rintërieur, et en fomentant tout ce qui peut améliorer le sort de chaque individu. Mais à moins qu on ne soit dans une situation particulière, c*est-K-dire sans territoire 9 ce qui vient du dehors est presque toujours inutile , et rend souvent tributaire à la kmgue en devenant un besoin. Qu'on voye, par exemple, en fait de luxe mal dirigé, celui de quelquesuns des SMCcessçurs d'Auguste, et jusquViù s'étendit parfois leur délire à cet égard. Je ne citerai que Néron , qui, au lieu d'encourager dans l'empire une infinité de choses qui pouvaient aider la classe indigente, fit brûler aux funérailles de Poppée plus de parfiims qu'il n'en croissait en un an dans les pays d'où on les apportait.
Ceci me conduit naturellement à dire nn mot des lois sur l'exportation du numéraire ; car on sent qu^l faudrait peu d'excès semblables poiir voir disparaître celdi d'un état. Chaque nation doit se contenter à cet égard , comme pour tant d'autres choses , d'avoir là balance en sa faveur, sans vouloir tout posséder ex* clusivement; et se trouvant des cas où même un luxe passif est avantageux , surtout quand on possède des mines abondantes , il peut également en survenir où l'on ait trop d'argent, et dans lesquels on s'inquiète peu de sa sortie. Mais comme il en est un bien plus grand nombre où l'on doit la surveiller, le meilleur moyen d'y contribuer serait sans contredit de mo* dérer sa fureur poiu* les choses du dehors, et que la cour donnât l'exemple en s'en privant entièrement; cor dès lors l'étal tirant moins des étrangers que les
étrangers ne tirent de lui, il ne resterait poiiit débiteur, et par conséquent le change cessant d^étre avantageux , il n*en faudrait plus sortir d^argent pour solde de compte, ce qui ferait cesser toute exportHion.
Enfin , pour terminer sur Tarticle du conunerce , qui demanderait qu^on en parlât tout au long, et doutant plus difficile à déterminer fixement quUl n*est pas moins sujet aux révolutions que les empires , on ne saurait trop consulter le içaractère d*une nation , et surtout la nature de son gouvernement, avant d'oser décider celui qui lui convient ; et , comme je Tai dit à regard de Tagriculture , il faut laisser un libre essor aux intérêts des particuliers, qui suffisent toujours pour donner le plus grand mouvement au commerce, à moins que des lois vexatoires ne s^y opposent, De plus , quelques millions qu*un état gagne sur l'étranger ne pouvant être pour lui qu'un médiocre avantage, ]a balance du commerce en sa Ëiveur ne suffit pas pour contribuer à sa puissance , à ipoins que le gouyernçment n'ait Tart de faire circuler cet argent dans le eorps de la nalion , et qu'il ne porte la vie et l'abondance chez tous ses membres ; et quand on pense au commerce, on doit d'autant moins le faire exclusivemeat aux dépens des autres brai^ches de l'adminislration , qu'il est à peine im pays qui soit purement commerçant.
De même, il est d'autres inconvéniens qu'il faut
■ toujours avoir présens, comme, par exemple, que le
grand défaut de l'esprit mercantile trop répandu chez
une nation est d^envahir progressivement toutes les forces de ]a société; car il laisse toujoius plus ou moins dans Toubli les doctrines conservatrices des empires pour Tintérét du moment, par conséquent pour des systèmes aventureux et fragiles, sur lescjuels la royauté ne peut fonder aucun appui. De même (jn'en parlant de l'agriculture j'ai dit que la trop grande divisibilité dos propriétés mène un peuple à la démocratie, Tempire de la puissance industrielle également est par lui-même une puissance démocratique, qui sans aucune doctrine fixe, ni même de patrie, préfère toujours Tor aux principes; de façon que tout peuple commerçant, libre ou non, en vient à n'aimer et n'estimer que les richesses ; et ces mêmes richesses produisent l'effet contraire de l'indigence, celui d'éteindre le courage, et de dégoûter de la guerre.
En outre, un commerce trop considérable peut quelquefois être im aussi grand mal pour un empire qu'une domination trop étendue sur de vastes provinces ; et il est presque toujours sûr qu'à la fin le commerce trouve sa ruine dans les richesses qu'il entasse, comme toute puissance la trouve dans des conquêtes.
J'ajouterai également, ainsi qu'on l'a pu voir au commencement du troisième chapitre, qu'un peuple aimant la patrie, sobre, actif, industrieux, constant dans les travaux, est toujours la meilleure source de richesses quand il est nombreux , pourvu toutefois qu'il puisse subsister, car à quoi servirait d'encourager la population, et de faire naître plus d'honmics que
les ëiais n'en peuvent nourrir, ou que les gouvernemens n'en peuvent gouverner ? De même , on ne doit pas croire que le territoire le plus favorisé du ciel soit celui qui prête le plus à Topulence; car, pourvu que le sol soit passable, l'industrie remédie à tout. Qu'importe aux abeilles de Lithuanie de n'avoir point des fleurs d'un éclat aussi brillant que dans quelques autres pays, si malgré l'âpreté du climat celles qu'elles ont suiBsent pour en tirer le meilleur et le plus beau miel de l'Em-ope?
Quant aux autres points de la conduite du prince avec les étrangers, le premier est de ne jamais oublier que quelque puissant qu'il soit , sa plus grande force existe dans ce qu'on n'ose l'attaquer par la crainte de ses alliés, qu'on croit qui lui resteront fidèles. Rien n'équivaut à cela ; de même que la justice , la modération et la bonne foi sont le rempart le plus sûr d'un empire, quand les états qui l'environnent vivent persuadés qu'on ne s^écartera point de ces qualités. Car alors s'intéressant à sa conservation, ils deviennent son appui le plus ferme, parce qu'ils sont toujours prêts à prendre les armes pour sa défense. Et combien ramitic de ses voisins et la paix ne sont-^ elles pas souvent des biens plus réels que la folle vanité d'mie conquête inutile! C'est prendre l'ombre pour le corps que de sacrifier le bonheur d'un peuple au faux brillant de ces dernières.
Cependant si le prince, n'importe comment, acquiert de nouveaux domaines, il est cent moyens de se les attacher. Les choses qui y contribuent le plus
sont Ift prudeueé, le courage, les venus, son application aux Affaire^; le respect et Tamour qu*on a potir lui ; sa haute réputation , le bon choix de ies ïtliliis» très et de ses conseillers ; Tattention quUl a de &ire rendre la justice avec impartialité , le soin qvu\ met à veiller sur les mœurs , à ce que la jeunesse reçoive une bonne éducation , et surtout rintégrité de ttnK qu^il emploie auprès de ses nouveaux sujets, qu*il faut autant que possible traiter avec plus d^aménité que leur ancien gouvernement ne le faisait, yé ches^td nom^eaUj vieux copalier; c'est-à-dire qu'il faut un homme adroit, et qui ait la main douce : cependant il ne doit pas non plus manquer de fermeté dans l'occasion, et surtout tâcher de ne point trop s'éloigner danç sa manière de gouverner de celle à laquelle les peuples sont aecoutumés. Philippe II ayant pris pos« session du Portugal , pour mieux en éloigner les troubles, y laissa pour vice -roi le cardinal archiduc Albert, de façon que, même quant à l'habit, il semblait que le roi cardinal Henri ne fôt pas mort. De même, vbyant les Pays-Bas accoutumés au gouvcrnenfient des femmes depuis un demi-siècle, il y envoya sa soeur la duchesse de Parme , croyant que les Flamands aimeraient mieux une gouvernante qu'un gouverneur. L'encouragement du commerce et des arts contribue aussi beaucoup k tranquilliser les peuples dans les provinces nouvellement acquises. Enfin, il est malheureusement des circonstances où l'on est forcé de chercher à y distraire les esprits , des occasions où l'on n'a d'autre ressource que d^en confondre les peu-
pies en les mêlant^ en les iraiisportanl, et même parfois en ôlant de parmi eux les individus dont on craint oue la pn^sence soit nuisible.
Mais la meilleure force qu^un souverain puisse emjjoyer avec une nouvelle province est sans contredit de travailler à sa prospérité; et ta elle n^est pas conti- ^ gnë à son empire, ou qu'elle n*en puisse faire p^irtie iotëgrante y la politique la pins judicieuse est de lui accorder le droit de se gouverner par elle-même, et selon ses coutumes, ainsi qu'on en use avec les colo- - nies, c'est-^-dire d'une façon qui soit toujours soumise aux impulsions qu'elle reçoit de la mère -patrie, à peu près comme une ndceUc nhéh au moQvtement du vaisseau qui la remorque.
En général, les nations se laissent facilement aller à l'intérêt, et ne consultent guère que leur avantage. Si le souverain leur fait du bieli , peu leur importe où il soit né. Mais elles sont encore plus sensibles à l'avarice du gouvernement qu'à la servitude : et (quoique j'aurais pu le dire au troisième chapitre ) , j'ajouterai que les états hérédriaires ne sont pas moins en péril que les autres, quand oubliant ke couiumes, ou les lois qui existaient sous ses prédécesseurs , celui qui possède ces états cherche à les mettre sous le joug , «t s'eSbrce de les abattre avec un sceptre de fer , au lien de reconnaître que sa grandeur provient d'eux ; quoTid, dis-je, il mène les hommes comme des esclaves, que son orgueil les rend le jouet de ses caprices , qu'il s'applaudit de le«r ^iliiie , s''ùnir\^e de leur sang , immole tout h ses passiMis, et lÊné emstttie
que ce qui peut assouvir ses goùls particulieis. Fn outre^ plus un prince appesantit son autorité sur ses sujets j moins il est craint et respecté de ses youîns et de ses ennemis : à mesure qu^il paraît plus paissant au dedans , son peuple devient plus faible au dehors. Ceux qui gouvernent sont presque toujours plus redoutables par leur caractère personnel que par leur force; et, malgré ce que j*ai dit au commencement du troisième chapitre, la puissance la plus dangereuse n^est pas celle qui a les plus grands états, ouïe plus grand nombre de sujets , mais celle qui use le mieux de son pouvoir ; ce qui vérifie le dire de Gustave-Adolphe , qu'i7 n^jr a de rangs parmi les jtoi rfue celui que donne le mérite. Car bien que les moyens et les ressources mis dans la balance semblent remporter de beaucoup, celle-ci penche généralement du côté de ceux où il y a le plus de prudence. Toutefois ces derniers ne sont point exempts de passions, et même les plus sages commettent des fautes avec d^autant plus de facilité qu^ils se fient sur leurs talens pour les réparer, sans parler du temps et des évènemens qui les maîtrisent comme d^autres. Mais une des ruses qu^un souverain ait le plus à redouter de la part des puissances qui Tentourent, est lorsque dissimulant leur propre intérêt et ne semblant voir que le sien, elles lui proposent des choses qui sous Tapparcnce d*un bien présent ne peuvent que lui être préjudiciables dans la suite, et Tentradnent Vers des projets dont les résultats sont en leur faveur. Un prince ne peut être que difficilement bien
conseillé par les siens ; qu^il soit donc toujours en garde contre les avis étrangers.
De même, comme il est rare que les entrevues des rois niaient des suites désagréables , ils doivent autant que • possible traiter ce qui les touche par correspondance, ou par leurs minisires; car trop souvent dès qu'ils s^approchent il naît mille soupçons , même des mécontentemcns , et ils ne rencontrent presque jamais * Fun dans Tautre ce qu'ils attendaient, lorsque les circonstances font qu'ils se voient seuls. Au conlraire, sont-ils accompagnés , chacun prétendant à plus qu'on ne lui rend sort mécontent de la façon dont on l'a reçu, parce que l'amour-propre change les conférences des princes en un duel où l'on bataille pour les cérémoiûes, avec l'espoir de sortir vainqueur en ayant mieux fait que son antagoniste ; et si leurs cours ou leurs familles sont présentes, elles ressemblent h deux escadrons jaloux que leur chef l'emporte sur l'autre par les qualités personnelles. Or comme il est difficile , pour ne pas dire impossible , que parmi tant d^individus il n'y ait quelque imprudent, le moindre geste , le mot le plus innocent s'interprète mal , etdonne un sujet de brouille ou d'altercation. Le plus sûr est donc que les ambassadeurs traitent les affaires de ceux qui gouvernent, à moins qu'ils ne soient assez sages pour se voir comme particuliers.
Enfin, je viens aux représentans des souverains dans les cours étrangères ; et si, comme je l'ai dit au premier chapitre, le prince doit donner de fréquentes audiences, aûn de mieux connaître les hommes, et
savoir ce qui se passe , j\i jouterai ici que ceUe» qii^il accorde aux ambassadeurs sont les plus difficiles, car ce n^esi point assez alors qu^il ëcouie avec attenlion et modestie, il faut encore qu^il le fasse avec sagacité, discernement, prudence et fermeté. C'est là surtout quM doit avoir ce génie mobile qui sait se prêter à celui des personnes auxquelles il parle, se souvenant également de ce qu^il est , ei de ce que peut être le souverain qui traite avec lui ; ménageant en outre si bien Tambassadcur, que d^un témoin et d*un espion public il en fasse un ami, pour ne pas dire un médiateur qui lui soit attaché, chose souvent difficile avec des gens dont, comme on dit, le cœur et la langue ne sont pas toujours de la même paroisse.
Quant aux divers motifs pour lesquels on envoie dos ministres de second ordre dans les cours étrangères, sans les rappeler tous ici, l'ambition, l'amitié, lo commerce, la prudence, l'avarice, la crainte, cl beaucoup d'autres passions, ainsi que le désir de savoir ce qui se fait, engagent à entretenir chez les autres puissances des ambassadeurs, ou des envoyés ex» traordinaires , chargés d'examiner ce qui se passe, de découvrir les secrets qu'on veut cacher, et de travailler sans cesse à faire entrer dans les vues de letir souverain le gouvernement près duquel ils résident; car un roi doit être instruit de tout ce qui dans la politique extérieure a quelque rapport à lui, ii ses. alliés, même à ses ennemis.
Les souverains ont dTautant plus d'intérêt à bien choisir ceux qui les représentent à l'étranger, q^e
c'est souvent par cette sorte de ministre^ qu'on y juge d*eux et de leur nation , ce qui doit les engager à ne prendre que des sujets dont les nobles qualités commandent Testime et le respect. Quand le prince est assez heureux pour en trouver, il faut qu'il en conmûsse le prix, les conserve dans leurs emplois, fasse un cas particulier de leurs avis, qu'il les aide par des secours extraordinaires s'ils ne sont pas riches, qu'il prenne soin de leurs familles s'ils en ont, qu'il répare le tort que leur absence fait à leii# fortune, et| quand leur âge demande du repos, qu'il les appelle près de lui dans son conseil , en les comblant d'honneurs potir prix de leurs travaux. Mais malheureusement ce n'est point le cas, et tous ceux qui étant riches consentent à se ruiner imaginent qu'ils sont propres aux plus hauts emplois de la diplomatie. A la cour même, on n'examine pas les autres qualités ; et l'on y compte si peu sur elles, qu'ordinairement l'ambassadeur n'est que pour la représentation , les affaires importantes se traitent par un autre canal que le sien. Cependant s'il est de la dignité d'un souverain que l'individu qui le représente paraisse avec éclat , il faut aussi qu'il ail du talent. Or c'en est un bien petit que celui de s'épuisa en dépenses, et croire être graud parce qu'on est magnifique. Le luxe, je le sais , est quelquefois imposait, et devient un instrument extérieur qui dans certains cas peut seconder ; mais quand un ambassadeur est estimable par lui-même, il réduit à sa juste valeur tme pompe qu'il sait n'être que pour le peuple, et qu'on n'excuse que parce que la faiblesse des
hommes la rend nécessaire , peu de personnes étant capables de discerner un grand mërile quand il est seul, et qu^m extérieur brillant ne le grossit point au jugement des sens. Toutefois je suis loin d^imagincr que les rois doivent se faire représenter à Tétranger par des noms ou des richesses au lieu de le faire par des hommes ; car les choses ne vont jamais plus mal (|ue quand les maximes de cour remportent surles maximes d'état, et tout peut se regarder comme perdu quand le prince ne voit l'état que dans sa cour. Un bon choix à l'égard des premiers agcns de la diplomatie est d'atilant plus essentiel, que Taccroissement et même la conservation des monarchies en dépendent ; car les fautes commises à rextérienr, c'està-dire vis-à-vis des puissances étrangères, sont beaucoup plus préjudiciables que celles qu'on fait dans l'intérieur d'un étal. Par exemple, supposant qu'on tombe chez soi dans l'ecreur de protéger les méchans, d'écarter les gens de bien , de proposer de mauvaises lois , ou de prendre de fausses mesures , tout peut se réparer avec du talent ; mais il en est autrement pour les relations externes d'un empire, parce que des guerres longues et sanj^lantes ne rétabliraient pas ce qui souvent n'a coûté qu'une dépêche diplomatique. L'ignorance et la mauvaise volonté des ministres à l'étranger ont perdu plus de monarchies que la négligence des rois. Combien d'ambassadeurs ont été cause de guerres ! De même que le soleil ne transmet que des rayons de lumici*e au miroir ardent, qui dès qu'il les réfléchit les transforme en rayons de feu. Tinter-
prétation des ordres est souvent danjjereuse. Si le cœur de ceux qui les reçoivent avait la pureië du cristal, ils en sortiraient tels qu^ils y sont entrés; niais, pour peu qu'il soit d'acier, il sert de foyer à Tembrasement du monde.
Un prince ne saurait donc mieux faire que d'employer pour chaque négociation le ministre le plus convenable, comme, par exemple, un homme doux pour persuader, un qui soit fin pour observer et découvrir, un audacieux pour faire des plaintes où des reproches, et même un fantasque, entier et point trèspoli, quand il s'agit d'tme affaire qui a quelque chose d^in juste et de déraisonnable ; car toutes ces circonstances se rencontrent, le difficile est d'être bien préparé pour elles , et de les saisir à propos. Il découle naturellement de là que, si l'on veut entretenir la paix, on ne doit pas se servir d'un homme qui voie sa gloire dans la guerre, parce qu'il en provoquerait peutêtre une comme utile à ses intérêts. De plus, la même affaire doit s'ordonner différemment selon ceux qu'on emploie, et l'on ne saurait sans préjudice se servir de la même dépêche pour un individu colère et un individu tranquille , pour quelqu'un de timide et pour quelqu'un d'audacieux, pour un esprit plein d'élévation et un esprit ordinaire ; car si les raisons fortes et solides sont excellentes pour les grandsgénies, les faibles sont meilleures pour les gens médiocres, parce qu^elles sont plus à leur portée. Chacun conçoit les affaires selon sa capacité; les plus épineuses semblent aisées aux honmies qui ont de l'intelligence et du cœur, tandis
que ceux qui n*ont pas ces qualités trouvent ordinairement tout difficile. Il est également bon que ceux qu^on charge d*une chose Tapprouveut, et n^a^nent point contre leurs désips , car dès lors ils n^y mettent aucun soin, ne la jugent même pas nécessaire, et peu leur importe sa réussite ; d*où Ton peut conclure que celui qui conseille une négociation quelconque est souvent celui qui peut le mieux en venir à bout| parce qu^il y croit sa réputation intéressée , et que cela nt peut manquer d*aiguiser Tindiistrie.
Je ne crois pas avoir besoin de faire observer que toutes les négociations d'une puissance doivent ^tre en» tièremcnt conduites relativement k son intérêt fondamental y puisqu*éUDt Touvrage d*un seul système il faut qu*elles tendent k une même fin. On négocie toujoiuv sans fruit quand on n'établit point une juste proportion entre le but qu'on se propose et les prin- <;ipes de son gouvernement ; de façon que si celui qui dirige les affaires étrangères d'une nation ne lie point par un fil systématique toutes ses c^)érations les unes aux autres, pour qu'elles aboutissent à la même fin y il sera bientôt forcé d'obéir aux évèncmens , et quand même chacun de ses agens réussirait en particulier dans la négociation dont il est chargé, il ne résulterait de tous ces succès qu'tm chaos d'afiaires impossible à débrouiller. Les états reçoivent taot d'avantages des négociations continuelles, quand elles sont conduites avec prudence , qu'il est difficile de le croire si l'on n'en a l'expérience ; car on finit presque toujours par rencontrer un instant propice pour
en venir à ce qu'on désire, et supposant même qu'il lie se trouve pas on ne peut pien perdre , et les nëgociations instruisent de ce qui se passe dans le monde, chose de la plus grande conséquence pour le bien des états.
. Une des choses les plus essentielles , pour négocier, est de bien connaître la nature des affaires qu'on traite, à'en analyser soigneusement toutes les circonstances , et ce qui peut aider à leur réussite , ou relarder leur succès , tant de la part des gouvernemens que de celle des diplomates qui en sont chargés , car les vues particidières de ces derniers ont la plus grande influence. Pendant le traité des Pyrénées, conclu dans Tilc des Faisans entre le cardinal Maxarin et Don Louis de Haro, celuinci finit par obtenir plusieurs points intéressans, uniquement par la façon dont il sut profiler de la situation de son antagoniste. Ce que le cardinal avait de plus à cœur était d'empêcher le rétablissement du prince de Condé , auquel il s'of^)osait avec toute Timpatience et la vivar cité italienne , craignant en outre que la négociation Irainât en longueur, parce qu'il désirait ardemment retourner à la cour , où l'absence est quelquefois si rUuAgereuse. Don Louis qui s'en aperçut , quoique du «este ce iùt un être assez médiocre , ne manquait donc pas avec tout le flegme et l'opiniâtreté espagnoles 9 de remettre à chaque conférence IWairc du prince de Coudé sur le tapis , et oontinua de la sorte jusqu'à ce que le cardinal, qui d'abord refi^isait de traiter à cet égard , finit par l'accorder à son propre
déirimenl, et contre les intc^réls de son roi. Le bon sens doit aider h distinguer Timpossible d*avec ce qui n^est que difficile ; et ce dernier tient rarement contre le courage et la persévérance , quand ils sont joints à la soupière et à l'attention.
Il suit de ce que je viens d'exposer, que les souverains ne peuvent assez avoir présent que ceux quHk emploient obéissent plus h leurs passions qu*à ce dont on les charge ; et c'est un des malheurs de II royauté que , se trouvant dans l'impossibilité d^étre partout, elle soit forcée de se servir d'agens qui rendent ce qui émane d'elle, comme on voit Teau qui partant d'une source claire s'imprègne des minéraux qu'elle rencontre. Ainsi les ordres se transmettent infectés par les intérêts des ministres, qui les rapportent plus ou moins à leurs fins particulières, ou les interprètent de la manière la plus propre h flatter les passions du maître qu'ils servent.
De même, les ambassadeurs qui désirent' la réputation de travailleurs , rendent moins compte de ce qui est que de ce qu'ils conjecturent être. Comme ils font vanité de tout voir, et qu'on ne saurait les tromper, leurs soupçons naissent souvent des choses qui les mériicnt le moins ; et ce qu'ils en disent occasiorme nombre d'erreurs , de mécontentemens , ou même les guerres qui s'élèvent entre les puissances, car un ministre a toujours cent moyens de semer le trouble et le désordre.
Cependant, s'il est nécessaire qu'un ambassadeur ait beaucoup d'esprit et de pénétration, dès qu'il s'en
pi<{ue , c*est une preuve qu*il en manque. Rien n'est plus méprisable , ni souvent plus odieux ^ qu'un homme qui croit voir plus loin que les autres; et Ton réussit presque toujours à le tromper, en lai faisan^ donner secrètement de faux avis, ou en affectant de lui cacher ce qu'on ne fait que dans le dessein qu'il le sache, couvrant ainsi par de frivoles mystères des affaires plus importantes , dont il n'est averti que lorsqu'il ne peut plus les empêcher. Car il faut avoir ime grande connaissance des hommes , et être capa-* ble de bien discerner ce qu'ils valent, pour ne point écouter de leur part ce qu'il faut mépriser, et ne« pas rejeter ce qui mérite une sérieuse attention.
Le prince ne doit donc pas trop facilement prêter l'oreille aux premiers avis de ceux qu'il emploie à l'étranger, mais les confronter avec d'autres; et, pour en mieux juger, qu'il ait toujours présens le caractère de ses agens, leur façon de voir les choses, s'ils se livrent à leurs passions, ou s^ils sont esclaves de leurs intérêts personnels. Souvent un ambassadeur se laisse emporter par sa haine ou son amour pour le pays où il réside, et même par l'affection que lui témoigne le souverain à la cour duquel il est, de sorte que tout lui paraît bien ; et plein de reconnaissance , pour ne pas dire affolé de la manière dont on le traite, il sert plutôt les intérêts de celui qu'il devrait surveiller, que sa patrie. Il en est également qui se laissent tromper aux apparences, et donnent de faux avis d'après des choses qu'on leur a confiées avec mystère , car personne n'offre plus volontiers la coupe
du menaonge que celui qui l*a dëjà bue. Eti^, nombre de minisires prennent le change an plus léger motif, etji^agissent que par passion , ou d*aprè8 les hraieR parÙGUlières qui leur troublent le jugement , en faisant tout voir du mauvais côté. Quelques-ùAs ausn , semblables à des ouvriers malintentionnés, ne cherchent qu^à iravaitier aux dépens du souverain qui les emploie, et souhaitent toujoiu*s que quelque chose aille mal, afin qu*on les croie nécessaires pomr y remédier. D'autres encore sont enclins aux interprétations malignes; et Ton en rencontre de si simples qu^ils ne peuvent même soupçonner la ruse. En un mot, parmi les caractères sans nombre qu*on est fiiroé d'employer 9 il en est bien peu qui ne soient dangereux.
1£t combien d^ambessadeurs qui , fatigués de leur résidence, ou brûlant de se retirer chez eux, s'inquiètent peu dès motiis qtii occasionnent une querelle, et s'efforcent de la chercher n*importe comment, pourvu qu'ils parviennent à àeurs fins! Les princes qui croient que leurs nunistres agissent to«ijours comme tels se trompent cruellement : s*il en était ainsi, ils seraient mieux servis sans doute; mais ceux qu'ils envoient dans les cours étant hommes j leur emploi ne les exempte point des vices naturels à leur espèce , et tout aussi sensibles que les autres h l'amour , et. à la douceur du repos, ils ne sont pas moins dominés qu'eux par la haine , la colère , la vengeance, mi mille passioiBS que leur zèle est incapable de réprimer. .
Le choix ei la conduite de ceux qui représenleni les roift étant d*une telle importance, ces derniers ne saur raient donc trop surveiller leurs actions sans se tenir à leurs dépêches; car quel est celui qui s^y peint tel qu^il est, ou dont le cœur est assez ingénu pour , se mettant au*dessus de tout amour-propre , avoir le noble courage dHnstruire sa cour des accidens qu^il aurait dà prévenir? Au lieu de cequ*ils ont fait et dit, la plupart n^écrivent que ce qu*ils aiuraient dû &ire et direi parce que Tintérét seul les conduit. Les affaires entrent en bloc dans leurs bureaux pour eh sortir façonnées ;, comme le mai-bre sort en statues.de Tatelier du sculpteur. C^est là que tout s^arrangc et se vetnit , pour paraître sous la couleur la plus avantageuse à la réputation du ministre pour lequel on travaille. C^ast là, dis-je, que les précautions se prennent après les évènemens, que les jugemens se portent après Couple etqne,plus puissans que Dieu,' les secrétaires foQt le présent du passé, et le passé du présent, en accomr quidant tout le mieux quUls peuvent avec le6 4fites de leurs dépêches. N^agissant que d'après cie que di^ tent leur imagination ou des vues particulières^ noQ seulement les plus grands inconvéniens et les erreurs les plus grossières s*ensuivent , mais il oj^jive .a|iS3Î que les fausses données qu^ils envoient à leur^ (toiurs y font prendre les plus funestes résdutioâs^ .^pj^nd, «tt lieu de ressembler à Ces doux zéphir^ we^ Ic^ i^^fàr ]war accompagne, ce ne sont ffae des vei9^s Airibonds cfQt déchaînent Touragan dans les cœurs^.
D^autres fois, également, los ministres qui ont le
plus d^expërience sont les plus nuisibles; et Jeur amour-propre j ou la contiance c[ue le prince a dans leurs laleiiSy empéohant qu'ils rëfléchissent .sur les atFaircs, ils resscinbleni à ces habiles pilotes qui, dans l'habitude de vaincre les tempêtes, s'exposent inconsidérément aux dangers. Il peut donc arriver que ceux qui vont terre à terre soient plus utiles. Mais un roi sage sait se servir de tous à propos; et Texpérience des uns le précautionne contre la crainte des autres, de même que dans un conseil' on prend indistinctement Favis de ses membres, tour h tourprudens et courageux , tranquilles et bouillans , timides et résolus; mélange qui, semblable à celui que produit dans le corps humain la contrariété des humeurs, donne aux choses le tempérament qui leur est le plus avantageux. Enfin, il est une règle que le prince ne doit jamais perdre de vue, c'est que partout la diplomatie se ressent toti jours des lois, des qualités et des vices intérieurs des états.
Je disais tout à l'heure que les rois doivent confronter les dépêches de leurs ambassadeurs avec celles qu'ils reçoivent d'autre part, qu'il est des occasions où ils ne sauraient trop surveiller leurs actions ^ et ne pas s'en tenirà ce qu'ils écrivent; cela indique clairement qu'il est des circonstances dans lesquelles on est obligé de traiter les affaires par des agens ([ui ne soient pas publiquement reconnus. Qu'on ne se récrie point sur cette méthode , qui cependant ne doit avoir lieu que pour des choses de la plus grande importance , car elle est souvent la seule qui puisse empêcher un secret de
transpirer. Qu^on songe combien il est facile de gagner €|uelqu*un dans une ambassade^ ou dans le gouverner ment étranger avec lequel on traite ! Or pourquoi dans ce cas changerait-on son ministre, ce qui attire' toujours Tatiention du public, qui de plus est rarement satisfait jusqu*à ce qu^il connaisse le nouvel envoyé, son caractère, ses relations, ses bonnes, oi^ mauvaises qualités^ même sa religion politique ?. Sans donc que ce soit pour aucun intérêt particidier, ni pour la si* luation malheureuse des aSTaires, sans, dis-je, en faire part à son ambassadeur, ni même. en instruire ses ministres, quand ce n*est point nécessaire, il = existe des circonstances où le plus prudent est de traiter les affaires par un agent qui nie soit pas reconnu.
Les anciens quelquefois envoyaient des ambassades beaucoup plus nombreuse» que celles d*au)Ourd*hui« (Tétait même chez eux une marque de respect que Tiiifërieur. semblait témoigner au supérieur, ce à quoi Tigrane, roi des Parthes, faisait sans doute allusion qtiand il plaisanta sur Tarmée de Locullus,*qui cependant u^ Ten battit pas moins, en donnant une des preuves les plus signalées de ce que peut. un. petit nombre de soldats aguerris- contre les armées qui.he sont pas discipli* nées, quelque formidable que paraisse leur multitude. Mais en fait d*ambassades nombreuses, Alexandre eu reçut de quelques peuples de Tlnde, dont le nombre des individus montait jusqu^à. cinquante; celle que les Scythes lui envoyèrent en avait vingt. Quand les I*-gy 1>tiens demandèrent au sénat romain de leur rendre le roi Ptolomée, ils députèrent vers lui plus de cent ambas-
fadeurs , ce qui prouve le respect qu'ils avaient potrr ces maîtres du inonde ; et lorsque ce même sénat fbt dégrade, il en fit lui«méme partir à peu prêt le même nombre qu*il envoya à Tempereur Sëvère.
Chez les modernes, dans le siècle actuel aumoÎBt^ le nombre des ambassadeurs ne signifie riep. Tcmlefois il n*est pas sans exemple qu^on emploie plot d*iin sujet pour la même négociation; je ne Tapprouve point. Il &ut que chacun ait ses limites bien fixées, et qu^il ne puisse les enfreindre àji*ëg»d des- aflEiires dont il est charge ; car celles qui se traitent par plusieun ressemblent trop conmiunément à ces tableaux qui , étant Touvrage de peintres différens, ne réussissent jamais bien, soit que Tun ait la touche agréable et légère, tandis que celle de Tautre est sèche et pesante, ou que celui-ci préfère les ombre»^ celut4à les lumières. De plus , il est impossible que leurs caractères, leurs prétentions, leurs &cultés- soient asseï en harmonie, pour que tât ou tard ce manque d*accord ne tourne au préjudice de la négociation , s^il ne la fait rompre tout k coup, à moins qu'ils n^imitent Texemple de Tbémistocle et d'Aristide ^ quand ils suspendirent leur haine pour être utiles à leur patrie. Un seul individu, n'eût-il que deatalens médiocfes, vaut donc mieux que deux pour une affaire , même en leur supposant les moyens les plus transcendant.
La diversité des coutumes qui existent chez les peuples dit assez que le prince doit eboieir ses ambassadeurs, non seulement parmi les individus le plus dans le cas d'être les dignes représentant de sa
personne, mais encore parmi ceux dont Fesprit et la manière d*éu*e ont le plua de tappot*! avec, la nàiiou chez laquelle il lès ooivoie; cor aotremem îlft awi plus propres à suacftler une guerre. qu*à eonsafTei: la paix, et fiuneiiient des baineii au lieud^éniietenir la hoaue haraionid. Chaque pays, pour bien faire ^ aum| W soin d*un nëgociaieur eiEpnèa pour lui. Cependafnt fi*il est des qualiië» nequises pour chaque cour, il e& e«M. aossî de coauuoues à u>utes. Telles sont , par exemple, la noblesse pour représenier, la splendeur dans ce qu on £iil , Vinsirvction , le don des langue», une humeur libre y complaisante , et d'autant phis impt^ nétrable que chacun croit la pénétrer; par conséquent, Fart d'approuver quelquefois en apparence ce qu*on blâme dans son cœur, et celui de savoir souffrir un léger inconvénient pour obtenir un triomphe complet; être parfaitement instruit des bienséances eu général, et eu particulier 'de celles de la cour où Fou est ; soutenir son caractère avec noblesse y mais n'être ni pointilleux, ni trop délicat mal à propos; éviter de se compromeltre , et ne jamais répondre à un procédé violent par la violence ; se souvenir toujours de la majesté du prince qu'on représente, sans oublier ce qu'on doit à celui près duquel on réside, et ne point faire entre l'un cl l'autre d'odieuses comparaisons , qui se pardonnent moins quand elles sont fondées ; être sage , attentif, modéré , versé dans l'histoire du pays où l'on est ; avoir une conversation insinuante , l'anord civil et caressant , l'esprit adroit , de l'affabilité , de la bonne grâce ; et sur-
tout (paiiiù d^autres choses, qui comnumes aux en* voyés des princes et à leurs ministres, seront tndtëes au chapitre de ces derniers) y un caractère asseï souple pour changer de fiiçon ou de mœurs à chaque instant. Car le négociateur doit être un caméléon , qui prenant tour à tour conseil du lieu, du temps , du génie des peuples , et même du caractère des personnes avec lesquelles il traite, sache feindre ce qui est le plus conforme à ses vues , et paraître tel qu*il veut qu^on le croie , quand , nouveau Protée pour plaire, il &ut, selon les occasions, qu*il emprunte plus de formes que le potier n^en donne à Targile.
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